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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La course à l'échalote …

Dans les cuisines de la cité

 

 

Mon dieu qu’ils sont mignons tous les prétendants au fauteuil de magistrat suprême de notre grande Métropole. Ils se pressent sur la ligne de départ en rang d’oignons, se tiennent par la barbichette pour savoir qui aura la plus belle étiquette. Nous nous régalons à l’avance de ce spectacle qui s’annonce délicieux. Les grosses légumes tout comme les aspirants à la soupe électorale se signalent à notre attention de mille et une manières offrant hélas une superproduction qui tient plus du navet de série B que de la grande épopée.

Le premier d’entre eux, le tenant d’un titre qu’il a hérité en cours de route, pour bien montrer que sa date de péremption n’est pas dépassée, a obtenu un label rouge accordé généreusement par Freluquet en personne. Il est vrai que ce charmant chou pommelé a bien profité de ses années d’exercice. Il offre une mine réjouie et a pris de la joue. Avec lui, la potée s’annonce copieuse même si l’homme, pour se montrer généreux a offert à Notre Dame une partie de nos biens communs.

Son prédécesseur qui avait abandonné le poste fort mal en point s’est refait la cerise. C’est précisément parce qu’il ne lui reste plus que les queues à se mettre sous la dent qu’il veut revenir aux affaires. Il rassemble le noyau dur de son équipe, laissant à son successeur les jeunes pousses et les herbes sauvages. Avec lui, la préparation sera plus subtile même si grand est le risque d’un plat de grande tradition qui ne supporte aucune fantaisie exotique.

Il y a le petit piment qui se montre partout pour se prévaloir du rôle de recours. Il apporte son grain de sel à tous propos, réunit autour de lui quelques herbes sauvages récoltées de-ci de-là dans l’espoir de préparer un bouillon clair. Il se prétend ami de tous, il ratisse large pour n’oublier personne. Il se pique naturellement de se libérer de toute recette électorale. Il risque de faire les choux gras des persifleurs tant sa démarche semble indigeste.

Il faut encore les pieds de tomates qui veulent se mettre en marche sans même savoir qui sera celle qui se farcira la tête de liste. Ni biologiques ni raisonnées, elles rougissent d’aise à chaque fois que leur tuteur, le grand jardinier du Palais, prend une décision pour amender les sols. Feront-ils toute une salade ou bien un jus à moins que ce ne soit qu’une sauce d’appoint pour le porteur de la rosette ? Nul ne sait encore qui sera le coupe file des maraîchers.

Il y a des légumes verts, ils sont d’ailleurs très à la mode en ces temps de dérèglement climatique même si la sécheresse ne favorise pas leur éclosion dans notre val. Certains d’ailleurs se parent de ce label sans se soucier véritablement de culture en pleine terre. Ils sortent de laboratoires ou bien de serres tandis que les plus authentiques peinent à germer.

Quant aux radis roses, ils manquent tellement cruellement de fans que nul se saura prétendre en faire une soupe ni même une macédoine de légumes. Le plus vieux d’entre eux, un radis noir, prétend même jouer un rôle capital dans la partie, ce qui donne des sueurs froides à tous les autres. Quoi qu’il en soit, ils sont piquants, creux et bien trop fades pour apporter la moindre saveur au menu.

Il convient d’ajouter à notre panier un légume plus décalé, loin des querelles de culture. La patate douce semble à ce titre la plus consensuelle même si curieusement et en dépit de sa volonté de longue date de faire sa place au soleil, elle ne parvient pas à trouver l’adhésion du plus grand nombre. Le sucré salé ne fait pas l’unanimité en une cité réputée pour son conservatisme.

Le topinambour revient à l’ordre du jour. Tenant de l’ordre, il est réputé à juste titre pour provoquer flatulences et indigestion. Une bonne pincée de bicarbonate ne suffira pas à lui donner bon goût. On sait que le légume souhaite toujours tenir le haut du panier, se montrer et être toujours dans le cabas de la ménagère. C’est ce qui le rend suspect à bien des observateurs.

Le chou rouge craint cette fois de se trouver râpé. C’est pourtant un fort bon légume quand on le mijote au vin rouge. Il accompagne délicatement les viandes et permet ainsi d’ouvrir la palette des goûts. Sa place, une fois encore s’impose pour surveiller ce monde interlope des mets qui veulent prendre le dessus. Gageons qu’une fois encore, les électeurs sauront garder une petite place pour surveiller à quelle sauce les autres veulent nous manger.

Quant à la calebasse, il y a bien longtemps que la préférence nationale n’agit plus dans l’alimentation locale. Ce légume peut afficher six trouilles et même plus, il demeure indigeste à qui a le sens de la nuance. Nous pouvons tolérer sa présence en guise de simple décor de table, histoire de se montrer tolérant.

Reste peut-être des légumes radicaux, des tubercules qui ont la racine longue et la chair coriace. Nous pouvons toujours leur faire une petite place sur le menu même s’il y a fort peu de chance qu’ils figurent dans le choix final. Ils ont des saveurs par trop extrêmes pour avoir la moindre chance dans ce brouet à priori fort indigeste de la campagne locale.

Je rappellerai à tout ce joli monde que beaucoup d’entre eux comprendront que les oignons finissent par faire pleurer. Quant à la fameuse échalote du titre, celle de cette course effrénée pour laquelle il y a bien plus de postulants que d’élus, faut-il leur faire souvenance qu’en Berry on la nomme « Couilles d’ânes ! » Il est vrai que dans notre bonne cité, ce sont presque tous des hommes qui aspirent à devenir le prochain maître queux de la ville.

Municipalement leur.

Jeanne regarde d'un air énigmatique tous ses prétendants


 

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