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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le Raboliot

Un bateau bien né

Le Raboliot

Sancerre, ses vins et son eau de Loire

 

 

Il était une fois un bateau bien né, tellement d’ailleurs qu’il va sur la rivière, le nez au vent, protubérance élevée au dessus des flots, levée si haute que son capitaine va à l’aveugle, ne voyant goutte devant sa route. Qu’importe, c’est un géant qui pilote l’intrépide, les yeux fermés, en bon berrichon qu’il est, il a les oreilles dressées au-dessus de la tête. En guise de fers à ses sabots, il a choisi une coque métallique, craignant, en bonne bourrique de rencontrer de ci de là quelques cailloux semés sur sa route.

Parfois le fier animal doit se jeter à l’eau, tout Raboliot qu’il est, son joli bateau se retrouve pris au piège, collé sur un banc de sable ou bien un haut fond. Le chasseur devient ainsi la proie et le pêcheur se trouve dans l’instant pris dans les rets de la Dame Liger. En bon braconnier qui se respecte notre colosse remue alors le fond du lit, à coup de pelles, il contraint sa belle à lui laisser à nouveau le passage.

Le sillon tracé, il regarde émerveillé ce flot si pur, écarter ses doutes tout autant que libérer sa soute. Il n’est pas question pour lui de poser un lapin aux prochains pèlerins qui, à bord de son gros fûtreau, veulent simplement aller sur l’eau. L’embarcation libérée, il remonte à bord et sans jamais perdre le nord, s’ouvre une bouteille pour célébrer cette merveille, un bateau de Loire, je vous prie de me croire, qui avance gaillardement sur ses pieds, des verres naturellement, vous ne pouvez en douter, tous remplis d’un succulent Sancerre, le plus merveilleux sang de la terre.

L’homme buvait avec délectation ce nectar tout à son admiration de la vue qui s’offrait à lui, la colline de son beau pays. Son village était perché tout là-haut, il rêvait de le voir ceint comme jadis d’une muraille pour lui donner plus magnifique apparence. La cité cependant avait bien belle allure, même sans les remparts, qui lui avaient octroyé ses heures de gloire.

Le marinier sort de ses songes, il doit recevoir, pour animer sa sortie, un homme capable de tous les mensonges. La prochaine course sera contée, il peut s’en vanter, il a su attirer un public pour rire du Bonimenteur aux facéties comiques. C’est ainsi que le voyage se déroule hors du temps, avec ce curieux mage, les récits confondant jadis et maintenant, faisant d’autrefois un curieux jeu de l’oie.

À tous les deux, croix de fer, c’est par la case prison qu’ils iront en enfer. Avec leurs passagers, croix de bois, le diable gagnera pour une fois. Car nous sommes ici au pays des birettes, des sorcières qui n’en font rien qu’à leur tête, organisent grand Sabbat sous la lune, pour notre bonne fortune. Satan est en territoire conquis, c’est lui qui gagne lorsqu’il joue à chat perché, pourvu que celui-ci soit noir.

Pour les rejoindre dans l’instant, l’un enfourche un balai tandis que l’autre attire le diable dans l’aqueux. Pour ne pas conjurer le mauvais sort, Saint Roch fait le mort tandis que sur la rive, des jouteurs sont à la dérive. La raison part en déraison, le voyage se fait naufrage. Un meneur de loup vient à leur rescousse, monte à bord et joue le mousse.

Quand ils accostent au ponton, il est temps de faire sauter d’autres bouchons. On célèbre le retour de l’équipée sauvage, un voyage qui s’achève par un magnifique empennage. Raboliot a plus d’un tour dans son sac, sa musette en guise de havresac. Les passagers se frottent les yeux, l’équipage s’est joué d’eux. Puis découvrant la supercherie, ils apprécient la plaisanterie.

S’il était une fois, ils ne s’arrêteront pas là. À chaque occasion, ils se feront larrons, en foire ou bien à boire, sur la Loire, une complice pleine de malice. Les esprits chagrins resteront sur le chemin, les doux rêveurs seront des leurs. Puis, revenus au port, ils iront se restaurer, dans le plus proche estaminet, une charmante guinguette, qui leur fera la fête. Au Ligérien car tel est son nom, on aime ce qui est bon qu’on sert sans façon ! S’il vous vient l’envie d’en profiter, n’hésitez pas à les contacter.

Berrichonnement sien.

Le Raboliot
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