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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les VIP nous mènent en bateau

Visiteurs Importants à Photographier

 

 

Il y a peu j’ai participé à un Festival du côté de la plèbe, vous savez cette foule immense qui fait la queue et paie pour participer à ce qui sera offert gracieusement et sans attendre à des gens qui de par leur naissance, leur fonction, leur place sociale, disposent de privilèges qui ont effacé une certaine nuit du 4 août tombée depuis longtemps en désuétude.

Non pas qu’il faille cracher dans la soupe et déplorer ce « deux poids deux mesures » si consubstantiel à notre République fictive. Le passe-droit, le coupe-file, le laisser-passer, la place réservée sont intiment liés au besoin de paraître et de se sentir au-dessus du commun. C’est justement en jouissant ainsi de ces priorités et menus avantages, que nos chers VIP mesurent le chemin parcouru dans leur ascension sociale.

L’ivresse de la réussite a besoin de se mesurer à l’aulne de la comparaison avec les gueux, ce ramassis d’humbles et de modestes qu’il convient de dépasser de la tête et des épaules. Ce besoin irrépressible de se situer, de se comparer, de se penser supérieur en tout est sans doute totalement ancré dans l’âme humaine et rien de mieux qu’un Festival de Loire pour lever l’ancre et voguer tandis que les miséreux restent à terre.

Ne tirons pas sur ce manège des vanités, la conjuration des orgueilleux, des prétentieux, des pédants et des outrecuidants aura encore de longues heures devant elle. Ce n’est pas à ces pantins pitoyables que j’en veux mais à ceux qui font métier ou loisir de mettre en image la manifestation et qui n’ont d’yeux que pour ces misérables canailles.

Caméras, microphones, objectifs furent le plus souvent braqués vers ces gens qui ne savent pas attendre et se refusent à supporter les odeurs de transpiration de la plèbe. Il est vrai que disposant d’un espace protégé, d’un embarquement à l’écart de la masse, il était plus aisé de venir avec tout l’attirail pour prendre sous toutes les coutures le beau linge présent.

Vanité de la piétaille qui pense que la lumière rejaillira sur elle. Des photographes ont tourné comme des mouches autour de ceux-là, tout comme les moucherons autour d’une assiette de vinaigre. Ça tombe bien dans cette ville qui s’en fit jadis la spécialité. Ils se perçoivent comme des influenceurs susceptibles d’augmenter encore la notoriété de ces ci-devants. Ils n’osent regarder les manants et encore moins gâcher du temps et de la pellicule avec ce peuple dont pourtant ils sont issus.

Heureusement d’autres ont su regarder avec bienveillance les acteurs anonymes de la fête, ceux sans lesquels rien ne se passerait vraiment. Des journalistes qui honorent la profession sont venus vers la masse tandis que leurs collègues se précipitaient vers l’élite. Les uns sont à féliciter tandis que les autres récolteront sans doute les fruits de leur indignité puisque ceux qu’ils ont ainsi mitraillé seront capables de leur renvoyer l’ascenseur.

Monde illusoire que celui-là. Je plains ces marionnettes dérisoires qui pensent trouver dans l’éclat de leur modèle une part de respectabilité. Ils se vautrent dans la médiocrité, perdent de vue l’essentiel et se leurrent profondément sur le sens de telles manifestations pourtant éminemment populaires. Qu’importe le nombre de leurs objectifs, ils ont un regard tout comme une pensée de poisson qui tourne en rond dans un bocal.

Je dédie ce billet d’humeur à ces Princes de la gloriole. Leur papier est aussi glacé que leurs modèles. Leur absence de profondeur de champ les condamnera bien vite à la cécité. L’essentiel est dans le cœur qui justement leur manque cruellement.

À Bon photographieurement leur.

 

Pour illustrer cette diatribe deux clichés

de Alain Pavard-Doisneau

qui échappe totalement à cette critique acerbe

 

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S
Votre manque de reconnaissance vous ronge tant que ça...
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Vous pouvez le penser