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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Changement de costume

Fini le folklore.

 

 

Alphonse Daudet le dirait mieux que moi, trop de vent a soufflé dans les ailes de son moulin, le sous-préfet ne vient plus amuser les galeries et peupler les belles histoires campagnardes. C’en est définitivement terminé du gentil discoureur en gants blancs, engoncé dans son uniforme d’opérette qui trinque avec tout un chacun après avoir vanté la magie d’une République une et indivisible qui aime tous ses enfants.

 

Jacques Brel n’ira plus sous les lustres à paillettes partager les orangeades et les champagnes tièdes. La réception n’est plus de mise et d’ailleurs elle ne concernait que les notables du coin, toujours aussi présents quand il s’agit de se goinfrer aux frais de la princesse. La Préfecture a fermé ses grilles à double tour, installé un système de surveillance et quelques vigiles patibulaires.


 

Il faut avouer que la réputation des jardins de messieurs les préfets et sous-préfets n’était plus à faire. Dans un souci de participer à leur embellissement, nos paysans ont apporté leur contribution au changement de ton de cette noble institution. Les tas de fumiers ne furent pas le terreau de la concorde et de la paix civile. Monsieur le Préfet a commencé à montrer des dents.

Puis ce furent les sans-papiers, les mineurs en exil, les déboutés du droit d’asile qui vinrent importuner ces braves hauts-dignitaires en reclassement pépère. Recasés après une défaite électorale, avant un changement prévisible de majorité, la fonction préfectorale devint une succursale de la politique de l’emploi. On y mit les coquins qui n’étaient pas capables de faire leur trou dans le monde de l’entreprise.

Les gants blancs se sont fait martiaux. Désormais nous avons non plus des représentants de l’État mais du pouvoir. La nuance est de taille, le sous-préfet peut encore jouer les utilités, parader et discourir, ce n’est qu’un sous-fifre destiné à prouver encore que l’on donne des colifichets à nos villes moyennes. Belle illusion que cela.

Tout se passe dans la préfecture où un homme en gant de fer décide de tout. La crise sanitaire a bon dos, le Préfet se mue en grand Vizir et décide de tout, abolissant la loi et les élus du peuple, lui qui n’est qu’un simple désigné par le seul fait du Monarque, décrète, impose, punit et joue de la force publique avec une jubilation certaine . Tout se joue désormais à la préfecture, les maires, les conseillers départementaux ou régionaux n’ont qu’à baisser pavillon et ranger leurs écharpes.

Avouons cependant qu’ils sont nombreux à se ranger avec complaisance derrière cette nouvelle orientation d’une nation qui réclame l’ordre et la discipline uniquement pour la plèbe tandis que les canailles qui gouvernent multiplient les affaires, s’arrogent des privilèges, sont présumés innocents à vie tandis que la justice se refuse à statuer sur leur cas. Les décrets de l’ordre nouveau se prennent sur le terrain et uniquement pour les petites gens.

Devant cette révolution martiale, il convient de se mettre un peu en cohérence. La circulaire du 10 avril 1873 fixait ainsi l'uniforme du préfet : Grande tenue : habit bleu, broderie en argent, chapeau français à plumes noires, pantalon blanc ou bleu avec bandes d'argent, épée à poignée de nacre, écharpe tricolore, gilet blanc. La petite tenue : tunique droite en drap bleu, gilet blanc ou bleu, pantalon bleu, képi bleu à bandeau brodé argent et l'épée.

Aujourd'hui le costume de préfet comprend désormais trois tenues :

  • une tenue de cérémonie, constituée d'un veston croisé avec pattes d'épaules brodées et parements de manches brodés amovibles. Le pantalon comporte une bande de soie noire, la casquette est brodée d'or. Les membres féminins du corps préfectoral portent une veste avec une jupe et une toque-tricorne de feutre uni bleu-marine.

  • une tenue de cérémonie d'été (notamment pour les préfets exerçant en Outre-Mer),analogue à la précédente, mais blanche

  • une tenue de soirée, habit à pattes d'épaules brodées, gilet blanc et pantalon à bande

Avouons que tout cela relève de la tenue de danseuse pour une fonction qui devient la courroie de transmission d’un pouvoir autoritaire. Nous pourrions au moins ne pas avoir à payer la garde-robe de ces curieux personnages qui n’appartiennent plus à notre folklore national. C’est ce que nous avons de mieux à espérer pour l’instant.

Préfectoralement leur.

 

 

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