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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le flacon ne garantit pas l’ivre-liesse !

L’Écho-Côtier

 

Le journal Pirate du Festival de Loire.

 

Numéro spécial

Clap de soif

Un Celte dans le brouillard

 

Dans une grande fête, un rassemblement populaire, un festival à boire, le souci majeur du chaland est de trouver le bon contenant pour conserver sa contenance à portée de gosier. Vous avez en la matière autant de récipients que d’accoutrements. Bien sûr, le plus couru est ce gobelet en plastique dur, parade de l’heure à la chasse au gaspillage, le plus souvent paré des couleurs de l’organisation et qui a le bonheur d’être consigné. Mais d’autres flacons se trouvent de ci, de là accompagnant fièrement des individus qui marquent ainsi leur différence.

Il y a pour les fêtes marinières, le fameux « quart » métallique, flanqué de sa poignée rétractable ou non, qui permet à son propriétaire de tenir ses permanences nocturnes, en gardant bon pied à défaut de bon œil. Il y a toujours l’esthète indécrottable qui exige de boire dans un verre. Pour bien arpenter les nombreux stands, il se fait fort de le prendre à pied tout en le choisissant fort robuste pour échapper aux éclats. Les adeptes de la décroissance, penchent vers le godet en grès, les individus dans le vent transportent un hanap tandis que les goulus ne se séparent pas de leur chopine.

Pour ceux-là, le passage du point de contrôle leur laisse la gorge sèche. Ils craignent la confiscation de leur précieux flacon. Il convient de bien le dissimuler ou tout au contraire, de le porter comme un talisman, autour du cou ou accroché à la ceinture. Un élément du costume en somme qui échappe à la vigilance des cerbères à moins qu’il n’entre pas dans la liste de ce qui est prohibé.

C’est ainsi qu’il est advenu à deux festivaliers des aventures qui méritent d’être narrées, des histoires à boire comme du petit lait pour peu que vous y adjoigniez quelques gouttes d’alcool et un peu de miel ou de fiel selon vos humeurs. Rassurez-vous, tout ce qui va suivre est rigoureusement exact, parole de bonimenteur.

La première brève de conte Loire toucha un adepte du quart. Vedette du Festival, le garçon ne pouvait arpenter les quais sans être convié à bord d’un bateau. C’est ainsi qu’une troupe en joie l’invita à rejoindre de rudes lascars au cul du rafiot. Véritable traquenard, l’endroit recelait des trésors totalement fongibles et le plus souvent liquides. L’imprudent tendit son quart et dégusta une potion qui avait tout de diabolique. Poussé par l’euphorie de l’instant, il donna dans la démesure en doublant la mise. Le quart se faisait moitié et la tête lui tournait en une fraction de seconde.

Revenu sur le pierré, la nature l’appela vers les tinettes. La queue en ce lieu situé en dehors du périmètre de sécurité le contraignit à faire les cent pas, à piétiner sur place pour éviter de lâcher-prise avant l’heure. Quand son tour arriva, le soulagement immense lui redonna des ailes et c’est d’un pas altier qu’il s’en retourna vers la foule. La rue était en pente, le pavé irrégulier, le quart se décrocha, chut, roula quelque temps avant de sombrer dans la bouche d’égout qui justement recevait les résidus du réticule qu’il venait de quitter. La potion se faisait fétide. Adieu le quart et même le tiers, il n’avait pas fait les choses à moitié !

Un de ses compères, non pas le souffleur mais leur cher acolyte, avait opté pour la corne à boire. Un relent de celtitude, esthétique certes mais exigeant de terminer toujours un flacon qui ne pouvait que se tenir à la main tant qu’il y avait liquide. Hérité des Vénètes ce récipient au charme indéniable fut cependant à l’origine du drame…

Un quidam mal embouché, tenait propos déplacé à une dame. Notre vaillant buveur de bière, offusqué, se mêla de l’algarade. Dans sa volonté de doucher le nerveux, il voulut d’un geste ample arroser le malotru. Son récipient effleura la face de son adversaire, écornant en toute logique, une arcade aussi sourcilière que sourcilleuse. Le sang coula comme il le fait toujours en cet endroit : abondamment !

Notre cornu buveur ne se soucia guère de ce qui à ses yeux, n’était qu’un incident de taverne comme il en arrive souvent dans sa Bretagne. Hélas en Orléans, le chien après avoir aboyé, s’être fait poser trois points au poste de secours (c’est vous dire l'extrême gravité de sa blessure) prévint la police qui jusqu’alors n’avait pas eu d’os à ronger.

Une escouade arriva, s’empara du délinquant factice qui n’avait nullement songé à s’éloigner du lieu de ce qui était déjà devenu une rixe. Il fut prestement conduit au poste pour une garde à vue de 48 heures. Traité comme le dernier des derniers dans des conditions déplorables, accusé d’ivresse sur la voie publique, de port d’armes, la corne devenant immédiatement une arme par destination, auteur d’une agression ayant entraîné trois jours d’arrêt de travail, le délinquant purgea sa honte dans un cul de basse-fosse.

Il faut l’écouter narrer ce qu’il a vécu durant ces longues heures d'infamie pour comprendre le souci de réduire à l’état animal celui qui tombe sous les pattes de quelques geôliers irascibles. C’est le lundi soir que j’hébergeai celui qui hébété, sortait de ce trou noir. Ces compagnons l’attendaient eux aussi, déplorant cette tache à un Festival qu’ils avaient animé pour le plus grand plaisir des visiteurs.

La presse locale fit écho de la chose. La page ad-hoc se faisant pour l’occasion rubrique des chiens écornés. Je n’ai pu m’écraser et je tiens à rétablir la vérité si peu vérifiée par le pigiste de service. L’objet du crime n’était qu’une corne à boire et non de brume. Le brouillard se lève, vous savez désormais tout sur ce qui sera jugé en janvier. On peut admirer la célérité de la justice pour des affaires qui ne touchent pas nos chers politiques !

Boirejusqu’àlaliement sien.

 

 

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