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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le retour des écrevisses de Loire

Mon cœur balance …

 

 

Nos belles et délicieuses écrevisses de Loire avaient dû abandonner la place, incapables de mener le combat contre leurs invasives cousines venues de Louisiane. Nous avions beaucoup perdu dans cet effacement progressif ; un peu de notre enfance, une perte gastronomique sans pareille et ce plaisir incomparable de soulever les cailloux pour les dénicher et les glisser dans nos bourriches. Il y avait bien sûr les adeptes de la balance, cet engin piégeur qui les attiraient avec des abats, des entrailles et autres déchets animaux.

Nous avions renoncé à les retrouver. Le monde est ainsi fait qu’il est véritablement impitoyable pour les plus faibles. Les papillons, les libellules, les sauterelles désertaient nos rives tandis que des invasions multiples transformaient radicalement le paysage de notre rivière. C’est donc avec une profonde satisfaction que j’appris le retour des écrevisses sur les rives d’Orléans.

Des écrevisses bien locales, qui en pincent pour la ville et aiment à vivre cachées avant que de se dévoiler au grand jour. Le festival de Loire leur a donné l’opportunité de se montrer, d’arpenter parfois les stands afin de serrer des louches, de flatter le goujon, de caresser les chiens dans le sens du poil. La grande métamorphose animalière étant en marche, il ne faut plus s’étonner de rien.

L’écrevisse montre pince blanche, jure la patte sur le cœur qu’elle ne trempe pas en eau trouble, qu’elle ne voyage jamais de manière inconsidérée, qu’elle se voue corps et âme au seul service de la Loire locale. Le curieux crustacé sort de sa coquille pour gagner la voie d’eau, c’est là son obsession. Le temps est venu de réclamer les suffrages des gourmets, de se jeter dans la marmite afin de provoquer une sécrétion salivaire chez l’électeur. L’écrevisse à patte blanche a changé récemment d’étiquette, ce qui peut troubler les gourmets, toujours attentifs à la traçabilité du produit.

Mais il se trouve qu’elle rencontre sur son chemin des collègues qui ne sont pas de cet avis. L’écrevisse à pattes rouges entend leur barrer le chenal. Si elle est plus grande de taille, elle exige cependant des eaux claires, parfaitement oxygénées, débarrassées de tous les soupçons qui pèsent sur sa cousine. Elle prétend avoir les pinces propres, s’affiche comme un recours face aux remous récents que notre rivière a connus.

Face à ces deux-là, l’écrevisse des torrents, prétend apporter un renouveau, un vent frais et une eau limpide. Elle est vierge de tous pêchés, ce qui lui donne un avantage moral sur ses deux adversaires. Elle se place résolument dans la dynamique écologique. Hélas, elle est fragile, victime qu’elle est de la peste des écrevisses, maladie que lui transmettent ses collègues particulièrement enragés depuis quelque temps.

Il y a encore l’écrevisse à pattes grêles. Elle manque cruellement d’expérience. Elle a été introduite en bord de Loire il y a peu, elle est considérée comme locale à l’inverse de l'américaine mais demande des eaux calmes, ce qui n’est vraiment pas le cas à Orléans. Susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques, elle risque de troubler le jeu. Méfions-nous d’elle, elle peut provoquer la surprise.

L’écrevisse calicot va se conduire comme un poisson dans l’eau dans cette période électorale ou chaque espèce affichera ses ambitions et ses slogans. Elle est la mieux placée dans ce combat sans merci d’autant que sa croissance est rapide tandis que l’écrevisse juvénile semble encore bien frêle pour venir s'immiscer dans ce panier de crabes.

Car vous l’avez compris, ce combat est celui des mâles (où sont les femelles ?) qui aspirent à prendre ou à conserver le poste de prévôt. La bataille fera rage, les amis d’antan vont s’entre-dévorer même si les électeurs n’en pincent vraiment pas pour tout ce qui se trame sous leurs yeux. Trahisons, coup-bas, affaires douteuses, scandales, reniements, confusions multiples. D’après tous nos candidats, rien de plus normal puisque l’écrevisse est contrainte régulièrement, de se débarrasser de son exosquelette pour assurer sa croissance : c'est la fameuse mue que nous observons de ci de là en ce moment.

Crustacément leur.

 

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