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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le respect !

S’en prévaloir sans bien en saisir l’importance.

Le respect !

Chapeau bas ...

 

Voilà un curieux terme qui aime à mêler des significations bien contradictoires. Quel rapport en effet entre l’expression « Tenir en respect » qui fleure la domination, la menace, la crainte et ce Respect que chacun est en droit d’attendre sans bien se rendre compte que c’est une demande éminemment réflexive ? Le respect ne se réclame pas, il se conquiert à la fois par l’exemple et un souci permanent de l’accorder aux autres. C’est bien souvent là que le bât blesse et qu’il se perd dans des revendications sans lendemain.

Mieux encore, il se fait forme admirative lorsqu’il perd son article, élément pourtant essentiel à sa pleine expression. « Respect » c’est un raccourci pour honorer une action, célébrer un personnage sans attendre quoi que ce soit de lui en retour. C’est justement là que nous perdons de vue la dimension essentielle de ce fameux respect qui ne peut fonctionner qu’en miroir, réclamant un juste retour des choses, une réciprocité sans laquelle il ne veut rien dire.

C’est ainsi que nombreux sont les individus qui le réclament du seul fait d’une position sociale, d’une fonction hiérarchique, d’un pouvoir dont ils disposent sans jamais se donner la peine de retourner la politesse vis à vis de ceux qu’ils traitent de subalternes, d’inférieurs, de dépendants, d’obligés. C’est de leur différence qu’ils expliquent l’indifférence accordée aux inférieurs. Ce merveilleux sentiment exige de fait, qu’on le veuille ou non, une égalité des individus dans la considération, qu'importe leur condition.

La réciprocité, voilà bien un mur qui se dresse dans les relations humaines. Combien acceptent de voir en l’autre leur semblable, leur égal, leur pareil ? L’homme se sent supérieur à la femme, l’adulte à l’enfant, le représentant aux citoyens qui l’ont mandé, le soignant aux malades, le professeur à l’élève. Souvent l’âge vient lui aussi interférer dans ce désir détestable d’établir des strates, de fixer des niveaux de domination. La couleur de peau, les origines, les pratiques culturelles sont là encore objets de séparation.

Le respect fort de tous ces niveaux de différenciation devient alors une coquille vide, une revendication pour les uns, une exigence pour les autres, sans aucune démarche des uns vers les autres. On ne toise pas, on ne stigmatise pas, on ne se compare pas quand on réclame un respect qu’on doit en premier lieu accorder en retour. C’est évidemment la conséquence d’une véritable Fraternité, vœu illusoire de la devise d’une République qui n’aime rien tant, pourtant que les privilèges, les statuts, les grades et les titres.

Incohérence absolue d’une société fondée sur les inégalités, les castes, la séparation des générations, des groupes sociaux, des individus en fonction de leur richesse, leurs titres, leurs origines, leurs couleurs. Comment attendre dans un tel contexte délétère un minimum de courtoisie, de considération, de sympathie, de bienveillance, de déférence, tous consubstantiels au Respect ? Nous avons failli collectivement dans l’approche éducative et la définition de notre communauté nationale. Inverser le phénomène ne peut se faire sans un changement radical des modes d’interaction entre les individus. Nous avons tous à balayer devant notre porte pour accéder enfin à cette confraternité humaine sans laquelle aucun respect ne peut s’exprimer.

Naturellement cela suppose des modifications radicales dans nos instituions, qui sont fondées essentiellement sur la distinction, la séparation, la hiérarchisation. Cela suppose encore de repenser en profondeur nos comportements sociaux. Les récentes manifestations de liesse prétendument spontanées ont démontré par l’absurde à quel point le Respect fut totalement étranger à la folie qui emporta une grande partie des français.

Saccages, carnages, gestes déplacés, tripotages, vandalisme, vacarme, détériorations, salissures furent les corollaires de l’expression de joie. C’est vous dire que le Respect avait suivi le même mouvement que celui que montrent les héros de cette foire indigne vis à vis de l’arbitre et de l’esprit du jeu qui était célébré ce soir-là. Même le premier d’entre nous ne respectait plus la dignité due à sa fonction.

Irrespectueusement vôtre.

Le respect !
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C
Merci
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C
Cathy<br /> <br /> Avec plaisir et amitié