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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Au gui l’an neuf …

Au gui l’an neuf …

 

Bonne année si cela a véritablement un sens.

 

 

En dépit des circonstances, le rituel calendaire va s’imposer aux confinés du monde entier, sortant de leurs coquilles à minuit pour se taper du coude en petit comité (pour ceux qui respectent les injonctions). Il est utile de retirer le masque de l’inculture pour se pencher sur cette étrange pratique qui ne cesse de regarder en arrière pour toujours aller de l’avant les yeux fermés. Oublions l’allocution d’un président qui ne sait que promettre des jours meilleurs sans jamais y parvenir et piquons-nous un peu de comprendre l’origine de cette farce.

Pour une fois Jupiter n’y est pour rien. C’est vers l’un de ses modèles qu’il convient de se tourner pour trouver trace d’une explication à la folie qui nous prend chaque année à la même date. Jules, à qui il convient toujours de rendre même ce dont il n’est nullement responsable, avait damé le pion à Romulus qui célébrait le nouvel an le premier mars. Adorateur de Janus, le gars César avait opté pour le premier janvier, ce qui fut adopté ici alors qu’ailleurs il n’en est pas ainsi. Tout est relatif, mes bons amis.

L’Empereur romain n’était pas un précurseur, les Grecs grands amateurs de luxe célébraient l’année nouvelle avec Hermes en faisant le sac d’une ville assiégée par exemple. Les Égyptiens attendaient la montée des eaux du Nil pour changer d’année, voilà qui est plus proche de la nature et évite de verser quelques larmes de crocodiles en regardant brûler les voitures dans nos rues de la honte.

Le nouvel an se démarque d’une courte semaine de Noël pour encourager les consommateurs à doubler la mise. Les deux dates d’ailleurs ont bouté le solstice d’hiver de la place pour mettre dos à dos le temporel et le spirituel. C’est une manière bien humaine de réfuter l’ordre immuable des astres pour fixer des rendez-vous évanescents. Mais revenons si vous le voulez-bien à ce choix et à ce rite ...

Ce sont les druides celtes qui influencèrent grandement ce vil imposteur de Jules. Le sixième jour de la nouvelle lune après le solstice d’hiver, les plus hardis montaient au sommet d’un chêne, symbole solaire par excellence pour y couper à la serpe d’or ou d’un tout autre métal, le gui, plante aux multiples vertus. Outre ses bienfaits pour la santé, le gui purifie les âmes, guérit les corps, permet de converser avec les défunts, neutralise les poisons, assure la fécondité et repousse les méchants virus d’après le professeur Raoult.

Le druide disait alors à qui voulait bien lui tendre l’oreille : O Gel an Heu

Formule rituel signifiant : « Que le blé lève ! ». Notons au passage que ce blé si important n’est pas l’argent mais la céréale nourricière, la cupidité n’était pas encore de ce monde et nul n’aurait songé à placer la prospérité avant la santé. Par une déformation facile à expliquer, la formule est devenue par la suite Au gui l’An Neuf.

 

C’est ainsi qu’il était jusqu’avant l’intrusion des gestes barrières dans nos existences de coutume de s’embrasser sous une branche de gui en se souhaitant le meilleur pour l’année nouvelle. C’est ce que je m’autorise à faire sans le masque hideux de la peur pour tous les auditeurs de Ondes Bleues la radio.

Remarquons cependant que tout ceci se fonde sur la nécessité purement administrative, comptable, logistique d’introduire un calendrier pour ponctuer le temps qui passe autrement que par le rythme, jusqu’alors immuable de la nature. Les maîtres du temps ont perdu la raison, la nature a cessé de suivre son cours ordinaire, tout ce qui jadis scandait nos existences part en vrille (d’où l’usage des langues de belle-mère et des serpentins ce soir-là). Célébrer le nouvel An est sans doute une manière de fermer les yeux sur cette absurdité qui consiste à croire qu’une unité de plus sur un calendrier, un écran ou bien un agenda peut tout changer par magie.

 

Calendairement leur.

 

 

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