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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

En toute transparence.

Pour quelques grains de sable...

 

 

Duralex aimait à s'alanguir sur le sable, admirer les paysages de sa chère Loire. C’était un hédoniste, un contemplatif qui buvait les paroles des poètes, admirait le décor naturel, se plaisait à vivre au grand air, lové contre sa chère rivière. La vie lui avait toujours été clémente, il était aimé des enfants, apprécié des gens simples qui ne pratiquaient pas le tralala ni le chichi. Il coulait des jours heureux, c’est du moins ce qu’il pensait jusqu’à ce qu’un orage ne vienne troubler son existence.

Sedlex, un impitoyable personnage, un tenant de la modernité, de ce fameux pragmatisme qui s’impose à tous quand il s’agit de contraindre son adversaire à mettre pied à terre, vint tourmenter le brave Duralex. Le méchant voulut briser le rêve, troubler l’onde pure de notre ami. Armé d’un livre de comptes, d’une règle de calcul, il voulut mettre sur la paille celui qui ne se plaisait que sur le sable.

Le pauvre Duralex avait beau avoir le soutien des enfants, lui qui avait pris l’habitude de leur envoyer des signes par quelques chiffres évoquant l’avenir, il ne trouvait pas grâce aux yeux des gens sérieux, de ceux qui préféraient la flûte au godet, les grands crus au simple broc d’eau qui venait désaltérer une jeunesse qui ne se donnait pas tout entière au soda et à la canette. Le dépouillement et la sobriété d’un côté, la sophistication et l’ivresse du pouvoir de l’autre, Sedlex n’allait faire qu’une gorgée de ce malheureux vermisseau.

Pourtant, le miracle eut lieu. Une gentille fée se pencha sur le brave Duralex, décrétant que le verre n’est pas toujours dans l’usufruit. Une formule obscure pour l’ignoble prédateur, un signe du destin pour le gentil cantinier. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas l’honneur des tables des maîtres que l’élève doit se retrouver au coin. Duralex méritait de vivre, de puiser encore et longtemps à sa fontaine de jouvence. Il lui fallait simplement trouver un compère dans la place, un ami solide, un presque frère qui saurait mettre les pieds dans le plat.

Tel le sauveur masqué, Pyrex vola au secours de son petit camarade. Il lui tendit la main, lui prêta sa confiance tout autant que son affection. Tous deux n’avaient rien à cacher, ils n’évoluaient jamais dans cette opacité qui cache bien des situations imbuvables. Unis comme les deux mains d’un maître queux, ils allaient relever la tête, éviter de faire un four pour donner à la vaisselle ses lettres de noblesse dans un dépouillement absolu.

Leur union ferait leur force. Sedlex n’aurait qu’à trouver d’autres victimes expiatoires. Duralex et Pyrex ne boiraient pas le calice jusqu’à la lie. Leur mariage leur mettait du baume de Venise au cœur. Les verroteries étincelleraient à nouveau sur les bords de la Loire. Leur secret, ils n’hésitaient pas à le proclamer, le porter à bout de bras comme un blason de gloire : « ils ne viennent pas de lointains pays ! » Ils conservent l’esprit cocardier ! Avec eux, il n’y a jamais loin de la coupe aux lèvres, du plat à la table.

Ils entrent en fusion, unissent leurs destins pour que le sable, le calcaire et le carbonate de sodium savamment dosés se mêlent intimement dans un four à très haute température. Si la paraison n’est pas raison, elle détermine pourtant leur forme éclatante pour qu’un souffleur parachève le travail. L’ébaucheur en reste bouche bée tandis qu’une recuisson scellera définitivement leur mariage sur les fonds baptismaux du fabriquer en France.

Sedlex partira la queue basse. Le verre est rempli, nous n’avons plus qu’à trinquer à ce merveilleux sauvetage. Pyrex a sauvé Duralex du naufrage. Boire la tasse quand on est un gentil verre sans prétention, il n’y avait pire destin.

Verroteriement leur.

 

 

 

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