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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Il m’a coupé l’herbe sous le pied

Le jardinier du château.

 

 

Jamais je n’aurais pensé que l’expression : « Mener la vie de Château » valait aussi pour le petit personnel qui est censé s’y affairer. Est-ce l’absence de châtelain ou bien l’air du temps, toujours est-il que ce jour-là, en arrivant dans le Parc de Charbonnière, pour une racontée champêtre, nous vîmes devant la façade de la grande bâtisse, deux jardiniers, tondant en concert, une vaste prairie avec deux modestes engins, tout juste destinés à une petite pelouse individuelle.

Dans un premier temps, nous plaignîmes ces deux travailleurs, nous disant tous qu’ils n’étaient pas prêts de finir leur ouvrage tant grande était la disproportion entre leur largeur de coupe et la surface à balayer . Nous ne nous doutions pas alors que tel n’était pas leur mission. Ils étaient sans doute envoyés là pour me couper l’herbe sous le pied. Je me dois de vous narrer la farce !

Comme l’an passé, pour achever par un point d’orgue, le cycle de rencontres avec les pensionnaires de la Maison d’Accueil Social des Saulniers, nous avions souhaité que la dernière racontée se déroule dans le cadre enchanteur du Parc de Charbonnière. Seuls les résidents en mesure d’être déplacés sont venus tandis qu’un groupe était en sortie. Qu’importe le nombre, c’était le principe qui comptait ce jour-là.

Mon ami Gérard s’était joint à moi. L’accordéon donnant une touche plus festive à mes récits. Nous choisissions un bel écran, tout contre le château, dans une sorte de petit amphithéâtre de verdure, à l’ombre d’un majestueux cyprès qui coule des jours heureux contre un charmant petit étang. Tout était réuni pour peu que le bruit des jardiniers ne vienne pas couvrir nos effets.

Nous nous étions mis assez à l’écart, du moins nous le pensions, pour éviter la ronde de ces engins bruyants, thermiques et peu durables. Malgré un lointain bourdonnement, la séance se déroula de la plus agréable manière. Même si la photographie donne à penser que nos amis n’écoutent guère, il ne faut pas s’attacher à des postures qui ne sont pas des gens ordinaires. Ils furent tout au contraire, ravis de ce que nous leur offrîmes avec un immense plaisir.

C’est quand nous rebroussions chemin que la chose nous sauta à la figure. Une tondeuse, tournait à vide, elle n’avait pas bougé semble-t-il depuis notre arrivée. Elle se situait au plus près de notre position. Dans un premier temps, nous ne vîmes pas celui qui était en charge d’une mission qui supposait sa présence derrière l’engin. Il nous fallut avancer au delà de la façade du château, à l’exact opposé de notre emplacement, pour découvrir notre homme, assis à l’ombre sur un banc de pierre, un téléphone à la main.

Son casque de protection des oreilles abaissé sur un seul côté afin sans doute de pouvoir converser sans entendre les remarques des passants. Malgré tout, l’homme comprit à voir mes gestes, bâton dressé au-dessus de ma tête, qu’il convenait qu’il s’en retourne au plus vite à sa chère tondeuse ce qu’il fit sans cesser de discuter à un lointain interlocuteur. Ce bougre là aurait mérité un bon coup de pied aux fesses.

C’est alors que regardant au loin, nous vîmes son collègue, beaucoup plus consciencieux il faut bien l’admettre. Lui, avait la chance de disposer d’une tondeuse auto-tractée. Par quelle astuce avait-il réussi à bloquer la sécurité ? Je ne peux vous le dire. Toujours est-il qu’il avait la même essentielle occupation en marchant quelques mètres derrière son engin. Nous vivons véritablement une époque formidable et résolument moderne.

Nous en étions là de nos observations, affligés et quelque peu courroucés pour ceux qui comme moi, sont contribuables dans la ville dont relève ce très beau Parc quand me vint l’étrange idée que rien n’était innocent dans cette scène absolument surréaliste. Notre bon échevin voyageur avait, j’en aurai mis ma main à couper, mander son collaborateur pour brouiller mes bonimenteries, toujours promptes à lui tailler un costard. Les gens sont mesquins !

Tondeusement sien.

 

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