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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une cité touristique

Les initiatives de Saint Berdolin sur Loire.

Une cité touristique

Amarrage et Ancrage

 

 

À l’instar de ses grandes et belles voisines, cités possédant château sur la Loire, notre bonne ville de Saint Berdolin fait des pieds et des mains pour attirer le touriste, cette nouvelle espèce qui a la fabuleuse capacité de s’émerveiller de tout et de dépenser sans compter. Le bourgmestre a pour ce faire mis les grands moyens, n'hésitant pas un seul instant à mettre la main au trésor public pour espérer un retour sur investissement.

Les initiatives ont été nombreuses afin de redorer le blason d’une ville endormie en bord de rivière. Tout est bon dans le cochon et fort de cette devise, l’édile fait feu de tout bois pour attirer les projecteurs de l’actualité sur Saint Berdolin sur Loire. Nous devons l’en féliciter, jamais ses prédécesseurs n’avaient montré tant d’imagination pour ce noble et louable projet.

Le tourisme et Saint Berdolin c’est le mariage de la carpe et du lapin lui aurait soufflé un opposant à l’humour acide et toujours négatif. Ce fut le déclenchement d’une formidable vague d’actions car l’échevin aime à écouter ses opposants pour les prendre au mot ou bien à contre pied. C’est ainsi que de ce mariage il fit de simples fiançailles, et pour bien montrer qu’il avait saisi la nécessité d’associer les contraires, il alla quérir des villes jumelles à l’opposé l’une de l’autre.

Tout d’abord il alla en Acadie sur les traces de la Nouvelle-Berdolin, un petit hameau qui conservait encore quelques francophones dans ses rangs et une passion sans commune mesure pour Saint Aignan, le grand personnage qui avait bouté les troupes d’Attila. Regardant le globe terrestre, le bon Edmond décida d’aller quérir une fiancée parmi les grandes villes de l’Inde, ce pays en plein essor qui un jour prochain, c’est certain enverra des cars entiers de visiteurs enthousiastes sur les bords de Loire. Il offrit aux deux élues, une statue du grand homme, ce qui les enchanta !

Edmond, toujours sur sa lancée, envoya une délégation des meilleurs citoyens de la cité afin de convaincre de la qualité de l’accueil qu’attend nos futurs hôtes. C’est ainsi que sa campagne de promotion fut menée de manière exemplaire avec des spécialistes en toute chose, capables bien plus que les autres de vanter la douceur de vivre en bord de Loire. On y envoya des artistes, des journalistes, des spécialistes du tourisme et même un cuisinier capable de faire d’un plat exotique une spécialité ligérienne.

Les deux actions firent grand bruit dans le Landerneau, Edmond s’accordant quelques fantaisies personnelles afin qu’on ne cesse de parler en bien de son immense pouvoir de séduction. Le tourisme local allait progresser de manière spectaculaire un grand bond en avant, inutile de chinoiser. Mais tout cela n’eut été d’aucun effet, si la ville ne s’était pas parée de ses habits de fête. Il convenait de proposer du chatoyant, de l’extraordinaire, du merveilleux, du sensationnel sur les berges de Saint Berdolin.

Pour cela, une tempête dans les crânes donna des propositions surréalistes qui eurent le bonheur de plaire à notre grand décideur. Il fut ainsi décidé de transformer les bords de Loire en un vaste concept festif, prenant le risque de ne plus laisser les riverains dormir en paix. Une discothèque à ciel ouvert s’installa sans coup férir à proximité d’un brave commerçant local, prenant de plein fouet ce coup tordu, un de plus, visant à couler sans doute une affaire qui attirait la convoitise de quelques gredins proches du pouvoir.

L’endroit fut nommé « La Morue ! », histoire sans doute de promettre des aventures lointaines, des embruns et du dépaysement. Les créateurs de cet espace ignorant sans doute que ce poisson de mer n’avait jamais mis les nageoires en Loire. Pour ancrer l'animation dans les traditions ancestrales de Saint Berdolin, la programmation ira vers des animations exotiques, amplifiées et lancinantes.

À l’autre bout de l’espace central, seul secteur qu’il convient de mettre en évidence, dans l’esprit du grand homme et de ses conseillers particuliers et intéressés, il fut mis en place une cantine populaire afin de ne pas contrarier les visiteurs de faibles ressources. La mesure surprit dans l’endroit bien que nous devions la mettre au crédit de l’échevin. Un débit de boisson et une restauration rapide et économique se plaça sous la bannière du « Tord Boyaux », pour montrer à tous que le bon peuple n’était pas oublié.

L’enseigne interpella les responsables de l’hygiène urbaine. Il est vrai que les quais ont trop longtemps servi de dépotoir à ciel ouvert. Pour que le touriste potentiel et espéré n’ait pas sous les yeux un spectacle déplorable, il fut décidé de mettre au centre du dispositif un énorme tas de sable afin que les chiens et autres personnes en mal de se soulager, puissent trouver une sanisette à usages multiples, innovation qui plaira beaucoup aux visiteurs asiatiques, eux qui connaissent encore les latrines collectives.

Fort de tout cela, la saison estivale promet d’avoir un franc succès, d’autant plus qu’il sera possible de traverser la rivière sur un pont de singe pour se rendre sur l’autre rive. Nous ne pouvons que nous féliciter de tous ces efforts et rendre grâce au maître d’œuvre de la promotion de Saint Berdolin. Si vous cherchez une destination pour cet été, sans hésitation, venez chez nous. Un petit détail qui n’a pas encore été résolu, il n’est guère possible de se garer pour profiter pleinement de ce secteur en effervescence. C’est à vous de venir à pied ou à bicyclette, ce sera plus facile !

Touristiquement vôtre.

Une cité touristique
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