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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Fermez le ban !

À la cloche de bois …

 

 

Mon brave Raymond la cloche, le crieur de rue de mon pays d’en-France, n’aurait jamais pu rivaliser avec ce concurrent déloyal qui tire toujours la couverture à lui, précède son intervention d’une multitude de fuites, ce qui avouons-le, ne serait jamais venu à l’idée à mon vieux voisin d’autrefois, qui ne laissait jamais une goutte se perdre… Je devine votre perplexité avec une phrase inaugurale longue comme une journée confinée et aussi obscure que la stratégie gouvernementale. Contrairement aux autorités, je vous dois des explications !

Il fut une époque lointaine, certes, mais encore dans la mémoire de ceux qui sont jugés comme étant un public prioritaire pour la piqûre de rappel, où l’information essentielle circulait de la bouche d’un préposé à la communication de terrain aux oreilles d’une population qui avait également le droit de mettre le nez dehors. Je devine l’étonnement de certains, pour qui, en ce temps merveilleux, sortir de chez soi n’était pas un délit…

Raymond, pour ouvrir le ban, c’est-à-dire faire en sorte d’attirer la population afin que tout un chacun puisse l’ouïr en toute tranquillité, faisait alors grand vacarme dans la rue à la demande expresse de son employeur : l’échevin. Le pauvre garçon avait perdu un bras dans les tranchées, il ne pouvait donc user comme nombre de ses collègues, d’un tambour pour effectuer ce roulement annonciateur de la nouvelle de l’heure. Il se contenta de prendre une énorme cloche, d’où son sobriquet et sans doute sa tendance à se la taper au quotidien. Ne lui jetons pas la pierre…

Puis, posant la cloche au sol, Raymond criait : « Oyez, oyez, braves gens ! Avis à la population… » avant que de lire, non pas sur un prompteur mais bien sur cette chose totalement obsolète de nos jours : un papier, un message écrit à la main par l’édile local. Je comprends aisément l’ébahissement des jeunes lecteurs, d’autant que je me dois de leur avouer que j’ai connu cette époque antédiluvienne (avant la création d’Internet).

L’annonce lue avec sans doute quelques imperfections, fautes de prononciation et hésitations articulatoires, nous en avions tous retenu la substantifique moelle. Le fonctionnaire s’était fait le truchement du pouvoir, pour notre édification. La communication à l’époque était suffisamment rare pour que nous ne passions par notre temps à manger la commission. Raymond repliait son texte, fermait le ban en reprenant sa cloche qui résonnait alors dans nos esprits pour confirmer l’importance de son message et allait porter la bonne parole plus loin.

Tout ceci est depuis belle lurette rangé dans la vitrine d’une douce France oubliée. La communication politique a intégré les contraintes d’une époque durant laquelle les déperditions sont massives. L'ère du gaspillage vaut pour l’énergie, les ressources naturelles comme pour la parole publique (et même privée). Il y a une telle cacophonie, une surenchère des propos oiseux, des redondances déformées, des répétitions tronquées, que le quidam n’écoute plus les sirènes et les alertes, les annonces et les communiqués.

 

C’est donc le bras droit de Freluquet en personne, le premier sinistre du Méprisant de la République, qui doit s’y coller. Malheureusement, c’est un bras cassé et le roulement de tambour est pour lui bien plus délicat ; il lui préfère le roulement d'épaule et celui des « r ». Il ne peut, à l’imitation de Raymond, user d’une cloche pour annoncer officiellement ce que tout le monde a dit avant lui, lui savonnant le plancher à moins que ce ne soit une stratégie volontaire qui m’échappe totalement. Le risque serait grand d’être moqué, lui qui ne parle que pour nous filer le bourdon.

C’est donc en usant des grands moyens de la communication propagande que le grand personnage va prendre la parole après un matraquage incessant de tous ses comparses, des médias et des augures, pour annoncer ce que tout le monde sait. Il aura beau dire : « Oyez vermisseaux et gueux infâmes, procureurs impitoyables et cloportes détestables ! Avis à la population soumise et privée de liberté, je vous condamne à de nouvelles mesures coercitives ! » Puis, une Marseillaise belliqueuse lui assurera un succès d’audience en fermant le ban sur une annonce qui ne surprendra personne. Au moins, Raymond la cloche était plus drôle et nous informait véritablement. Le monde a bien changé et nous vivons une époque pitoyable et liberticide !

Clochement sien.

 

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