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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Couper les poils de barbe en quatre.

La pilosité cyclique

Couper les poils de barbe en quatre.

Sur le fil du rasoir.

 

 

Au risque de passer pour un blaireau, de chercher à me faire mousser en venant une fois encore vous raser avec mes élucubrations oiseuses, j’ai présentement le dessein de vous entretenir d’un sujet essentiel à la bonne compréhension de notre monde. Bien des années après Chaplin, je reprends le flambeau du petit barbier juif pour rendre compte de la marche du temps. Que ceux qui sont du nombre ne prennent pas la mouche, c’est bien trop peu pour eux !

L’homme se porte barbu et si je peux l’ajouter : tatoué. La mode impose ses cycles au risque de défriser les esprits rebelles au poil hirsute, dont je suis parfois. Il est évident que tout ce qui s’impose comme une conformité me défrise et m’irrite. Essayez donc d’embrasser un individu à la pilosité saillante, vous en aurez quelques désagréments. Mais là n’est pas l’essentiel de ce propos tiré par l’écheveau.

Le barbu est donc revenu au premier plan curieusement en une époque où la dame se rase en un endroit que je ne peux citer ici au risque de déclencher les foudres de la bien-pensance. N’ergotons pas, tant que le poil n’est pas dans la main, il peut se mettre en quatre au service de l’esthétique et du bien-être. Là où pourtant je m’interroge, c’est à propos des racines de ce nouveau système pileux. Il n’y a pas si longtemps, le barbu était rebelle, s’opposait par sa face foisonnante à l’ordre établi. Soixante-huit ayant vu s’épanouir des barbes et des slogans qui fleuraient bon l’esprit libertaire.

Puis nous eûmes ensuite une vague rose pour laquelle le porteur de pilosité faciale était manifestement un militant à la rose, un député socialiste qui malgré ce poil sauvage, se gardait bien de ne pas oublier la cravate en dessous. La liberté du poil en subissait évidemment quelques restrictions, la barbe était soignée, taillée avec précision, propre sur elle. Les chevelus de l’époque antérieure ne pouvaient se reconnaître dans ce poil domestiqué.

Ils doivent se désoler aujourd’hui de découvrir cette poussée incroyable de poils non plus domestiqués mais passés à la coupe, briqués, astiqués, lustrés, « barbiérisés » si ce terme pouvait se concevoir. La barbe est l’objet de toutes les attentions, de tous les traitements attentifs, de tous les soins estampillés. Une gamme de produits accompagne ce qui devient inévitablement une merveilleuse source de dépenses. La barbe profite aux marchands de tous poils.

Les clones se multiplient. Ils montrent tous le même visage, qu’ils dissimulent soigneusement sous cette forêt aux milles variations. La mode veut de l’identique, du fidèle au modèle, du conforme à la norme tout en autorisant quelques petites touches personnelles pour se distinguer tout en étant docilement suiveur. À les voir ainsi tous poilus du visage, on pourrait les croire virils, ils suivent un tout autre chemin, devenant de véritables adeptes du soin corporel, des précieux ridicules.

Autre intérêt à la chose si je puis m’exprimer en usant d’une ironie qui leur ferait dresser les poils du visage, ils permettent aux Barbus, aux vrais, aux impurs, aux sanguinaires, de mieux se fondre dans la masse des moutons. Même s’il est possible de distinguer pour un œil averti, le poil esthétique du poil cultuel. Dieu de toute manière reconnaîtra les siens, n’est-il pas le premier barbu de l’histoire de l’humanité ?

On peut s’en désoler ou bien penser que nos joyeux éphèbes veulent ainsi noyer le poisson en faisant passer les odieux poilus pour des frères en superficialité. Si tel est le cas, c’est une curieuse manière de les caresser à rebrousse-poil. Je doute qu’ils parviennent à leur fin mais ils auront eu le mérite de vouloir les noyer dans la masse.

J’ai ainsi fait le tour d’une question qui cache sans doute bien des turpitudes, des intentions sournoises, des codes qui demanderaient d’être décryptés plus sérieusement. Je vous laisse vous arracher les cheveux à dénouer le vrai du faux dans ce billet qui n’est sans doute pas au poil …

Pileusement leur.

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