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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'école des mauvaises manières.

 

Un triomphe planétaire.

 

Il était important de trouver une réponse ad-hoc aux méfaits insidieux que la baronne De Rothschild avait laissé dans le pays. Ses conseils pratiques pour généraliser les bonnes manières avaient transformé progressivement le pays. Les gens goûtaient aux dérives de la politesse, du civisme, de la considération pour leur prochain et de bien d'autres travers qui donnaient à notre existence une quiétude insupportable. Il fallait agir au plus vite au risque de transformer cette nation d'irréductibles en une agréable oasis de douceur.

 

Ce fut non sans mal ni obstacle que nous parvînmes à mettre sur pied une école des mauvaises manières pour apporter un peu de fantaisie dans une vie quotidienne qui sombrait dans le ronron affligeant des vies sans histoire. Faute de moyens, nous avions jeté notre dévolu sur quelques quartiers déshérités, là où les loyers étaient les plus accessibles et ou, nous le pensions à tort, nous trouverions un public propice à diffuser notre projet.

 

Les premiers pas furent compliqués. Nos élèves ne souhaitaient pas retrouver des gestes pourtant ancestraux comme celui qui nous posa le plus de difficultés : « Cracher dans la rue ! » Puis, à force de persuasion et grâce à la généralisation de la vidéo dans notre enseignement, nous parvinrent à leur montrer le degré d'indignité de ce geste si banal.

 

Ce fut, je peux le dire, le tournant décisif qui nous octroya la sympathie de tous. Notre combat fut enfin compris et l'effet de contagion s'en trouva largement amplifié. On ne crachait plus dans la soupe mais dans la rue, en classe, au cinéma et dans les transports en commun. Nous nous frottions les mains, ignorant alors que notre entreprise allait véritablement être débordée.

 

Des concurrents se lancèrent sur le marché à commencer, à notre grande surprise par une grande enseigne alimentaire facilement reconnaissable par son clown et une lettre symbole. Leurs collaborateurs enseignèrent l'obligation de jeter dans la nature de préférence mais aussi sur les trottoirs tous les emballages de leurs excellents produits. Après quelques réticences faciles à repousser par une politique tarifaire adaptée, le mouvement se généralisa sur tout le territoire.

 

D'autres leur emboîtèrent le pas : des fabricants de soda et des bières, des cigarettiers, des distributeurs de journaux gratuits et bien d'autres encore. Tous recommandèrent de jeter dans la rue ce qui avait un formidable effet d'entraînement publicitaire. Les produits ainsi exposés se vendaient comme des petits pains qui laissaient des miettes et des reliefs partout. La Nature changeait radicalement de nature, le rêve de la ville à la campagne prenait corps.

 

Puis le plastique s'appropria la part du lion. Dans une formidable stratégie de communication, les industriels imposèrent le concept de « Jetable » qu'il fallait prendre au pied de la lettre. Les rivières héritèrent au bout de la chaîne de tout ce qui volait au vent. La pochette appelée aussi pocheton se répandit comme une traînée de foudre sur les Océans. Le sixième continent sonna le triomphe de notre démarche.

Nous pensions avoir atteint les sommets des mauvaises manières quand les opérateurs de téléphonie mobile nous démontrèrent qu'il était possible de saborder plus encore toute forme de vie collective. Les mauvaises manières se répandirent véritablement dans toutes les couches de la société mais aussi dans les différentes générations. Personne n'échappa à l'art de mépriser les gens autour d'eux pour leur préférer un merveilleux petit écran. Les mères ne regardaient plus leurs enfants, les convives ne se parlaient plus, les vendeurs ne s'occupaient plus des clients, les travailleurs ne se souciaient plus de remplir leur mission. Un vrai bonheur !

 

Nous n'étions pourtant pas au bout de notre triomphe. Le gouvernement lui-même et son incomparable outil de propagande se lança dans la danse en prenant prétexte d'une pandémie quelconque. Nos dirigeants, fort bien conseillés par des experts en désocialisation imposèrent le port d'un masque à la durée de vie limitée à 4 heures. La police fut sollicitée pour pousser le peuple à se plier aux gestes barrières : jeter dans la rue l'objet usagé au profit d'un tout frais pour éviter une amende. Quel succès et surtout quelle formidable promesse d'une pollution pour les générations futures. Les mauvaises manières ont de terribles jours devant elles et pour longtemps. Quel triomphe pour les initiateurs de ce merveilleux projet de société !

 

Malotrusement vôtre

 

 

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