Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une histoire au peigne fin

Faire salon un cheveu sur la langue

Une histoire au peigne fin

Quand Carole devient Gaëlle

 

 

Carole est coiffeuse comme d’autres entrent en religion. Elle a pris la paire de ciseau dès l’âge de quinze ans pour ne plus jamais la lâcher. De son apprentissage à son grand saut dans l’inconnu, prenant à son compte un salon, il y a tout un pan d’une existence qui s’est déroulée au-dessus des têtes des clientes. Inutile de couper les cheveux en quatre, je ne vous surprendrai pas en vous disant que la dame n’a pas sa langue dans sa poche ni même un cheveu sur celle-ci.

Carole coiffe et bavarde. C’est là sa vocation. Toujours un mot gentil pour les uns, un peu coupant pour les autres, une anecdote ou bien un récit personnel. Carole entre en scène dans son espace professionnel, joue de la grande tirade quand la cliente est taiseuse, chose assez rare il faut en convenir ici ou bien s’amuse des escarmouches verbales qu’elle entretient avec une commère tout aussi pipelette qu’elle.

Je m’amuse de ce numéro, c’est du grand art tandis que le moulin à paroles tourne à plein régime, les mains font leur ouvrage avec une précision diabolique. Le peigne, la brosse, le rasoir ou bien les ciseaux dansent une folle farandole au rythme effréné de la discussion. J’en aurais la tête qui tourne si la mienne n’était pas solidement arrimée contre la guillotine du futur shampouiné. Il faut avouer que je vais être pris en main, ou bien plutôt qu' Adeline m’a pris la tête pour la laver à sa manière.

Elle y met les formes, frotte, lave, me cherche quelques poux dans la tête, renonce à démêler le vrai du faux, s’interroge sur les notes que je tente vainement de prendre tandis qu’elle me passe un terrible savon. Je suis récuré et je n’ai plus un seul cheveu de sec. C’est alors que la coquine se lance dans un massage qui me laisse sans force, réduit à n’être que lascif et bénaise. Je manque de m’endormir tandis qu’elle malaxe délicieusement ma mauvaise caboche, soudainement prise au piège de la shampouineuse.

À côté, Carole tente bien de me narrer son parcours professionnel afin que je lui dresse un portrait flatteur. Je ne suis plus en mesure de l’écouter, je m’assoupis, je suis sur un nuage de béatitude. La serviette qui me frotte énergiquement la tête, me ramène à la réalité. Mes cheveux vont tomber sur le sol sans coup férir, je vais subir une attaque en règle tandis que les dames ne vont avoir de cesse de faire assaut d’anecdotes.

La comédie humaine se joue dans le salon. Les clientes vont et viennent, le téléphone réclame sa part. La ruche bourdonne tandis que le seul homme pris au piège des travailleuses, se voit contraint au silence. Je fais pourtant mon miel de l’occasion, m’amuse de cette heureuse agitation. Le salon est en effervescence, le ton monte, je retrouve dame Carole comme je l’ai connue sur les pelouses du Rugby. Elle était la seule spectatrice capable de couvrir ma voix alors qu’elle était de l’autre côté du terrain. Je ne cherchais même pas à la concurrencer, elle est munie d’un porte-voix naturel contre lequel il est impossible de lutter.

Le même phénomène se passe ici, chez elle. Elle couvre le bruit du sèche-cheveux, des aller et venues des coiffeuses, des sonneries et des conversations annexes. Carole tient salon, c’est un bonheur que de l’entendre ainsi, je ne m’aventure pas à tourner la tête, je risquerais un coup de rasoir de celle à qui j’ai confié bien imprudemment ma nuque. J’en suis rendu à glisser quelques regards furtifs sur le miroir pour tenter d’apercevoir la coiffeuse en chef.

Son salon ne porte pas son nom. Comme toutes les grandes artistes, elle a un prénom de scène ; le sien depuis toujours pour la chose capillaire, c’est Gaëlle. Elle aurait bien pu faire comme tant d’autres, jouer du jeu de mot attiré par les cheveux et nous proposer une de ces fantaisies lexicales qui habillent les devantures des salons. « A tif fée ! » « Mots Tifs » « Adulte hair » « Faudra Tiff Hair » pour les plus curieux. Pour elle ce sera Gaëlle Coiffure en toute simplicité.

Vous la trouverez à Fleury-les-Aubrais et je vous promets un délicieux moment. Vous n’y couperez pas, vous aurez droit au grand numéro si vous venez de ma part. Carole la chef de ruche, Adeline la masseuse barbière, Sandrine la technicienne et Cyndelle l’apprentie vous attendent de langues fermes et de mains expertes. Bonne chance à vous.

Capillairement sien.

Une histoire au peigne fin
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article