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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le curieux destin d’un mot

 

Ce n’est pas bateau ...

 

 

Nous qui vivons dans l’angoisse de la Pandémie présente, l’histoire devrait nous enseigner de relativiser nos maux au regard des ces terribles devancières. Il se peut que ce récit déplaise, je le trouve pourtant nécessaire car toute connaissance permet d’élargir notre champ conceptuel. Acceptez d’embarquer avec moi sur cette curieuse histoire.

 

Si pangolins et chauve-souris sont aujourd’hui montrés du doigt, ils ne sont hélas pas les premiers animaux à avoir transmis à l’homme un cadeau mortel. Au XIVe siècle, un bacille existait à l’état naturel et infestait les puces d’Asie. Ces charmants petits parasites se firent fort de s’en prendre à des rongeurs qui avaient quant à eux, la possibilité de voyager plus loin. Ce furent donc cette fois là les rats qui furent les porteurs du mal.

 

En cette époque lointaine, les prémices de la mondialisation pointaient le bout de leur nez. Des bateaux faisaient commerce entre l’Asie et l’Europe et transportaient outre des marchandises précieuses quelques passagers ? clandestins qui en ce temps là, ne cherchaient pas à déjouer les barrières douanières. Les rats acquirent alors cette réputation sulfureuse qui leur collera à la peau.

 

Débarquant en même temps que le fret, les animaux infectés diffusèrent une maladie épouvantable qui provoqua un cataclysme sans précédent. En trois années la population européenne va perdre jusqu’à 50 % de ses effectifs. Ce fut une abomination absolue, des villes entières disparurent du jour au lendemain dans un climat de peur, d’angoisse, de haine qui devrait nous inciter à la modération aujourd’hui.

 

Marseille fut naturellement du fait de sa qualité de port commercial la ville la première concernée dans le royaume de France en novembre 1347. Paris fut touché le 20 août 1348. Si les communications étaient moins rapides, il faut quand même remarquer que le mal progressa là aussi assez vite. Dans la Capitale ce fut l’effroi et l’abomination. On prétend qu’il y eut de 50 000 à 80 000 décès.

 

Les corps des malheureux posèrent bien vite problème tant ils étaient nombreux et que leur contact portait en lui-même des risques mortels. C’est alors qu’intervient une seconde histoire, plus souriante au départ mais qui viendra rapidement s’agréger à notre contexte désastreux.

 

À la confluence de la Seine et de l’Essonne, la ville de Corbeil constituait un grand centre commercial pour le transport du blé, l’alimentation de base en cette époque, jusqu’à Paris. Les moulins y étaient nombreux et recevaient les céréales de la Brie et de la Beauce voisines. Le ravitaillement de Paris dépendait d’un flux incessant de bateaux descendant la Seine et transportant de la farine, du tan, du vin, du bois .

 

Comme sur la Loire, ce sont des bateaux en bois à fond plat qui assuraient l’acheminement du ravitaillement. Pour l’histoire, la confrérie des nautes de Lutèce remonte à l’époque Celte. Le piliers des nautes est le plus vieux monument de Paris datant de l’an 21. C’est vous dire ! Les bateaux venant de Corbeil furent appelés Corbeillards comme ceux fabriqués à Saint Rambert sur la Loire devinrent des Rambertes.

 

Nos Corbeillards eurent une autre destinée. Lors de la si redoutable peste, en lieu et place des marchandises, les bateaux sont sollicités pour venir en aide aux fossoyeurs débordés. Imaginez qu’il y a jusqu’à 500 morts par jour, qu’il faut creuser des fosses communes en toute hâte le long de la Seine et les Corbeillards sont réquisitionnés pour effectuer leur transport. Sur l’eau, dans l’esprit des décideurs, le risque de transmission des miasmes serait moins fort.

 

Le mot va rester dans l’esprit des survivants. Au XVIIe siècle il perdra son orthographe initiale, effaçant ainsi son origine. L’histoire ne dit pas l’hécatombe dont furent victimes les bateliers. Seul le terme va leur survivre et lorsque vous évoquez le mot Corbillard, vous pourrez avoir une pensée émue envers ces glorieux mariniers, ancêtres des héros de notre époque : les soignants, les personnes chargées de notre ravitaillement, les forces de l’ordre, les éboueurs… N’oublions pas non plus les employés des pompes funèbres qui sont eux-aussi en première ligne de la bataille actuelle avec je l’espère plus de moyens de protection que les nautes de l’année 1347.

 

Historiquement vôtre.

 

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