Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les raisonneurs.

Il n’est pas simple de faire son trou.

Les raisonneurs.

Le faux pas ....

 

 

Il était une fois un pauvre marinier qui par étourderie ou malchance avait connu un malencontreux désagrément. Alors qu’il était en plein déchargement sur un quai étroit et fort pentu, qu’il roulait des tonneaux sur une cale abrupte tout contre un escalier de pierre muni d’une échelle de crues, pour une raison mystérieuse, l’homme fit un écart et tomba dans une crevasse qu’une coulée de terrain avait provoquée là. Gaston était là, au fond d’un trou pas trop profond, fort heureusement, à geindre, ayant sans doute un membre cassé.

Le voiturier fut le premier à venir à sa rencontre. L’homme était de méchante humeur. Il est vrai que la chute du pauvre matelot avait entraîné la perte d’un muid de vinaigre. Il devrait rendre compte auprès du marchand de ce dommage. Il s’adressa vertement à Gaston, le tança pour sa maladresse et lui affirma que le prix de la marchandise perdue serait retiré de ses gages. Puis, courroucé, l’avisé patron laissa le blessé à ses lamentations et partit pour la taverne voisine.

Un garde champêtre prit son relais. Le fonctionnaire vint faire remarquer à notre ami Gaston qu’une pancarte mettait en garde les passants contre l’instabilité du terrain en ce lieu. Il avait donc agit bien à la légère en poussant un tonneau en cet endroit. Il ne devait s’en prendre qu’à lui même, serrer la mâchoire et cesser d’importuner par ses plaintes tous ceux qui, prudemment, passaient à distance de là en évitant l’endroit. Puis l’homme partit sans autre forme de procès.

Une commère descendit prudemment les marches, elle allait laver du linge dans la rivière avec sa caisse à savon. La dame, la langue bien pendue comme il se doit dans sa corporation, lui tint un petit moment le crachoir.  «  Vous voilà bien dans de beaux draps mon brave homme. Vous avez dû vous faire grand mal en tombant dans ce trou béant. Le plus grave encore c’est l’état de votre pantalon et de votre chemise. Vous êtes maculé de boue et de sang. Votre femme aura bien du mal à récurer tout ça et je gage qu vous ne prendrez même pas la peine de mettre à tremper vos vêtements pour lui faciliter la tâche ! Vous êtes bien tous les mêmes ... » Sur ces propos peu amènes, la laveuse le salua et poursuivit sa route pour laver du linge sale qui n’était pas celui de sa famille.

C’est alors qu’une troupe de chenapans se présenta à lui. Les écoliers rentraient de la communale. Ils avaient l’humeur badine de ceux qui en ont terminé d’une corvée et s’apprêtent à profiter de l’aubaine pour quelques mauvais tours à leur manière. Le plus déluré des drôles déclara à la cantonade, que l’air sentait le vinaigre et qu’il convenait de rincer à grande eau l’endroit. Sitôt dit, sitôt fait, un suiveur alla remplir un saut dans la Loire voisine et le jeta sur la terre du pauvre Gaston. Les gredins s’enfuirent, riant aux éclats de leur vilain tour.

Une vieille bigote sortant de la messe passa par là. Elle était encore confite en dévotion, jouant du chapelet pour égrainer de nouvelles prières quand elle entendit les plaintes du blessé. Elle s’approcha de son piège et lui tint ce langage : «  Je vous reconnais mauvais diable. C’est vous qui tout à l’heure blasphémiez à qui mieux mieux, redoublant de jurons et de grossièretés tandis que vous déchargiez le chaland. Le bon dieu vous a puni et je ne peux que m’en féliciter. Mais rassurez-vous, je suis bonne chrétienne, je ne manquerai pas de prier pour votre guérison. Et la vieille de poursuivre son chemin, toujours psalmodiant des litanies sans fin.

Un pêcheur rentrant chez lui après que le soleil se fut couché passa non loin de Gaston qui était toujours là, à geindre au fond de son trou. L’homme avait fait belles prises et se dépêchait vers sa masure pour préparer sa friture. Il s’arrêta non loin du blessé pour lui faire remarquer que la nuit allait bientôt tomber et qu’il convenait de ne pas rester là. Puis, reprenant tout son attirail, le pêcheur reprit son chemin.

Gaston était là à se demander s’il n’allait pas passer la nuit en souffrance et en frissons, désolé du comportement de tout ces gens aveugles à sa détresse, quand Archimède, un vagabond, un pauvre hère qui passait par là, s’approcha de la béance d’où sortaient des lamentations. Il ne demanda rien à Gaston, ni son nom ni même ce qui pouvait expliquer sa présence au fond de ce trou. L’homme en guenilles lui tendit la main, lui sourit et le tira de là. Puis, entendant ses gémissements et voyant l’angle que faisait sa jambe, il le chargea sur son dos pour le porter jusqu’au presbytère. Il toqua à la porte du curé qui ouvrit à ces deux-là.

Le berger des âmes soigna tant bien que mal le marinier et donna un repas au vagabond après que tous deux lui eurent raconter l’histoire. Le récit de Gaston provoqua la colère du curé qui félicita Archimède le clochard qui avait été le seul à agir en bon samaritain. Le dimanche suivant, en chaire, son prêche tonna bien fort avant que de retomber sur des fidèles qui avaient tout oublié de la charité chrétienne.

Gaston se remit fort heureusement mais garda toujours en léger boitement de l’aventure. Il prit l’habitude dans les tavernes où il s’arrêtait de laisser désormais à l’aubergiste un sou pour qu’il offre à boire au premier chemineux qui passerait. Qui sait si l’homme qui l’avait tiré de ce mauvais pas et qui était parti discrètement au petit matin, serait celui-là. Quant à Archimède, il poursuivit son chemin, pas toujours bien reçu par où il passait mais la conscience tranquille de celui agit selon sa conscience en dépit du mépris dont il hérite souvent.

Charitablement sien

Les raisonneurs.
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article