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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le Mot de l’année 2020

À vous de trouver

Pour prendre le Covid à contre-pied

 

 

 

Cédant comme beaucoup aux sirènes du bilan, je me dois de célébrer un MOT qui plus que tous les autres selon moi, illustre à merveille la curieuse année qui vient d’achever de détruire nos dernières illusions. Plus rien ne sera désormais comme avant, c’est du reste à travers nos corps que nous ressentons intimement ce basculement vers l’irrationnel que ce terme, en particulier, illustre à merveille.

 

Je me dois de vous faire languir, de repousser plus avant, le nom du vainqueur qui l’emporte, en toute logique, haut la main. Ce sera donc à vous d’émettre au fil de ce texte des hypothèses pour la simple gloire de trouver avant que je dévoile ce terme dont les annonces gouvernementales n’ont eu de cesse de vous rebattre les oreilles.

 

De paragraphe en paragraphe, il convient de repousser le moment fatidique de la révélation. Pour ne pas vous mettre trop vite sur la voie, il n’existe pas de liste des nominés comme on aime à le dire dans ce genre de cérémonie. En premier lieu car son évidence saute aux yeux, qu’il ne rencontre guère de postulants susceptibles de relever le gant avec lui. Puis, avouons-le, nombre d’entre vous n’ont cessé de l’avoir dans le nez depuis le mois de mars, il a donc droit à quelques égards.

 

Ce mot pour anodin qu’il fut jusqu’alors se mit à faire de l’huile dès que les sommités sanitaires comprirent la gravité de la crise sanitaire. Il fut immédiatement mis sur le grill, imposant à tous des contorsions inhabituelles. Se trouvant soudain projeté sous le feu des projecteurs, il prit la main pour ne plus la quitter. Le nombre de ses occurrences dans la presse écrite tout comme sur les autres médias passa de l’insignifiant à la redondance exaspérante. Lui qui n’avait rien demandé à personne en fut fort marri.

 

D’articulation aisée, de graphie simple et concise, il n’a jamais provoqué de difficultés orthographiques. Nous pouvons supposer que c’est à la fois ce qui justifia son choix par le comité d’experts en communication gouvernementale tout autant que son immense succès dans l’opinion publique. Curieusement, ses racines latines n’en firent pas un de ces nouveaux termes à la mode qui nous viennent d’outre Atlantique. Bien de chez nous, il joua aussi les gros bras face à tous les néologismes issus de la pandémie lexicale.

 

C’est donc un mot qui est toujours venu nous manger au creux de la main. Il participa du reste à notre apprentissage de l’écriture de manière bien discrète. Cette soudaine popularité lui permet enfin de s’élever dans le panthéon de la langue, lui dont habituellement, quelques personnes mal intentionnées, faisaient des gorges chaudes. Avec lui, pas de demi-mesure, le verre n’est ni à moitié vide, ni à moitié plein, il est bu, un point c’est tout.

 

Longtemps il fut encore sujet d’une traque impitoyable dans les repas familiaux. Il ne pouvait figurer à la sainte table même quand les convives étaient si nombreux qu’il exprimait alors une dérive aviaire. Il évoquait alors une forme de désinvolture qui ne pouvait se concevoir dans ce merveilleux rituel. Il retrouva un peu de son luxe sur les terrains de sport ou dans le monde de l’entreprise, lieux où il symbolisait plus la solidarité que l’irrespect.

 

Il fut des époques lointaines où il eut son heure de gloire dans la mesure où il se muait en unité. Une mesure royale en Égypte qui le prenait en point de départ pour s’achever à l’extrémité du majeur, le coude, puisque c’est de lui qu'il s’agit resta des milliers d’année une vedette incontestable avant que de sombrer dans l'anonymat. Le Covid lui a redonné ses lettres de gloire, ce qui lui est monté à la tête. Depuis ce nom fort commun ne se mouche pas du nez, il serait temps qu’il retrouve un peu plus de modestie.

 

Cubitalement sien.

 

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K
Voilà un argument auquel je ne m'attendais pas, mais qui ne m'étonne guère parce qu'il résume toute la psyché actuelle<br /> Ce terme s'est imposé à notre société française au nom d'une allégeance et d'une admiration sans borne de nos élites pour le pays de l'Oncle Sam, même chez Médiapart de mon point de vue, et qui finira par conduire l'Occident intégralement dans sa chute déjà entamée, mais qui a ce mérite de parler une langue non genrée.<br /> "Mal nommer les choses, c'est participer au malheur du monde" comme écrivait un très grand écrivain qui consacra toute son énergie à démontrer la nécessité de la révolte face à l'absurdité de la condition humaine et au nihilisme... <br /> Ne sombrez pas dans l'obscurantisme mon ami
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K
Un mot que bien des mariniers respectueux des traditions ne sauraient oublier de lever pour se requinquer...<br /> Sinon, "COVID" est l'abréviation de "corona virus disease", "maladie à coronavirus". <br /> On dit alors "la COVID", comme on dit "la SNCF"... Les journalistes, les politiques, n'arrêtent pas de faire la faute
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C
kakashi<br /> <br /> Je m'amarre au zinc pour tenir le cap<br /> <br /> Quand à ce terme, il est venu en France au masculin et la traduction a fini par imposer un féminin qui arrange tout le monde quand il s'agit d'une plaie ou d'une catastrophe<br /> <br /> Je reste ferme et j'use volontairement de ce masculin franchouillard