Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Manidae, le Pangolin malin

 

Retour de bâton.

 

 

Il était une fois un curieux animal couvert d’écailles. C’était pour lui une protection, une armure pour se préserver des bêtes qui venaient lui chercher des poux dans la tête. Pour se prémunir au mieux, notre ami Manidae avait élu domicile dans un arbre, pour se mettre à l’abri des animaux de la forêt tropicale. Le pauvre, il avait plus redoutable ennemi encore, cette envahissante espèce qui, pourtant tout comme lui, marche sur la plante des pieds. Ces redoutables plantigrades, qui n’usent que de leurs membres postérieurs pour semer la terreur sur la Planète toute entière, s’en prennent par gourmandise et esprits de lucre aux amis de notre charmant compagnon à quatre pattes.

C’est une hécatombe dans les rangs des enrouleurs de langue, les frères, sœurs, cousins et cousines de Manidae. Des gens cherchant la petite bête les avaient nommés ainsi parce qu’ils déroulaient leur longue langue pour aller se nourrir de termites et autres insectes. Pengguling, ce terme devint Pangolin et c’est ainsi désormais que les compères de notre ami sont désignés surtout sur les étals Chinois.

Manidae ne savait rien du sort qui lui était promis. Son unique préoccupation : se cacher le jour, tenter la nuit de descendre de son arbre, échapper aux braconniers pour aller trouver sa pitance. Au fil du temps, la vie devint pour lui de plus en plus infernale. Il devait attendre les heures les plus reculées de la nuit pour espérer trouver quelques minutes pour se sustenter.

Ce confinement arboricole lui pesait énormément. Les journées sont longues, les nuits plus encore quand on doit rester accroché à sa branche refuge. Manidae ne disposait ni de compagnon, l’animal est un solitaire endurci par sa carapace, ni même d’écran pour occuper son temps. Il est vrai que la canopée est fort heureusement encore une zone blanche qui n’a pas encore vu fleurir les antennes relais.

L’animal trouva refuge dans la lecture. Je sais que beaucoup émettront des doutes sur cette assertion. Ce n’est pas parce que les bourreaux ont perdu le goût puis progressivement la capacité de donner du sens à ces étranges signes qui constituent un livre, que leurs victimes ne sont pas capables de ce prodige. Les Pangolins sont d’excellents lecteurs, la longueur de leur langue en atteste.

Manidae avait à sa disposition un bestiaire qu’il dévorait comme il le faisait des fourmis, avec une curiosité sans limite. C’est ainsi qu’il découvrit appartenir à la même famille que son ennemi le plus redoutable. Oubliant les hommes pour l’instant, il s’amusa à découvrir ses cousins lointains. Le raton laveur avait sa préférence, il est vrai que l’animal masqué depuis un certain poète apprécié lui aussi par notre lecteur, était devenu un symbole aimable.

C’est sans doute cette idée de masque qui lui mit la puce à l’oreille. Manidae ne savait pas trop comment exploiter cette piste pour l’instant, mais il la glissa dans un coin de son esprit. L’immobilité forcée lui laissait le temps de cogiter, d’incuber longtemps une idée avant que de la voir rejaillir soudain.

Dans ses autres congénères plantigrades, il y avait également des ours. Notre lecteur se sentait tout particulièrement solidaire de ceux qui tentaient de survivre sur la banquise, un monde qui lui était totalement étranger mais dont il parvenait à saisir la beauté sauvage par le seul pouvoir de son imagination. Manidae pensait qu’il pouvait de son arbre leur venir en aide, une pensée absurde pour ces prétentieux qui pensent diriger le monde, mais une certitude pour notre ami depuis qu’il avait tenu une longue conversation avec un papillon : un grand monarque qui battait de l’aile …

Il poursuivit ses investigations, s’amusa de la capacité folle des lapins à se multiplier à une vitesse extraordinaire. Il en était même un peu jaloux, lui qui ne pouvait avoir qu’un enfant à la fois. Cette notion de multiplication rapide, de pouvoir d'extension presque exponentielle resta dans un petit coin de son esprit en ébullition. Il sentait monter en lui une fièvre créatrice, il n’était pas loin de trouver une piste pour assumer sa vengeance.

Les rats paradoxalement n’avaient pas grâce à ses yeux. Leur queue ridiculement fine n’en faisait pas des êtres qui lui étaient sympathiques. Nul n’est à l’abri de tels préjugés, Manidae n’échappait pas à la faiblesse de représentations. Nous ne pouvons cependant pas taire ce défaut, il sera la clef de son machiavélique plan ultérieur.

Tout bascula pour lui lorsqu’un jour, un humain qui ne semblait pas agressif, passa dans sa forêt. Manifestement ce n’était pas un braconnier, il n’en avait ni l’allure, ni la panoplie, ni la rouerie. Il observait la nature à la longue vue, prenait des notes et des photographies. L’éthologue puisque c’en était un, Manidae en bon lecteur avait une culture plus vaste que beaucoup d’autres, s’assit au pied de l’arbre.

L’homme voulait se reposer sans doute. Pour ce faire et c’est ce qui le rendit sympathique à notre pangolin, il prit un livre et s’y plongea avec un intérêt non dissimulé. Une heure plus tard, le scientifique voulut se remettre en marche, il rangeait ses affaires quand il fut pris d’une formidable quinte de toux. C’est ainsi, que bien involontaire, il fit tomber sans s’en rendre compte son précieux livre.

Il partit tandis que Manidae attendit le secret de la nuit pour aller quérir ce trésor. Il attendit le jour pour enfin pouvoir le feuilleter. La fée électricité ne vient pas brouiller les pistes en ce coin reculé de la Planète. Seules les lampes torches des maudits braconniers annoncent bien souvent la fin des temps pour ceux qui vont tomber dans leurs griffes.

C’est sous un soleil éclatant que Manidae à son tour eut le bonheur de découvrir la plume d’Albert Camus. Il fut émerveillé par ce récit qui le bouleversa littéralement. Plus il lisait plus les idées s’associaient dans son esprit. Il allait démontrer aux humains, cette espèce prétentieuse et indigne, de quel bois il se chauffe.

Il mit en place un plan machiavélique en mesure de mettre à genoux tous les humains. Il allait peut-être sauver ses amis les ours en leur faisant toucher du doigt qu’ils ne sont pas propriétaires de la Terre mais des locataires parmi tous les autres. Le Pangolin avait le virus de la lecture, il allait le transmettre aux êtres raisonnables afin qu’ils pensent enfin un monde meilleur loin de ce système absurde qu’ils ont mis en place.

Vous savez la suite, Manidae créa une maladie qui s’attaqua tout d’abord à ces curieux individus qui mangeaient ses pareils. La vengeance échappa à son créateur, elle fit tache d’huile, se répandit sur tous les continents, faisant des victimes malheureusement innocentes. Mais comment faire autrement tant la situation était devenue intenable sur la Planète. Manidae ne sut pas vraiment le cataclysme qu’il avait déclenché. Lui avait décidé du haut de son arbre de relire ce merveilleux roman qui lui avait permis de reconstituer tous les fragments de son puzzle intérieur. C’était vous l’avez compris « La Peste ! ». Je vous invite à le lire ou à le relire mais surtout après, à repenser cette société devenue folle.

Si vous ne retenez pas la leçon, le Pangolin malin saura vous lancer un nouveau sortilège. Je viens de lui faire parvenir le Hussard sur le toit de Giono. Rassurez-vous, ce ne fut pas par le truchement d’Amazon ce tueur de la culture indépendante mais par un bon ami libraire en Afrique.

Anthropomorphiquement leur.

Moustapha Dahleb la plus belle plume tchadienne, a écrit :

 

L'HUMANITÉ ÉBRANLÉE ET LA SOCIÉTÉ EFFONDRÉE PAR UN PETIT MACHIN.

 

Un petit machin microscopique appelé coronavirus bouleverse la planète. Quelque chose d'invisible est venu pour faire sa loi. Il remet tout en question et chamboule l'ordre établi. Tout se remet en place, autrement, différemment.

Ce que les grandes puissances occidentales n'ont pu obtenir en Syrie, en Lybie, au Yemen, ...ce petit machin l'a obtenu (cessez-le-feu, trêve...).

Ce que l'armée algérienne n'a pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu (le Hirak à pris fin).

Ce que les opposants politiques n'ont pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu (report des échéances électorales. ..).

Ce que les entreprises n'ont pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu (remise d'impôts, exonérations, crédits à taux zéro, fonds d'investissement, baisse des cours des matières premières stratégiques. ..).

Ce que les gilets jaunes et les syndicats n'ont pu obtenir, ce petit machin l'a obtenu ( baisse de prix à la pompe, protection sociale renforcée...).

Soudain, on observe dans le monde occidental le carburant a baissé, la pollution a baissé, les gens ont commencé à avoir du temps, tellement de temps qu'ils ne savent même pas quoi en faire. Les parents apprennent à connaître leurs enfants, les enfants apprennent à rester en famille, le travail n'est plus une priorité, les voyages et les loisirs ne sont plus la norme d'une vie réussie.

Soudain, en silence, nous nous retournons en nous-mêmes et comprenons la valeur des mots solidarité et vulnérabilité.

Soudain, nous réalisons que nous sommes tous embarqués dans le même bateau, riches et pauvres. Nous réalisons que nous avions dévalisé ensemble les étagères des magasins et constatons ensemble que les hôpitaux sont pleins et que l'argent n'a aucune importance. Que nous avons tous la même identité humaine face au coronavirus.

Nous réalisons que dans les garages, les voitures haut de gamme sont arrêtées juste parce que personne ne peut sortir.

Quelques jours seulement ont suffi à l'univers pour établir l'égalité sociale qui était impossible à imaginer.

La peur a envahi tout le monde. Elle a changé de camp. Elle a quitté les pauvres pour aller habiter les riches et les puissants. Elle leur a rappelé leur humanité et leur a révélé leur humanisme.

Puisse cela servir à réaliser la vulnérabilité des êtres humains qui cherchent à aller habiter sur la planète mars et qui se croient forts pour clôner des êtres humains pour espérer vivre éternellement.

Puisse cela servir à réaliser la limite de l'intelligence humaine face à la force du ciel.

Il a suffi de quelques jours pour que la certitude devienne incertitude, que la force devienne faiblesse, que le pouvoir devienne solidarité et concertation.

Il a suffi de quelques jours pour que l'Afrique devienne un continent sûr. Que le songe devienne mensonge.

Il a suffi de quelques jours pour que l'humanité prenne conscience qu'elle n'est que souffle et poussière. Qui sommes-nous ? Que valons-nous ? Que pouvons-nous face à ce coronavirus ?

Rendons-nous à l'évidence en attendant la providence.

Interrogeons notre "humanité" dans cette "mondialité" à l'épreuve du coronavirus.

Restons chez nous et méditons sur cette pandémie.

Aimons-nous vivants !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Magnifique texte tchadien, merci.
Répondre
N
RIEN de RIEN à ajouter à çà !... Sinon que j'applaudis des pieds et des mains.. çà fait de l'exercice, alors que je suis devenue infirme... depuis mon fauteuil roulant, je vous dis merci.Votre talent ne s'est jamais démenti. BRAVO. Je vous embrasse. c'est permis... de loin.
Répondre