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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La nouvelle tournée des popotes.

 

Politique fiction.

 

 

Il apparaît de plus en plus clairement que nos dirigeants aiment à mettre leurs pas dans ceux du Grand Charles. Notre cher Freluquet a beau se prétendre en marche, il ne parvient pas à tenir le rythme : un manque d'envergure sans doute diront les moqueurs qui se gaussent aisément du physique, un défaut de perspective plus sûrement, puisque pour bien avancer il convient de savoir où l'on va et de garder la tête haute…

Mais laissons ces problèmes de la technique liée à l'art délicat d'aller de l'avant. Si la colère des généraux fait froid dans le dos, elle annonce une éventuelle remise au pas de notre petit personnel politique. Il convient cependant de croire en une réaction de l’exécutif lors de la libération par étapes du bon peuple. Pour bien marquer le coup, une fois encore, il conviendra d'aller puiser dans l'héritage lexical du grand Charles, le maître en la matière des bons mots.

Je vais donc mâcher le travail de la cellule élyséenne chargée de repérer dans les expressions gaulliennes celle qui pourra être recyclée afin de rappeler à l’opinion les grandes heures de cette nation. La fermeture des restaurants est à ce titre une des mesures les plus impopulaires, celle qui reste sur l'estomac des gens de la classe moyenne. Les plus démunis ayant renoncé à ce plaisir tandis que les proches du pouvoir n'ont jamais cessé de s'offrir clandestinement de bonnes tables.

J'ai fouillé dans les annales du « Petit De Gaulle à l'usage des discoureurs en mal de belles formules, estampillées terroir national ! ». Avant de se mettre à table, les porteurs de serviettes, ceux qui ont leur rond au palais, devraient sortir de la toque la belle formule que voilà : « Faire la tournée des popotes ! ».Comme le modèle incontournable de la réplique qui fait mouche est l'homme de Colombey, nous aurons à n'en point douter cette saillie que les chaînes reprendront jusqu'à plus faim. Essayez d'imaginer la scène et laissez-moi vous décrire par le menu cette scène de la politique fiction...

Les restaurants viennent de recevoir le feu vert pour accueillir des clients uniquement en terrasse. Ce jour-là, malheureusement il pleut des cordes. Le petit Emmanuel n'en a cure, il connaît l'impatience du pays, il sait être à son écoute. Il va se lancer dans une formidable tournée des Grands Ducs, allant de terrasse en terrasse, protégé par une armée de porteurs de parapluie musclés et à la mine nécessairement patibulaire. Ce jour-là, il se souvient avec émotion qu'il a été le chouchou de François Hollande. L'eau peut dégouliner sur sa face, il restera digne comme celui qu'il a trahi.

Les caméras, les micros se tendent. Les convives ne sont guère photogéniques, engoncés dans des capes de randonnée, portant des masques qui rapidement pleurent lamentablement sous les assauts de la colère du ciel. Les gros plans seront réservés à notre Président qui parvient à passer entre les gouttes. C'est d'ailleurs la seule qualité qu'on peut lui reconnaître.

Il a déjà visité au pas de charge, ça va de soi, six établissements parisiens. C'est au septième, un choix imposé par un communicant adepte de la théorie pythagoricienne, qu'un journaliste est autorisé enfin à lui poser une question préalablement élaborée dans la cellule de contrôle de la presse libre et indépendante.

« Monsieur le Président, que faites-vous là sous la pluie au cœur de notre Capitale, à deux pas de Notre Dame de Paris, dont les travaux de restauration avancent à une cadence infernale ? » Le président se retourne lentement. Il semble être dérangé alors qu'il conversait aimablement avec des Français moyens qui avaient bravé les intempéries pour venir profiter de l'ouverture des terrasses.

Il s'excuse auprès de ces braves gens, expliquant qu'il se devait aussi d'assumer le poids de sa charge. Avant de se retourner vers son questionneur, il leur affirme qu'il aimerait se joindre à eux pour cet excellent repas mais que le devoir l'appelle. En dépit du déluge, un des convives essuie ostensiblement une larme devant les caméras qui ne manquent pas de faire un gros plan sur cette scène en bord de Seine. Médiapart, quelques jours plus tard, après une longue enquête, dévoilera le pot aux roses : ces gens étaient des intermittents du spectacle ayant accepté ce cachet pour avaler la pilule amère d'une année de chômage.

Se tournant alors vers la caméra, le brillant premier personnage de France déclare : « Je fais la tournée des popotes ! ». Il n'en dira pas plus. Telle une étoile filante, il s'en va pour une nouvelle terrasse. Le devoir l'appelle tandis que les téléscripteurs du monde entier reprennent la belle formule sortie spontanément de la bouche de ce prince de la rhétorique.

Il faut bien admettre les difficultés de traduction dans bien des rédactions étrangères. La formule Gaullienne ne supporte guère la mondialisation. Bientôt dans nombre de pays, on se moque de ce qu'a pu dire ce donneur de leçons. Ici il est question de faire le tour des amis, ailleurs on évoque les fesses des copains ou encore le circuit des repas. Seul en France, une petite partie de la population apprécie la formule.

L'opération est tombée à l'eau, ce fut un fiasco. Les généraux félons se réjouissent de cette nouvelle bévue présidentielle, oubliant eux-aussi que leur modèle essuya en son temps un putsch fomenté par leurs devanciers. L'art d’accommoder ou de réchauffer les restes n'est pas donné à tout le monde.

Gaullistement leur.

 

Retrouvez le chemin ...

 

 

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