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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La révolution de la file d’attente.

Une nouvelle ère.

 

 

Le plus grand mérite de la crise sanitaire que nous traversons un masque sur la face en prenant nos distances avec nos contemporains est l’allongement de la file d’attente. Non, pas celle devant les théâtres ou les salles de spectacle, ceux-là sont fermés pour éviter tout risque de contagion de l’intelligence. C’est la queue devant les commerces de bouche qui s’étire indéfiniment non pas pour des raisons de pénurie mais simplement de pandémie.

Le premier mérite de cette situation est de refréner considérablement l’envie de doubler des adeptes du « Moi d’abord ». Ceux-là doivent ronger leur frein, ils ne peuvent s’adonner à leur plaisir habituel. Doubler se remarque quand on regarde à distance le dos du précédent. Il faut user de prodiges d’imagination pour parvenir à gruger la longue file qui serpente sur le trottoir. Ne désespérons pas, il se trouvera toujours quelqu’un pour se prétendre prioritaire quelles que soient les circonstances.

L’avantage indéniable de cet allongement sur le trottoir est la promotion des bonnes adresses. Le magasin alimentaire qui ne dispose pas de personnes battant le pavé avant de pénétrer en son sein ne doit pas proposer des produits de qualité. L’attente est garante de qualité, elle est la nécessaire contrainte pour bénéficier de ce qui se fait de mieux. Seuls les publicitaires trouvent à redire de cette démonstration qui les rend totalement inutiles.

L’autre intérêt de la chose c’est de pouvoir tout à loisir mâter l’arrière-train de la ménagère qui patiente sans risquer l’accusation de geste déplacé. Le regard peut s’exprimer tout à loisir sans que les mains soient en mesure de s’exprimer. C’est sans doute ce que nos dirigeants nomment la distanciation sociale. On devine que pareille situation eut été totalement impossible sous la présidence de DSK …

Le dos de celui qui attend devant nous est désormais la ligne d’horizon d’une société qui se voile la face. Pour reconnaître son voisin ou sa voisine, il convient désormais d’avoir une parfaite connaissance de son séant. De face, il n’y a plus moyen de l’identifier. Le masque occulte l'essentiel tandis que la file d’attente vous plonge sur le seul repère qui ne se dissimule pas.

C’est une nouvelle ère qui s’impose à nous. Pour la police d’ailleurs, les lois de l'anthropométrie sont totalement bouleversées. Le popotin est devenu le point de repère incontournable, la partie charnue de l’identité judiciaire. Les empreintes digitales se sont diluées dans le gel hydroalcoolique tandis que la face joue la farce du colin-maillard décalé.

La République doit à la fois changer ses principes qui interdisaient jadis de se dissimuler le visage sur l’espace public mais plus encore, elle doit modifier son orthographe par défaut. Elle n’est plus une et indivisible, une grande faille s’impose à nous, séparant les deux hémisphères de la dernière vue dont nous disposons sur nos semblables. C’est désormais la Raie publique qui fait référence pour identifier son voisin.

La distanciation nous pousse à baisser le regard, à considérer l’autre d’une toute autre manière. Ce nouveau système d’identification exige de nous quelques efforts. Notre plasticité intellectuelle y parviendra pourvu que nous nous plions à ces nouvelles règles. Mais que dire de nos innombrables caméras de surveillance programmées pour une identification faciale qui n’a plus de raison d’être ? C’est le marasme chez les spécialistes de la chose, ils doivent se recycler de toute urgence.

Ils suivront des stages chez les proctologues, les seuls qui n’ont en ligne de mire que cet aspect jusqu’alors si négligé de notre anatomie. C’est sans doute une révolution dont nos artistes peintre ne tarderont à s’emparer. Les temps changent, le portait changera de repère et une nouvelle expression artistique naîtra de ce curieux virage sociétal.

Séantement vôtre.

 

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