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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La reconversion du père Fouettard

Le temps sont durs pour les petits métiers.

 

 

Aujourd'hui, c'est a Saint Nicolas, le pauvre père fouettard reste sur le carreau, non pas qu’il soit lui aussi une victime collatérale de la crise mais depuis quelques années, son sort a été jeté aux oubliettes de l’histoire. Nicolas quant à lui ne vaut guère mieux, victime d’une concurrence déloyale venue conjointement d’une firme vendant un horrible soda et d’un individu qui a gelé ses avoirs au Pôle nord pour échapper à l’impôt.

Le duo cependant avait dû se séparer à l’amiable, notion qui, il faut bien l’admettre, sortait totalement du champ de compréhension de notre ami Fouettard. Mais par respect pour sa longue collaboration avec le bon Nicolas, il avait accepté de se retirer sur la pointe des pieds même si la main le démangeait rudement, en voyant les innombrables caprices des petits mioches.

Le temps n’était plus à une éducation équilibrée. Seule la récompense valait pourvu qu’elle fasse tourner le commerce. Le cadeau s’étale en catalogue, se prostitue sur les écrans publicitaires, s’exhibe en vitrine ou en tête de gondole afin de s’imposer sans contrepartie. Saint Nicolas et le Père Noël, cet usurpateur insidieux, n’avaient plus en dépit de leur pelisse rouge pourtant si sympathique à se mettre aux plis de la carte bleue.

Fouettard au début leur avait suggéré de ne pas céder aux injonctions publicitaires, de maintenir un juste équilibre entre la récompense et la punition. Mais de cela il n’était plus question, l’enfant roi était le seul prescripteur d’achat, le prince de la grande distribution, le phénix de la croissance. Emballez, ce n’est pas pesé mais c’est payer rubis sur l’ongle ou à tempérament.

Du tempérament Fouettard pourtant n’en avait jamais manqué lui qui jadis à la première incartade tirait l’oreille d’un chenapan, puis n’hésitait nullement à lui botter le train s’il faisait l’âne, lui administrer une fessée en cas de besoin et poser une claque sur la joue droite, laissant la gauche à la bonne bouche. Tout cela avait été interdit et notre ami placé au chômage sans indemnités compensatrices.

 

Il est vrai que son activité relevait d’une fonction régalienne que le ministre de l’intérieur réservait désormais aux forces de l’ordre se gardant parfois le droit de flatter quelques croupes qui désiraient trouver un logement. Fouettard devait passer la main, le martinet et tout ce qui avait fait jusqu’alors la gloire de son petit artisanat. La reconversion s’avérait délicate.

Nicolas et Noël, grisés par leur éclatant succès ne cherchèrent nullement à lui trouver un emploi subalterne. L’ingratitude est la règle dans ce monde sans pitié, le pauvre homme rongeait son frein. Il n’allait pas attendre l’heure de la retraite, celle-ci ne cessait d’être repoussée. Il avait besoin de travailler pour mettre un peu de beurre dans la marmite et surtout conserver sa dignité : une notion qui échappe totalement aux virtuoses des plans de licenciement.

Fouettard se dit qu’il en avait assez de tirer le diable par la queue. C’est alors qu’une association d’idées lui mit la puce à l’oreille. Le diable n’est-il pas flanqué d’un chat noir ? Voilà qui mérite bien un petit examen. Même si la nuit, ils sont tous gris, ils n’ont pas la conscience tranquille ces maudits greffiers, dévoreurs d’oiseaux et surtout, vedettes incontestées de la toile où les photographies de matous sont innombrables. Il est impératif de remettre de l’ordre dans tout ça tout en profitant d’un savoir-faire ancestral. Le père Fouettard avait trouvé sa reconversion sans même passer par les conseillers de pôle emploi qui la plupart du temps sont totalement incapables de trouver une réponse crédible. Il se déclara immédiatement comme auto-entrepreneur afin de créer sa petite entreprise. Il devint le premier fouetteur de chats.

Il ne sera pas sans travail. Bien des chats sont passés comme les enfants du reste, maîtres et tyrans dans les maisons. Il est encore permis d’agir. Des chatons poussent le bouchon trop loin, de vieux matous, n’en font qu’à leur aise, de jeunes chattes minaudent et s’autorisent bien des privautés. Les maisons sont sens dessus dessous et plus personne ne peut rester maître de ces maudits félins domestiques. N’hésitez plus une seule seconde, tant qu’il est encore temps, recourez sans tarder aux services du Père Fouettard de chats.

Chattemitement sien.

 

 

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