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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le pot aux roses !

La belle façade …

 

 

 

Une figure locale disparait et tous les flagorneurs de verser quelques larmes, de rappeler un souvenir, de ressortir une anecdote ou bien une photographie. Un véritable concert de louanges pour un personnage public, une icône de la nuit, un marginal estampillé fréquentable dans notre bonne ville. Curieusement, ce sont les rois de la nuit, des paillettes et de la futilité qui tombent dans cette hagiographie de bon aloi, ce récit merveilleux d’un parcours sans tache.

Je m’amuse de voir à quel point l’image est fragile et qu’il existe des icônes-silicones, des gens qui seront toujours élevés au pinacle quels qu’ils soient vraiment et d’autres qui, à l’inverse, sont voués aux gémonies. Il n’y a pas à se formaliser ; c’est ainsi que la réputation se construit : sur quelques séquences, quelques images factices. Pour les uns, la gloire éternelle, pour quelques autres, le rejet systématique.

Les prescripteurs d’opinion sont, à ce titre, des personnages aussi connus que fragiles. Ils font partie de ce monde de la nuit ou de la fête qui donne le certificat de notoriété ou bien accorde le bannissement de la cité. Eux-mêmes ne sont que personnages factices, princes de la vacuité et de l’apparence : une allure qui se distingue, un véhicule qui élève au-dessus des manants, un nom qui fleure bon l’ancien régime … Ce sont les « peoples » terme anglophone pour désigner les célébrité de la vacuité …

Il faut se satisfaire du concert, de l’hommage quasi officiel et unanime et taire ce que l’on sait de la réalité souterraine, de la face obscure du bonhomme. Ce serait alors commettre crime d’honorabilité, crachat sur la dépouille de la fripouille. Les tenants du portrait à l’eau de rose ne supporteraient pas de s’être ainsi laissé duper et tireraient à boulets rouges sur l’empêcheur d'encenser en rond.

Alors il convient de se taire, de laisser se développer une image factice. Le silence est la seule issue et le glorieux défunt de partir avec son odieux passif, ses travers et ses horreurs intimes. Le secret professionnel s’applique dans toute sa rigueur ; celui qui sait la face cachée, qui connaît la part d’ombre ne doit rien dire et, une fois encore, s’indigner du spectacle navrant des pantins dérisoires qui font l'opinion.

C’est ainsi que se construisent les légendes locales, images fragiles et douteuses qui, tant que ça dure, figurent en première page ou en première ligne de chaque manifestation locale. La célébrité est un tribunal injuste, un jeu de miroirs où les apparences sont toujours trompeuses, où la réputation est construite à partir d’illusions et de mensonges, d’omissions et de secrets. Il s’agit de dorer la pilule du bon peuple et de ne pas lui dévoiler les dessous d’une société qui n’est jamais vierge d’impuretés, de soupçons et de magouilles honteuses.

L’anathème est réservé à quelques-uns et la légende dorée s’applique à tous les autres : ceux qui sont au sommet d’une pyramide de sable. Il n’est rien à faire contre ce principe fondateur des sociétés locales, de la bourgeoisie au pouvoir, des grandes familles et des mesquineries de circonstance. On se prosterne devant des êtres à qui l’on donne le Bon Dieu sans la moindre confession ; on y condamne au bûcher celui qui a mauvaise réputation.

Ainsi va le monde. Il se nourrit d’illusion et de façade pour maintenir en place des pantins pathétiques, des magiciens de la pirouette et de la dissimulation. Il faut sauvegarder coûte que coûte l’image factice : elle construit le fragile édifice d’une société locale qui ferme les yeux et les oreilles quand il s’agit de protéger les siens. On ne peut en dire autant quand la curée est décidée. Impitoyable pour les uns, plein de mansuétude pour les autres, ainsi va ce monde pour le plus grand bénéfice de ceux qui sont à son sommet.

Depuis bien longtemps, j’ai laissé retomber le soufflé de cette émotion fictive, de cette mémoire trop sélective à mon goût. L’homme s’en est allé ; il conservera ainsi à jamais cette aura qu’on a complaisamment construite autour de la face visible d’un iceberg glaçant. Laissons-le aller en paix avec une conscience qui n’est pas aussi nette que le laissent supposer les jolis clichés d’un souvenir sélectif. La part d’ombre restera à jamais enfouie dans la mémoire de ceux qui savaient et ne peuvent lui pardonner. Ce récit n’a d’autre but que de vous inciter à ne pas croire toutes les sirènes ; il n’est pire linceul qu’une unanimité de façade ….

Mémoriellement vôtre.

 

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