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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L’expédition : toute une aventure.

Les pérégrinations d’un auteur auto-édité en période de confinement

 

Publier un livre est déjà une aventure en soi. Outre les affres de son écriture, les doutes quant à la possibilité qu’il puisse intéresser quelques lecteurs, les tourments qu’imposent correction, mise en page et en forme de l’objet final, il convient de penser à sa diffusion si toutes ces étapes ont été surmontées tant bien que mal. Dans le cas présent, ce fut plutôt bien puisque la collaboration avec ma partenaire d’écriture tout comme celle avec l’éditeur furent exemplaires.

Un beau matin, mille livres vous arrivent donc chez vous. Qui n’a jamais eu à ranger autant de romans de 453 pages chez soi, ne peut comprendre le bouleversement que cela entraîne dans l’ordonnancement intérieur. Naturellement, l’auteur est alors plein de fougue et d’espoir, il se dit que ce n’est qu’un dérangement provisoire et que la pépite de ses yeux va s’arracher dans les prochains jours.

Hélas, tout à trac surgit un second confinement qui coïncide exactement avec la mise sur le marché de cet objet rare, précieux, indispensable et fascinant (n’hésitons jamais sur les qualificatifs ou ma collègue va me faire une scène). Adieu le vernissage, les opérations promotions au débotté, les spectacles du conteur pour toucher des lecteurs potentiels, tous les espoirs s’envolent en fumée et le livre nous reste sur les bras.

Pourtant il se trouve de par la vaste toile, des amis, des inconnus, des curieux, des lecteurs avides et impatients pour réclamer le précieux ouvrage. Comment leur faire parvenir quand circuler est soumis au contrôle tatillon d’un pouvoir qui s’en prend délibérément à la culture ? Il convient de se creuser la tête.

La première idée, toute naturelle au demeurant quand on a comme moi, l’esprit du service public chevillé au corps, est de se tourner vers la poste. C’est alors mettre les pieds dans un processus qui ne cesse de surprendre le béotien que je suis. Le livre doit tenir dans une enveloppe molletonnée qui s’avère ne pas être un produit essentiel pour ceux qui adorent mettre des bâtons dans les roues aux citoyens. Ensuite, le livre dans son enveloppe est dûment pesé par un robot qui annonce sans plaisanter le verdict : 7 euros 72. Si la culture n’a pas de prix, son transport en dehors d’Amazon est exorbitant.

Ensuite arrive la redoutable épreuve de la préposée des postes. La dame sort son calibreur et s’indigne. Il y a une toise me dit-elle en me toisant d’un regard méchant, votre livre fait plus de 3 cm de large, il ne peut franchir la fente de la boîte. Je vous le refuse comme lettre. Vous pouvez naturellement le passer comme colis, mais ça sera plus cher. Il n’y a pas de petit profit dans cette structure qui se fait complice des coups portés par le gouvernement aux libraires et aux livres.

La poste ne portera pas la flamme de la littérature aux prochaines olympiades de la culture. Je dus faire appel aux nouveaux services de messagerie. Notre ami La Pistole doit se retourner dans sa tombe, le livre va cohabiter avec le tout venant du consumérisme à distance. Je me tourne donc vers ces structures qui sont comme des Bernard-l’hermite, usant sans vergogne d’autres coquilles pour faire leur commerce.

Je vous passe le temps qu’il faut pour enregistrer un envoi sur un site, imprimer une étiquette et porter ce qui n’est plus qu’un vulgaire paquet en période de suppression de la liberté de se déplacer. C’est long, fastidieux et au bout du compte merveilleusement aléatoire. Car voyez-vous sur les 18 livres expédiés, plus de 3 semaines plus tard aucun n’était arrivé à son destinataire. Un choc pour le naïf qui croyait qu’un service payé était un service rendu.

Las d’attendre vainement, je suis passé à la menace directement auprès de ces détrousseurs de grand chemin. L’idée de voir son nom mis en pâture sur les blogs a soudainement réveillé la société UPS qui le lendemain rapatriait 6 livres à l’expéditeur. Voilà des gens qui n’aiment pas les vagues à défaut de remplir leur mission.

Les autres envois avaient été confiés à Mondial Relay. Cette fois c’est plus compliqué, il leur faut moult détails. Ils se renseignent, cherchent et finissent par dire que les destinataires ne sont pas venus chercher leur colis. Encore eut-il fallu les prévenir, nom d’un petit facteur d’opérette. Un détail qui ne leur effleure nullement l’esprit.

J’avertis les lecteurs potentiels. Certains trouvent leur commande, d’autres se cassent le nez. Les colis ont été retournés à un expéditeur qui n’a rien vu venir et qui n’a que ses yeux pour pleurer ses pertes qui s’accumulent. C’est énervé que cet auteur sans lecteur va chercher son pain dans une boulangerie qui précisément sert de refuge à cette étonnante société.

Hasard ou coïncidence, un livreur se gare dans l’instant où j’entre effectuer mon achat de première nécessité. J’attends l’homme qui entre avec un gros paquet dans les bras pour lui demander s’il est normal que sa société ait le plus grand mal à remplir sa mission durant le confinement. Mon dieu, que n’ai-je demandé ! Il s’emporte, vitupère, vocifère et menace de me foutre sur la gueule. Manifestement aviné, certainement épuisé par une tournée dans un véhicule qui ne compte pas les heures de conduite, le prestataire de service énervé s’en retourne avec son colis sous le bras. Un autre client ne sera pas servi…

Voilà les pérégrinations réelles d’un auteur auto-édité qui imaginait qu’il fut simple et économique d’envoyer un livre à des lecteurs. Apparemment la chose semble réservée à des sociétés connues qui doivent arroser les élus afin d’obtenir des conditions plus avantageuses qu’un malheureux citoyen de base soumis au principe roi de cette République : l’Inégalité. Si vous voulez lire « Pour quelques grains de folie ! » demandez aux auteurs de passer vous voir ou attendez des jours meilleurs. L’expédition n’a jamais été aussi bien nommée, c’est une véritable aventure où l’issue est plus qu’incertaine.

Expéditionnairement vôtre.

NB : à ce jour, il reste 5 livres dans la nature. Si vous avez la chance d’en croiser un, gardez-le, lisez-le, faites-nous en une critique sincère que vous confierez à la toile, c’est plus sûr.

 

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