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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les Bidochon, jeunes retraités, en vacances

Chassez le naturel, il revient au goulot ...

 

Les Bidochon découvrent enfin tous, les joies de la retraite. S’ouvre pour eux l’opportunité de prendre leurs congés en dehors des vacances scolaires, un confort rare qu’il convient de saisir. Comme ils sont de nature opportunistes, ils ne trouvent rien de mieux que de choisir l’Alsace en pleine canicule, une région au climat continental, à la gastronomie roborative et aux vins trop tentants pour pouvoir y résister.

Pour mieux s’adapter aux exigences de l’âge qui avance tout autant qu’au besoin de confort inhérent aux différents petits maux qui agrémentent cette période de la vie, ils se sont équipés d’un véhicule aménagé, non pas un gros camping-car, de ceux qui imposent leur masse tout en envahissant les paysages, mais un petit utilitaire ayant néanmoins tout ce qu’il faut pour transporter les remèdes à l’inconfort et les bienfaits du nomadisme sous contrôle.

Eux qui, il y a peu, se gaussaient de ceux qui déployaient la table pliante et les chaises idoines afin de profiter des joies du pique-nique en toute quiétude, s’aperçoivent qu’à leur tour, ils cèdent avec délice à cette pratique. Ils cherchent cependant à se dissimuler le plus possible du regard des autres, conscients qu’ils s’exposent aux moqueries des plus jeunes. Pour sauver la face, ils évitent la nappe à carreaux quoiqu’elle ferait couleur locale pour peu qu’elle soit rouge et blanche.

La canicule augmente leur confusion. La chaleur les contraint à choisir une place à l’ombre non seulement pour leur installation démontable mais aussi pour le véhicule. C’est donc juste à côté de celui-ci qu’ils dégustent des salades composées qui ont au moins le mérite d’avoir été confectionnées par leurs soins. Comble de la sophistication, ils mangent dans des assiettes en porcelaine et boivent l’humiliation jusqu’à la lie.

Pour se rattraper, le soir, ils succombent aux plaisirs de la table alsacienne. L'intempérance n’est certes pas sans conséquence pour l’un deux qui ne tarde pas à souffrir les quatre cents diables au niveau du gros orteil. La douleur ne faisant qu’empirer, il se voit contraint de consulter un médecin. La sentence tombe, lourde de honte : une crise de goutte. Décidément la jeunesse est à jamais révolue.

Il laisse ses camarades partir se contraignant à une journée de pénitence et de jeûne. Il peut ainsi se consacrer à la macération, se morigénant intérieurement tout en se promettant d’amender à l’avenir ses pratiques gargantuesques. Mais chasser le naturel, il revient au goulot comme on dit du côté de la Devinière. Il ne tarda pas à replonger dans un doux flacon …

La marche devenue difficile, la joyeuse troupe pas encore grabataire opta désormais pour le train touristique, le traine-couillons comme ils aimaient jadis à le qualifier, pour visiter les villes traversées. L’épreuve est redoutable même si fort heureusement, le ridicule ne tue qu’à petit feu. Le casque vissé dans les oreilles, ils avaient toutes les peines du monde à choisir la bonne langue, se payant même le luxe de suivre tout un commentaire en serbo-croate.

N’étant pas au bout de leurs reniements, ils s’offrirent l’incontournable voyage fluvial. Le bateau mouche pour Strasbourg et la barque en bois pour Colmar. Là encore, il faut jongler avec un casque audio qui ne leur va décidément pas comme un gant. Ils sont mal à l’aise, suivant le mouvement comme un troupeau qu’on dirige à l’abattoir. Décidément, il est bien loin le temps des randonnées en dehors des sentiers battus…

Ils se retrouvent pourtant lors des visites de musées. Il y a l’exceptionnel, l’incontournable, celui qu’il faut avoir vu, cet autre qui s’impose au programme pour tuer le temps en attendant une visite guidée de la ville. Ils se retrouvent alors sur leurs fondamentaux, la culture, la curiosité, la découverte même si l’art contemporain les laissent sur l’expectative, pour le moins.

Les visites guidées leur rappellent les grandes escapades d’autrefois. Ils ont la main heureuse, le hasard leur offre deux guides d’une extraordinaire qualité. Tout d’abord un vieil érudit, féru d’histoire locale et d’architecture qui est intarissable sur sa bonne ville de Colmar. Un pur régal d’une rare intelligence, à la nuit tombée tandis qu’ils passent devant des terrasses regorgeant d’une foule qui préfèrent de très loin les nourritures terrestres. Puis ils tombent sur une première, la visite d’un vieux quartier de Strasbourg, celui précisément des batteliers, qui donnera l’occasion d’un récit passionnant.

Celui qui souffre de la goutte, s’il traîne la jambe, se réjouit nonobstant de toutes ces connaissances accumulées qui lui redonne une seconde jeunesse. Il s’accordera une journée de repos tandis que ses amis partiront à la découverte du château de Haut Koenigsbourg. Il convient de ménager sa monture quand le temps se met à lui jouer quelques tours. La suite leur appartient. Il convient de ne pas tout dévoiler des petites faiblesses, des grosses envies, des caprices ou bien des gourmandises qui les pousseront une fois encore à jouer les touristes, ce qu’ils sont en définitive même s’il est préférable de ne surtout pas leur dire.

Touristiquement vôtre.

 

 

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K
Voilà très belle région à découvrir.<br /> <br /> L'année dernière, nous l'avions parcourue au printemps.<br /> <br /> Colmar, Bâle, la Forêt Noire, la petite Camargue, des villages typiques tout autant que les mets... (les meilleurs restaurants se trouvent dans la Forêt Noire selon moi, car authentiques, nul attrape-couillons)<br /> <br /> Bref,une région encore animée de son âme par endroits, mais malheureusement, seulement par endroits.
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C
Kakashi<br /> <br /> Des villages magnifiques mais hélas une évasion de touristes chinois, le pire de ce qu'on peut imaginer <br /> <br /> ils méritent un billet