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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le cygne d'étang

 

Quand le poisson change de cap

 

 

C'est dans une réserve naturelle au cœur de la Sologne que je fus le témoin bien malgré moi de la scène que je me fais fort de vous restituer le plus fidèlement possible. C'est en prenant une plume du héros de ce récit que j'ai tenté de rendre compte de ce qui advint sous mes yeux. Je dois à la vérité que je doute encore de mes sens et qu'il est possible que tout ceci ne soit que le fruit de cette fièvre qui est si commune au bord des étangs. C'est à vous d'en juger...

Jusqu'alors, le bel oiseau immaculé, majestueux et gracile avait tout lieu d'être heureux. Il allait sereinement sur l'onde pure d'un étang sur lequel il avait élu domicile. Ne cherchant nullement la vanité de l'exposition photographique, il avait choisi un lieu à l'écart des visiteurs, dans une forêt épaisse. Il ne souhaitait pas être l'objet de la curiosité de chasseurs d'images. Sa quiétude était pour lui bien plus importante que des clichés dans les réseaux sociaux. C'était un cygne intangible, un animal qui plaçait sa tranquillité au-dessus de tout !

Le bel animal ne vivait pourtant pas tout à fait à l'écart de ce monde. Quelques canards, des colverts assurément, venaient lui porter de temps à autre des nouvelles de la Planète. Plus il les écoutait, plus il s'inquiétait de la tournure des événements. Bien des choses lui apparaissaient de nature à perdre foi en la sagesse des humains tout autant qu'à douter de la pérennité de la vie sur la planète Terre, un cygne qui aurait aimé prendre son destin en pattes.

Les autres colocataires de sa petite réserve d'eau et de bois se moquaient quelque peu de son pessimisme. Les poissons il est vrai n'avaient qu'une vue très partielle de ses sujets d'inquiétudes. Le cygne se haussait du col, leur déclarait de manière présomptueuse que lui savait prendre de la hauteur et qu'ainsi il était plus à même d'avoir un avis objectif. Qu'il soit ainsi traité de mauvais Cygne ne lui faisait ni chaud ni froid...

Tout en l'écoutant, un ragondin lui objecta qu'il pouvait bien avoir tort. Il n'avait pas la palme de la lucidité. Le beau cygne blanc se gaussa de la remarque de ce rongeur qui voulait saper sa réputation. Ce n'est pas un animal qui a mauvaise presse qui allait ainsi médire de lui qui symbolise la pureté dans bien des civilisations. Lui, ne vivait pas qu'au ras de l'eau, en côtoyant le ciel il se pensait cygne astral.

Le débat fit rage aux abords de l'étang. Que les sinistres prophéties d'un cygne qui n'était pas indien, ne soient pas bien perçues parmi les hôtes de ce petit coin tranquille n'était pas bien étonnant. Il ne fait pas bon jouer les oiseaux de mauvaises augures, même quand on se présente blanc comme neige drapé d'une majesté incontestable. C'est un petit pinson, d'humeur toujours joyeuse qui vint persifler à ses oreilles : « C'est curieux que toi, le cygne tu voies tout en noir. Il y a là une incongruité qui m'échappe… »

La remarque le tourmenta. Il se mit même à chanter de manière troublante, la fameuse mélodie qui nous dit-on sort de ses congénères lors de leurs derniers instants. Le chant du cygne ne présageait rien de bon, l'animal broyait du noir, entrait soudainement en pleine dépression. Il passa une nuit agitée, les hôtes de l'étang se firent du mouron pour celui qui était le plus gros oiseau du coin. Sa mort serait une perte irremplaçable.

Il n'en fut rien, au petit matin, le cygne était toujours présent. Cependant si lui n'avait rien remarqué, ses compagnons eurent bien du mal à le reconnaître. L'angoisse pour l'avenir, la réflexion du pinson et les troubles qu'il avait semés dans ce microcosme avaient eu raison de son ramage. Une métamorphose avait fait de lui, un cygne noir semblable en tous points à ses cousins australiens.

« Noir c'est noir se dirent les autres animaux, il ne doit plus y avoir d'espoir ! » En cela, leur ami était bien un cygne d'étang, il était bon de retenir le présage et de tout faire pour sauver ce qui pouvait l'être encore. Chacun pensa à se préserver de la catastrophe à venir, se construire ou se trouver une cachette sûre et surtout n'en plus bouger. Ils n'avaient pas tort, le lendemain, c'était l'ouverture de la chasse aux gibiers d'eau.

Prémonitoirement sien.

 

 

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