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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La puce à l’oreille et au bout des lèvres.

Le renversement des rôles

La puce à l’oreille et au bout des lèvres.

Un verre à pied : un grand pas pour l'humanité

 

 

Il y a parfois des inversions de polarité, des petits détails insignifiants qui font basculer une époque dans une autre ère. Au début, personne ne remarque rien, les témoins de la chose pensent qu’il ne s’agit que d’une incongruité, d’une erreur ou d’une banale fantaisie sans importance. Ils laissent passer l’anecdote sans y consacrer toute la valeur qu’elle mérite. C’est ainsi que ce point de départ d’une nouvelle humanité reste à jamais dans les limbes de la mémoire collective.

Qui se souvient du premier primate se dressant sur ses pattes arrières pour regarder d’un peu plus haut un horizon, alors dépourvu la ligne bleue des Vosges ? Nous ne saurons jamais rien de ce glorieux pionnier de l’aventure humaine, explorateur de tous les possibles à venir. Il reste dans l’oubli alors que franchement, ce pas fut bien plus essentiel que celui qui se fit sur la Lune ! Les témoins de l’époque, il est vrai, étaient occupés à toute autre chose, n’avaient pas de moyens à leur disposition pour immortaliser la scène et la diffuser à la planète toute entière. Quel dommage !

Puis vinrent des gestes essentiels qui restèrent lettre morte, du moins dans nos chroniques et nos annales. Les bêtisiers n’existaient pas encore, les humains ne pensaient guère à noter les variations infimes de leur ordinaire et d’ailleurs ils n’avaient pas encore songé à tracer des signifiants sur des tablettes d’argile. Tout cela s’est perdu dans la vaste chaîne qui mena jusqu’à nous, ultime maillon d’une incroyable épopée mais maillon si étrange que tout risque désormais de s’arrêter après nous …

Mais reprenons le cours de cette formidable saga tant qu’elle s’inscrit encore dans la marche inexorable pensait-on vers le progrès et des jours meilleurs. Ainsi il en va pour le premier à avoir frappé deux silex. Nul ne peut savoir si c’est sous le coup de la colère ou d’une intuition géniale. Quoiqu’il en soit, le geste fit des émules et l’âge de pierre pouvait débuter. La nouvelle se propagea comme une traînée de poudre et chacun put apprécier la première étincelle du génie.

Puis les pas suivants se proposèrent à notre admiration. Le premier pas forcément plus haut que tous les suivants, le premier signe gravé sur une boule d’argile, la première tombe pour signifier qu’un au-delà était envisageable. Ainsi la voie était ouverte à tous les abus et toutes les exactions liés à la notion de divinité. La marche en avant ne se fait jamais sans quelques reculades.

Des étapes furent plus spectaculaires encore. Ainsi la première à avoir songé au balai en réunifiant une brassée de genets et un modeste bâton se trouva bien vite dépassée par sa voisine, sorcière de son état, qui enfourcha le sus-dit balai pour investir le ciel. L’humanité s’exonérait de sa condition terrestre pour prendre de la hauteur.

Tout alla ainsi, de bonds spectaculaires en avant et de reculades odieuses. La civilisation n’est pas un long fleuve tranquille, il y a des avancées spectaculaires et des épisodes sombres et incertains. Mais l’essentiel était acquis. La direction prise, au bout du compte, allait toujours vers un mieux-être, une vie plus simple et plus agréable pour ceux que la destinée avait mis au monde. Nous allions, sereins, vers des jours toujours meilleurs …

Hélas, vint alors le jour qui fit basculer ce cycle immuable vers l'aléatoire et le biscornu. Deux femmes, un soir, au retour du cinéma, pour faire enrager les mâles jusqu’alors dominants, décidèrent de finir la bouteille de Sancerre vieilles vignes. Elles avaient décrété la fin d’une domination millénaire, elles allaient faire entrer le monde dans une nouvelle dimension. Rien ne serait désormais plus pareil, la meilleure moitié de l’humanité réclamait enfin la meilleure part, celle qui légitimement lui était due, pour le prix des sacrifices consentis, des corvées acceptées ou subies, des inégalités avalées, des blessures et des injures, du mépris et des flétrissures.

La coupe était pleine, désormais il fallait arracher le voile et les chaînes, briser les conventions et les rituels, casser les représentations fallacieuses et les propos scabreux. Le femme était l’égale de l’homme, n’en déplaise aux barbus, aux religieux de toutes obédiences, aux chefs du personnel, aux directeurs de conscience et aux guides fort peu spirituels.

Tout était né d’un verre de vin blanc, la suite serait délectable si je pouvais la narrer. Mais hélas, me voilà rabaissé au rang de soubrette, devant préparer la cuisine et laver la vaisselle. Je ne peux vous raconter le prolongement de cette révolution domestique, j’ai tant à faire que je dois retourner de ce pas à mes innombrables tâches tandis que ces dames boivent le café et sirotent une goutte.

Bouleversement vôtre.

La puce à l’oreille et au bout des lèvres.
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