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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Coup de pouce carboné

Cette société roule sur la tête.

 

 

Le vélo à le vent en poupe. Il me faudrait plutôt dire la bicyclette tant ce mode de locomotion prend de plus en plus d’importance dans nos villes et se monte du col pourvu que l’on s’y adonne en pensant sauver la planète. Sa pratique a véritablement changé de braquet, les vieux clous ont été pour la plupart rangés des voitures pour laisser place à des coursiers flambants neufs dont certains disposent d’une lumineuse assistance au pédalage.

Il est loin le temps où les enfants glissaient dans les rayons un carton fixé par une pince à linge pour se donner l’illusion de la motorisation. La tenue même de l’adepte s’est radicalement transformée. Bien sûr, il demeure les inconditionnels de la petite reine, se grimant en coureurs cyclistes et faisant ainsi étalage publicitaire tout autant que de mauvais goût. Les autres s’équipent d’un casque pour affirmer haut et fort qu’ils sont désormais les chevaliers du bitume, ceux qui bouteront piétons et autos hors de la ville.

Notre bon état, prévenant et bienveillant pour ceux qui ne sont pas en capacité de rouler sur des engins neufs, a organisé une opération coup de pouce afin de restaurer le parc des cycles en bout de course. L’intention est fort louable, la remise à neuf de ceux qui avaient été oubliés au fond d’un garage, pendus par une roue au plafond ou négligemment déposés derrière tréteaux, escabeaux et autres objets de jardin doit permettre à tous de se remettre en selle.

Ce sont sans doute de hauts dignitaires de l’état qui se sont mis à la manœuvre. Il fallait faire pratique et depuis le fameux choc de simplification, les cadres de fonction publique s’en donnent à cœur joie pour montrer qu’ils savent se mettre désormais au niveau des plus humbles. Essayons de récapituler les modalités de l’obtention de cette prime de cinquante euros pour toute réparation conséquente d’un ancestral deux roues.

Vous devez tout d’abord trouver un professionnel ou une association qui participent à la chose. Il ne devrait pas être bien compliqué de vous mettre en relation avec eux à condition d’en trouver la liste sur un site internet. Premier clic d’une longue série d’interventions aussi peu durables que possibles.

Une fois sur place, il vous faudra laisser vos coordonnées, votre état civil et une adhésion si c’est une association. Tous ces précieux renseignements seront saisis sur un ordinateur relié à la toile pour que le suivi informatique soit à la hauteur de l’enjeu. Et de deux. Les opérations de maintenance, cette petite mécanique ??? se fait encore manuellement. Voilà bien une concession déplorable à la modernité d’une nation à la pointe du progrès.

L’intervention des petites mains effectuée, l’heureux possesseur de ce coursier requinqué devra venir le chercher là où il l’avait déposé. C’est là que la situation devient ubuesque. Le chantre du retour à l’authenticité devra se munir impérativement d’un téléphone portable pour avoir une chance de toucher du doigt le fameux coup de pouce. N’ayant pas cette horreur sur moi, j’ai dû faire intervenir une tierce personne de mon entourage qui naturellement n’était pas présente. Voilà un nouvel appel.

Pendant ce temps, celui qui a établi la facture envoie un signal au vaste univers virtuel afin qu’un SMS parvienne, via un circuit complexe qui roule à la seule force du jarret sans aucun doute au portable de la tierce personne. Celle-ci, ayant reçu le code secret émanant du ministère de complexité et de la sophistication, rappelle pour transmettre le dit code, aussi long que l’escalade d’un col alpin.

Le code entré dans l’ordinateur de bord de l’atelier de réparation, vous vous pensez au sommet de cette difficulté et espérez naïvement que la suite se fera en roue libre. Que nenni. Les services informatiques de la haute administration exigent alors le numéro de cadre de l’antique vélocipède. Cette fois, l’huile de coude s’avère nécessaire pour faire ressurgir des graisses et poussières accumulées au fil des années, ce code secret qui est si important pour nos larrons de la haute administration.

Vous vous apprêtez à lever les mains au ciel, pensant la ligne d’arrivée franchie. Que nenni. La folie n’est pas terminée. Le coup de chaud ne concerne pas que la planète, les fonctionnaires zélés de la nation ont songé à une opération suivante qui tient lieu de la cerise sur le gâteau. Le responsable de l’atelier sort alors son téléphone portable pour photographier le vieux clou du spectacle.

Mais pourquoi diable agit-il ainsi ? Veut-il faire publicité avec le fameux slogan : Avant- Après ? Pas du tout ; le cliché est transmis à une lointaine banque de données qui s’empresse de repérer par un couteux système de géolocalisation la provenance de la-dite photographie. Cette fois, la facture est établie, conforme et ne demande plus que la date et le lieu de naissance du futur cycliste pour pouvoir être validée.

Un feu vert arrive par la voie des ondes pour certifier que les cinquante euros sont pris en charge pour sauver la planète. Ils ont nécessité bien des allées et venues numériques qui n’ont aucune incidence sur le coût carbone. Un paiement par carte bleue serait le pompon, conscient de la folie de ce qui vient de se dérouler sous ses yeux effarés, le futur cycliste sort de l’argent liquide de sa poche se disant qu’heureusement ce moyen de paiement a encore cours.

Je m’empressai naturellement de narrer l’aventure, histoire de mettre mon grain de sel à défaut de bâtons dans les roues à ce cycle infernal. Tout va bien dans le meilleur des mondes. La situation est entièrement sous contrôle, vous pouvez aller librement sur les chemins de traverse, c’est du moins ce qu’il faut encore espérer.

Ubuesquement leur.

 

 

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