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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Pauvre Carlos

En mettre à l’ombre.

Pauvre Carlos

Il a franchi la ligne jaune ...

 

 

Il était une fois un pauvre homme qui avait sans doute beaucoup manqué dans sa plus tendre enfance. Les privations d’alors firent de lui un redoutable prédateur, un individu que la nature, toujours sournoise dans pareil cas, gratifia d’un visage de rapace et de doigts crochus. Il faut admettre qu’ainsi grimé, il n’est pas simple de se faire une place parmi les honnêtes gens. C’est donc tout naturellement que notre pauvre Carlos se tourna vers le monde interlope des grands capitaines d’industrie.

Là au moins, il pouvait évoluer sans recevoir des quolibets et des sourires narquois derrière son dos. Ses compagnons n’ayant aucun état d’âme, ils ne jugent leurs pairs que sur deux critères essentiellement : le chiffre d’affaires et le revenu. Qu’importe les entourloupes, les coups bas, les malheureux licenciés, l’exploitation d’humains de seconde zone, le détournement des lois et toutes ces considérations superfétatoires qui s’imposent aux honnêtes gens.

Carlos était comme un poisson dans l’eau dans ce monde de requins. Il convient de dévorer son voisin pour survivre avec la bienveillante complicité de ses vassaux, les hommes politiques, qui eux se contentent de n’être que des crabes dans un panier immonde. Carlos avait d’ailleurs compris que les crabes en pinçaient pour lui. Il n’avait pas besoin de se mettre la rate au court-bouillon pour prospérer dans ce monde sans pitié.

Pour lui tout avançait comme sur des roulettes. Il se payait encore le luxe de réclamer des sommes folles de nature même à offusquer les actionnaires qui pourtant bénéficiaient de son savoir-faire. Il voulait accumuler toujours plus, constituer un pécule pour être durablement, pendant quelques centaines de générations, à l’abri de tout besoin. Tant pis du reste si tout ceci se fait sur le dos de gens qui n’ont pas de quoi finir le mois. Moi et rien d’autre, c’est la devise de telles canailles.

Carlos pourtant ne supportait pas l’idée que le trésor public puisse lui réclamer sa contribution à la solidarité nationale. Il voulut dissimuler ses avoirs, tricher dans ses déclarations qui ne sont jamais sur l’honneur dans une oligarchie qui en est totalement dépourvue. Il fit des prodiges pour se montrer expert en détournement, en optimisation fiscale, en montages financiers tous plus douteux les uns que les autres.

Au lieu de le montrer du doigt, vous devriez plaindre cette obsession farouche d’en avoir toujours plus. Le pingre vivait un véritable calvaire, menant sans cesse un jeu de cache-cache avec les contrôleurs et les commissaires aux comptes. Sa vie se passait certes très confortablement mais avec ce poids de la suspicion qui vous mange l’existence.

Carlos enfant se rêvait en Picsou, il voulait accumuler pour le seul plaisir de s’asseoir à la fois sur la morale mais plus encore sur une montagne d’or. Il était aspiré par cette couleur, le jaune le fascinait, lui faisait perdre la tête. Pas ce jaune de la plèbe, fluorescent et misérable. Non le jaune doré sur tranche.

Hélas, la couleur désignait aussi celle de la ligne qu’il convient de ne pas franchir. Il allait le payer à ses dépens. Payer, un verbe qui l’avait toujours horrifié, lui qui, bien que vendu, ne supportait pas l’idée de dépenser le moindre argent. C’est ainsi qu’en dépit de ses ressources immenses, il lui fallait encore jouir d’avantages indus, de privilèges et de quelques menus cadeaux pour vivre sans cesse aux frais de la Princesse ou de la collectivité.

Carlos tomba dans un autre pays, moins conciliant avec les tricheurs que le nôtre. Il avait triché, la belle affaire puisque tous ses pareils font de même. Mais en mettant les pieds dans cette Île lointaine, il se faisait Hara-Kiri. Il allait devoir se mettre au régime maigre. Adieu le caviar et les grands vins, pour longtemps désormais ce sera pain sec et eau. Que ceux qui ont pitié de Carlos se précipitent pour envoyer leurs dons. Jamais plus terrible récit n’était arrivé jusqu’à nous. Nous sommes au désespoir devant la déchéance d’un homme si brillant. Oui, vraiment, la vie est injuste.

À tout vouloir mettre à l’ombre, le pauvre Carlos se trouve désormais bien loin des projecteurs, dans une cellule minable et des conditions indignes de sa grandeur. Adressons-lui nos plus sincères pensées affectueuses. Il va découvrir combien le quotidien est terrible pour ceux qui n’ont rien. Ce qui est navrant dans cette histoire c’est que notre bon Freluquet ce serait presque indigné du sort que ces vilains japonais lui ont fait subir. Il est vrai qu’il n’a d’estime que pour des gens de cette espèce et du mépris pour la plèbe que l’on saigne pour engraisser ceux-là.

Commisérationnement sien.

Pauvre Carlos
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