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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Pauvre Mémé

 

Recommandation étrange.

 

Il ne fait pas bon être un ancien dans ce monde qui aime à les mettre à l’écart, repoussant ainsi l’immense trésor de sagesse et d’expérience qui est l’apanage du grand âge. Le refus de profiter des connaissances de nos aînés, la conviction de plus en plus ancrée que seule la jeunesse est porteuse de qualités, réduisent considérablement le potentiel d’une société qui pratiquera de plus en plus la ségrégation des générations. Le cloisonnement en est déjà le principe fort tandis que la crise du Covid a plus encore souligné l’extrême indigence dans laquelle sont cloîtrés les plus vieux.

D’autres peuples que l’on traite un peu attentivement d’en voie de développement regardent avec effroi nos comportements. Ils y voient l’expression même de l’ingratitude tout autant qu’une folie absurde qui consiste à se priver de l’héritage culturel de ceux qui nous précèdent. Que leur répondre quand l’argent est le seul intérêt que nombre d’entre-nous voient en leurs aînés, potentiellement pourvoyeurs d’un héritage qui tarde cependant de plus en plus à arriver. L’augmentation de l’espérance de vie est inversement proportionnelle à la fièvre testamentaire.

La réalité est néanmoins plus nuancée tant il est vrai que bien des officines ont vu dans le grand âge une source de revenu colossale qui enrichit quelques actionnaires sans état d’âme tout en vidant progressivement et très souvent inexorablement les ressources à partager à la fin du voyage. Bien contents à l’avenir seront les enfants et les petits enfants qui n’auront pas à contribuer financièrement à l’enrichissement de ces canailles.

Mais ne nous égarons pas, le sujet initial de ce billet devait se situer ailleurs. Je ne peux pourtant pas m’empêcher de reprendre cette sempiternelle plainte. Je viens de conter dans un Ehpad qui d’ailleurs était formidablement tenu et où manifestement les pensionnaires y sont choyés. J’ai pu profiter d’échanges précieux avec eux quand je me suis aventuré sur le chemin du patois, des expressions anciennes, des récits du terroir. Les yeux brillaient, les souvenirs affluaient, la mémoire surgissait si bien que le conteur se fit un malin plaisir à donner la parole aux unes et aux autres, tandis que cette vieille dame qui ne disait rien se mit à chanter les paroles d’une bourrée que j’avais fredonnée. Un bonheur sans pareil je puis vous l’assurer.

J’avais justement le dessein d’évoquer la curieuse expression : « Ne poussez pas Mémé dans les orties ! » Elle me vient spontanément à l’esprit avec cette idée de piqûre qui pousse de manière totalement désordonnée dans l’esprit de nos dirigeants. Voilà bien un drôle de conseil pour qui justement connaît les vertus de ladite ortie. C’est une fois encore se confronter à la main mise d’une médecine de la chimie et de la mécanique qui ignore tout des bienfaits des plantes et des remèdes de notre bonne Mémé.

L’ortie a le mauvais rôle chez les marchands du temple libéral. Il n’est qu’à voir le sort réservé aux jardiniers qui prônaient son purin. Le produit miracle n’engraissant que la terre et non des margoulins en herbe, il fut mis à l’index avec la complicité des corrompus qui nous gouvernent. Il en va de bien des secrets, hérités des connaissances traditionnelles et qui sont tout naturellement jetés aux orties en même temps que les vieillards…

Mais pourquoi diantre ne pas confier Mémé à la saine cure des orties. Je ne vois d’autre explication plausible que cette vertu thérapeutique de l’ortie qui soigne efficacement la prostate. La pauvre vieille n’a que faire de ce remède, je le concède bien volontiers mais ce serait faire fi des autres pouvoirs bénéfiques de la plante connue depuis l’antiquité et même avant, ce qui doit constituer une tare indélébile dans ce monde tourné vers le progrès.

Plante médicinale, elle s’utilise en décoction comme en cataplasme pour des effets diurétiques, antirhumatismaux et contre les démangeaisons. Toute chose qui retirerait le pain de la bouche de nos chers laboratoires pharmaceutiques. Ajoutons encore quelques utilisations sous forme de lotion pour des problèmes dermatologiques et achevons ce tour rapide par ses qualités gustatives de la soupe à d’autres formes de préparation pour un apport considérable en vitamines A, B et C et vous comprendrez que la plante est un ennemi redoutable pour le taux de croissance de nos cupides apothicaires.

Alors, si vous tenez à votre Mémé, poussez-la donc à utiliser les qualités de l’ortie. Emmenez-la avec vous ramasser les feuilles et les racines, ça lui fera un excellent exercice et qui sait, elle vous confiera à cette occasion quelques secrets de grand-mère que lui aura enseigné la sienne. Ne dites plus jamais cette expression absurde et Mémé ne s’en portera que mieux ! Et vous aussi…

Herboristement leur.

 

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