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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La condamnation qui fait flop.

Le juge se prend les pieds dans la barre de zinc

 

 

Les juges sont gens impitoyables pour qui enfreint la loi sans disposer d’entregent. Impitoyables avec les humbles, sous la robe bat un cœur de midinette dès qu’un puissant risque sa réputation. C’est donc sans déplaisir que je viens vous narrer une aventure véridique dont il est aisé de faire des gorges profondes au détriment des princes du barreau.

Un quidam dont nous tairons le nom fut un jour mêlé à une algarade lors d’une fête où la bière coulait à flots. Pour son malheur, il voulut prendre la défense d’une femme harcelée par un importun aviné et mal embouché. Un geste maladroit, une bousculade fatale et le malotru se retrouva avec quelques points sur l’arcade. La justice devait laver l’affront subi par le méchant et punir le maladroit redresseur de torts.

 

La sanction tomba : notre justicier du comptoir fut, mon dieu que c’est terrible, condamné à deux années d’interdiction de BAR. La chose peut amuser qui n’est pas un client de la chose, mais devient rapidement une mesure coercitive pour un breton bon teint, amateur d’hydromel et d’autres dérivés alcooliques.

L’homme s’en retourne dans son pays du bout de la terre, maudissant le juge et s’interrogeant sur sa vie sociale durant les deux années à venir. Puis, la colère passée, il examine plus attentivement les attendus de la décision de justice. Il lit sur ce papier timbré sa condamnation à mort : Interdiction de bar. Puis soudain, voit dans le brouillard épais une porte de sortie.

Sans plus tarder, il envoie un message au patron du Bar des amis pour lui signifier que le bras de justice refuse désormais qu’il pose son coude sur le comptoir de son établissement. Il reviendra quand la peine sera purgée. La formule d’ailleurs le fait beaucoup rire, pour une purge, c’en est une !

 

Puis la conscience tranquille, il établit une nouvelle tournée des Grands Ducs compatible avec sa peine. Il débute sa punition en découvrant La Taverne du Port. Un lieu charmant où il pense rapidement trouver ses marques et se faire des amis. Il ne compte pourtant pas aller trop vite en besogne, il convient de choisir sa prochaine cellule avec méthode et dans un souci d’exhaustivité.

Ses pas, encore fermes, le conduisent ensuite Au Bistrot du Coin Rond, un nom plein de promesses. Il y découvre une bière artisanale qui l’enchante et le délecte. La clientèle est en tout point sympathique, il lui semble que l’endroit méritera quelques visites dans le respect de l’injuste sentence.

Poursuivant en tenant le cap, il découvre un nouvel estaminet. L’enseigne a attiré son attention tout en lui donnant le feu vert. À la Taverne des Matafs sent bon les embruns et la compagnie pittoresque. Pour rester dans le ton, il s’autorise une petite entorse à ses pratiques habituelles : il commande un rhum. Il note que l’endroit sera capable de lui mettre à la tête à l’envers.

 

Il chaloupe un peu quand il se dirige en tirant quelques bords incertains vers Le Cabaret du Chien Jaune. Soucieux de respecter les pratiques de la place, il demande une boisson anisée, imitant en cela tous les habitués du lieu. Il ressent les premières morsures de l’ivresse, pense alors qu’il devrait tenter de revenir au port.

Ses pas de plus en plus incertains le contraignent à faire une nouvelle halte. C’est La Gargote de Charlotte qui lui tend les bras. Il y trébuche et s’accroche à la rambarde pour parvenir à gravir les quelques marches qui lui permettent d’accéder à ce charmant établissement. Charlotte est très accorte, l’ambiance des plus plaisantes. Notre ami songe qu’il serait plus raisonnable de manger un peu. Il se régale d’un coq au vin qu’il arrose comme il se doit de la même boisson afin de ne pas prendre le risque du mélange.

 

Repu et "dessoiffé" l’homme se promet de rentrer chez lui quand, au détour d’une ruelle étroite, il découvre le Pub du Tribunal. Il s’amuse de cette devise, se promet ainsi de laver l’affront subi loin de sa Bretagne à grandes eaux. Il s’accroche tant bien que mal au comptoir, cale ses pieds contre la barre, pensant ainsi ne pas chavirer. Il va commander quand il découvre qu’il ne dispose plus de la moindre liquidité. Il en appelle à la bienveillance du patron, réclamant qu’on lui ouvre un compte dans l’instant.

Le patron ne l’entend pas de cette oreille : « Au Tribunal on n’efface jamais les ardoises mon ami. Vous payez vos dettes le jour-même, ce n’est que justice. Pas de liquide, rien dans votre verre ! ». Le Breton se retrouvait soudain aux prises du bras de justice, il quitta l’endroit sans le moindre regret. Il avait trouvé des établissements susceptibles de respecter la décision de justice, en bon citoyen, il entendait se conformer à la loi.

Bastringuement sien.

 

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