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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La chaîne de l'Arpenteur

L'homme qui aimait prendre des mesures.

 

 

 

Il est un homme qui voit avec inquiétude l'arrivée du 3 mai. Il a peur de marquer le pas à partir de cette fameuse date. Lui qui a connu une période faste, s'interroge grandement sur son avenir. L'Arpenteur risque fort de se retrouver au chômage sans pour autant disposer d'un droit aux indemnités. À force de prendre des mesures, le gouvernement a oublié celui à qui il avait confié la bride.

L'Arpenteur n'est pourtant pas un mauvais cheval. Il a su mettre de l'eau dans son vin, acceptant de se recycler au débotté, changeant de pointure en cours de route. Loin de son compère le chat botté, il n'a jamais eu la prétention d'atteindre les sept lieues. Il a même débuté dans la profession avec beaucoup moins d'ambition. Il avança au début à petits pas, sa chaîne étant limitée à un kilomètre.

Il regrette cette période faste pour lui, disposant qui plus est d'un joli chronomètre pour compter le temps qui était imparti à ses ouailles. L'Arpenteur prenait des mesures drastiques, toute entorse à la règle était alors impitoyablement sanctionnée. Lui, il se contentait de montrer du doigt ceux qui avaient le pied trop léger, la police se chargeant de verbaliser.

Puis il connut une période de repos qu'il trouva largement mérité. Il avait tant œuvré. Il dut reprendre le collier et sa chaîne tout en franchissant une nouvelle étape. Il dut même décupler ses forces, sa chaîne prenant de l'envergure pour balayer une zone de dix kilomètres. Il avait non seulement étendu son rayon d'action mais qui plus est, triplé la période accordée. Il ne savait plus où donner de la tête, totalement débordé d'autant que les dérogations rendaient son activité impossible.

L'Arpenteur a beau être un gentil garçon, il se rendit compte néanmoins qu'on se jouait de lui en haut lieu. Lui qui s'accrochait à sa chaîne comme une bouée de sauvegarde pour les gentils citoyens français, il découvrit médusé que la Guyane, le Brésil, l'Inde, l'Afrique du Sud, pour de drôles d'oiseaux migrateurs, sont des destinations pour ceux qui s'émancipent de la loi commune.

L'Arpenteur ouvre enfin les yeux. Il se rend compte, totalement atterré que ceux-là même qui lui fixent ses missions, font preuve d'une totale indiscipline, allant de par le pays pour montrer que l'exemple ne vient jamais d'en haut. L'homme n'en revient pas, il se sent floué, trompé, trahi par ces beaux parleurs qui vont et viennent sans aucune limite.

L'Arpenteur a décidé de rendre son tablier. Pourquoi entraver les uns quand tous les autres font ce qu'ils veulent. Lui qui s'accrochait autant à sa chaîne qu'à la devise de la République, ouvre enfin les yeux. Les mesures ne sont destinées qu'aux gueux, aux humbles, aux simples gens comme lui, qui n'ont pas le bras long.

L'Arpenteur aimerait que ses collègues en uniforme prennent eux aussi conscience qu'ils participent à une répression injuste, à une coercition qui ne touche qu'une proportion de la population. Il aimerait qu'eux aussi brisent leurs chaînes, cessent de jouer du carnet à souche au nom d'une équité qui n'a jamais été de mise dans cette monarchie. L'Arpenteur se leurre, il dépasse les bornes, il n'aurait pas dû toucher au bras armé de la tyrannie.

Le malheureux se retrouve sous les barreaux, une chaîne au pied pour le mettre au pas. Il ne sera pas élargi, le voilà bien puni d'avoir été le complice de bandits de grands chemins. Le voilà qui arpente sa cellule, faisant les cent pas, plus par conscience professionnelle que par nécessité. Il n'aura pas à se préoccuper de son insertion en mai, l'incarcération après cette mesure judiciaire arbitraire sera son lot. Nul juge soucieux de son avancement n'aura le courage de l'élargir.

Décakilométriquement sien.

 

 

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