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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Conte à rebours…

L’essentiel est dans le superflu.

 

 

Il était une fois une histoire qui n’avait ni princesse ni bergère, les moutons se gardent tous seuls sous la houlette bienveillante d’une clôture médiatique tandis qu’à deux pas de là, trois canards se baignent dans un étang sans que nul fils de roi ne vienne les y déloger. La vie va son cours à rebours, la mort ayant pris la première place. Le musée de la sorcellerie ayant été fermé, aucun risque ne subsiste de croiser un maléfice sur le chemin. Seuls quelques radars ont le mauvais œil dans ce royaume qui ne s’occupe désormais que des choses essentielles.

Il ne faut pas attendre de surprise au coin d’un bois dont la fréquentation du reste est strictement réglementée. Les bandits de grand chemin ont investi les palais de la gouvernance, les coupe-jarrets revêtent des blouses blanches tandis que tous les bardes de la contrée se retrouvent bâillonnés sur les plus grosses branches des chênes.

Tous les chats noirs ont été repeints en blanc, le diable leur tire la langue et n’a plus le droit d’en fouetter aucun. Les saltimbanques font banqueroute, la cour des miracles est fermée pour toujours, c’est la défaite de la musique et de toute forme d’expression. Le pouvoir songeant à interdire de rire dans la rue pour ne pas risquer la contagion de la bonne humeur.

Des escouades circulent, gardiens patibulaires de l’ordre sanitaire, prêts à fondre sur les zygomatiques réfractaires. Tirer la gueule devient une attitude citoyenne, l’expression même de l’adhésion à la fin des illusions. Vivre désormais se limitera à survivre sans ce qui faisait jusqu’alors le sel de l’existence. Les conteurs sont pourchassés tandis que les comptables prennent leur place pour raconter des histoires à base de nombres qui défilent sous les yeux d’un public subjugué.

C’est le grand triomphe du numérique à moins que ce ne soit celui de l’algébrique. Des experts dressent des courbes sur la piste aux étoiles, des asymptotes servent de garde-malades, tandis qu’une tangente file un mauvais coton. La parabole s’expose, l’hyperbole s’arrache aux surenchères, la fonction s’affine avant que de faire débat. Beaucoup partent à la recherche de l’origine tandis que les vecteurs ne sont plus directeurs. L’infini est au cœur des inquiétudes, les hypothèses nulles repoussent sans cesse leurs limites.

Les graphiques se bousculent, il y a de quoi vous faire tourner la tête. Les schémas se suivent et ne se ressemblent pas, de doctes scientifiques se piquent de les interpréter sous la houlette d’un maître des chœurs de pleureuses endeuillées. Le nombre et ses maux ont pris le pas sur le récit et ses mots. La phrase se porte pâle, le livre donne la fièvre, il sera mis à l’index tandis que la température détermine la ligne de front de cette bataille impitoyable.

C’est la guerre. Le nombre s’affiche en chiffres de feu qui brûlent les vieilles légendes au brasier des autodafés de la culture livresque. L’imaginaire est hors la loi, tout ce qui échappe à la raison, au mesurable, à la rigueur des nouveaux alchimistes qui ont trouvé le moyen de faire de l’or avec un caducée miraculeux, est repoussé à tout jamais, condamné à ce diagnostic fatal : « Non essentiel ! » Les apothicaires ont abandonné leurs fioles pour se vouer, eux aussi aux seuls comptes qui vaillent.

Les langues bien pendues seront bientôt mises provisoirement sur table d’écoute avant que d’être coupées impitoyablement. La parole est en ligne de mire, les gardiens du temple ont chassé les orateurs, redonnant aux marchands la place qu’ils n’auraient jamais dû abandonner. Le plan comptable offre la vedette au curseur et jette en prison le conteur.

Il sera une nouvelle foi, celle des crédits à volonté et des débits de poisons. La dette qui gonfle finira par prendre toute la place, les livres de comptes bouteront les trésors de la littérature. Le monde de l’après profite de l’Avent pour s’insinuer à tout jamais dans nos consciences. Le réel fait place au rationnel comme à l’irrationnel pourvu qu’une seule virgule se glisse dans son écriture.

Comptablement vôtre.

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S
J'aime bien, merci. Vous étes bienvenu sur mon blog.
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C
SPO<br /> <br /> Avec plaisir