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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Naufrage nivernais

L’aventure d’Olivier P.

Naufrage nivernais

Une leçon d'humilité

 

 

Il est bientôt 8h30 en ce petit matin nivernais. Le soleil brille déjà haut dans l'azur tandis qu’une légère brise pousse les mariniers présents sur le port de Nevers à sortir la voile. Notre ami se prive enfin de son téléphone ainsi que de son inséparable appareil photo, les posant tous deux devant lui.

La nouvelle agitation des bateaux le contraint à changer son mouillage. Il lui faut se placer dans le contre-courant afin d'avoir un meilleur emplacement pour les plus grosses toues, venues spécialement pour le festival. Un quidam lui ramène l'ancre sur le pont, tandis que notre marin d’eau douce démarre son moteur. Alors qu’il enclenche la marche, le réfractaire cale, pas d'affolement, il doit simplement être froid. D’ailleurs il redémarre de nouveau sans rechigner, il convient simplement de le laisser chauffer quelque peu. Le mauvais diable s'étouffe une fois encore, devenant intolérant au passage de la marche avant. Il démontre sa nouvelle allergie en répétant la farce à trois reprises.

L’embarcation a été libérée de son amarre, l'arche du pont s'approche dangereusement. Le débit de la rivière en ce jour est important, fort heureusement, aucune pierre n’est visible dans les flots tumultueux. Le mat du fûtreau tout neuf n'est, quant à lui, pas assez haut pour heurter le tablier du pont. Tout semble bien se passer, le nez du bateau frôlera sans doute la pile et le frêle esquif partira gentiment à la dérive...

Impondérable fâcheux, un arbre de taille respectable, être sournois malgré sa mort, dépasse assez de la rivière pour percuter le mat à mi-hauteur. Le bateau gîte, en quelques secondes des centaines de litres d'eau s'invitent à bord sans même demander le consentement du pilote. L’homme exécute alors la manœuvre dont il a entendu parler à maintes reprises : il saute du bateau du côté opposé à la pile, c’est là, la mesure de précaution afin de n’être pas aspiré par le fond du fait des inévitables et redoutables tourbillons si fréquents sous les ouvrages d’art.

Réflexe de survie, il saisit son sac à dos qui lui donnera un supplément de flottabilité. Ce bain vivifiant lui donne un supplément d’énergie, il nage calmement vers la rive et en se laissant porter par le courant comme lui a appris un vieux loup de rivière. Ses conseils souvent réitérés lui ont sauvé la vie. Le bateau tout juste sorti du chantier, gît désormais par quatre mètres de fond. Seuls le mat et les haubans témoignent de l’incident et attestent de sa présence. Le naufragé se rappelle cette célèbre maxime vinaigrière : "La connerie arrive vite et t'as pas le temps". Cependant, il n’est pas venu ici pour gâcher la belle fête qui se prépare, on est vivant. Il est en vie, c’est bien là l’essentiel.

Le renflouement du bateau aura pourtant bien lieu. Il y a sur la rive des experts de la chose marinière et une opération de récupération est lancée. Il ne faudra pas moins de trois toues de taille respectable, Mignonette, Lisette, le Gamin, un fûtreau pour venir à bout d’une affaire fort mal engagée. Trois longues heures de manœuvres, le talent, l'expérience et l'ingéniosité de Bibi, Seb, Hoel, Jean, Franck et tous les autres mariniers présents seront nécessaires pour que l’épave sorte du fond de la rivière et revienne jusqu'au bord.

Le petit fûtreau de 6 mètres avait vraisemblablement décidé de prolonger son séjour en immersion et n’avait nullement l’intention de remonter sans résistance à la surface. Un grappin permettra de récupérer tout d'abord le moteur ainsi que l'ancre bien tordue. Le renflouement s’achevant à l'ancienne, au halage, avec une bonne vingtaine de personnes et l'aide d'un peuplier noir pour supporter le palan. Centimètres après centimètres, le bateau pesant alors des tonnes, reviendra péniblement vers la rive.

C‘est alors qu’on observera qu'il s'est trouvé une nouvelle vocation en se reconvertissant en fûtreau sablier. Il a embarqué pas moins de 300 kg de mignonnette montée illégalement. La pelle et le seau permettront la création d'un nouveau Nevers-Plage au pied de la guinguette. Le téléphone portable et l'appareil photo gisant au fond du bateau qui, avec quelques légères bosses, une peinture à peine entamée, repartira par l'eau jusqu'au chantier pour panser ses légères meurtrissures. Les bateaux coque métal de Bibi et Seb, croyez-en l’aventure, sont solides.

Le héros malheureux de cette aventure tient à remercier chaleureusement tout en leur rendant un vibrant hommage, les gens du bec d'Allier et de la région de Nevers, de vrais mariniers flanqués, ça ne gâche rien, des véritables valeurs d'amitié, d'entraide et de partage sans faille. Le moteur survivra à son baptême en eau profonde, tout se termine bien même si une fois encore, la Loire a montré qu’elle ne sera jamais un long fleuve tranquille.


Solidairement sien.

Naufrage nivernais
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