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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Tous les goûts sont dans sa nature

Galifront en a plein la bouche

Tous les goûts sont dans sa nature

Conte roboratif

 

 

Galifront, notre bon géant débonnaire fut un jour convié à un grand banquet des confréries du Val de Loire en compagnie de ses deux compères : Gargantua et Pantagruel. Il n’y a pas plus belle compagnie pour venir mettre les pieds dans le plat et ripailler. Tous trois d’ailleurs ne se sont pas fait tirer l'oreille pour se rendre à l’invite. C’est même en se léchant les babines qu’ils arrivèrent sur place.

Parmi les convives de cette noble assemblée, je ne manque pas au plaisir de vous citer au hasard et sans les nommer tous, les représentants affamés des Mangeux d’Esparges de Sologne, les chevaliers du Goûte-Andouille de Jargeau, les Tire Douzils de la Grande Brosse, les Lichonneux de Tarte Tatin, les Escargotiers de Pierrefitte-es Bois, les mangeux de Queues de Bœufs de Vierzon, les compagnons de Grandgousier, la Dive Bouteille de Bourgueil et de Saint Nicolas et les Bons Entonneurs Rabelaisiens pour ne citer que les plus truculents lurons de la troupe.

Galifront était du nombre car on l’avait mandé pour distraire les gourmets et les soiffards présents autour de la grande table de batteuse dressée en bord de Loire. Il devait raconter des histoires, des anecdotes et des récits tous liés à la gastronomie de notre beau et gourmand Val de Loire. Tout géant qu’il était, il avait une boule au ventre et se faisait du mauvais sang à l’idée d’obtenir que tous ceux-là lui prêtent une oreille attentive. L’affaire risquait fort de tourner en eau de boudin.

Quand tous furent réunis, il n’était que temps de percer les barriques pour entamer comme il convient le banquet en grandes et belles libations. Notre conteur d’occasion resta bouché bée durant ces premières agapes, non pas qu’il ne but pas lui aussi tout son saoul, mais il savait par expérience que jamais rien ne doit venir perturber quiconque quand il a grand soif de vin. Il n’était en aucune manière de leur retirer les verres du nez, ils buvaient plus que de raison, ce qui est le propre des confrères en libation.

Puis vinrent les mises en bouche, fantaisies diverses et jamais avariées, cochonnailles pour caler estomacs insatiables et faire taire gargouillis indécents. Là encore Galifront, persuadé que ventre affamé n’a pas d’oreilles resta coi, attendant son heure avant que de mettre les pieds dans le plat. Autour de la table, les gueules engloutissaient à qui mieux mieux carcalaudes farcies, cuisses de garnazelles et autres andouilles de Jargeau.

Galifront dut discerner dans l’assistance un moment de calme. La première digestion devait faire son œuvre, il était enfin temps pour lui d’apporter son grain de sel à la cérémonie. Il avait décidé de frapper fort et de ne pas y aller par le dos de la cuillère, il convient de marquer son territoire tout autant que de frapper les esprits avant que tous ces sacripants ne se remettent à lever le coude et la fourchette.

Il leur servit un conte à sa façon, une histoire de Matelot en Matelote qui ne devait laisser personne sur sa faim. Ses auditeurs riaient à gorge déployée, spectacle peu ragoûtant tant nombreux étaient déjà ceux qui avaient les dents du fond qui baignaient. Ce qui était à redouter survint, certains se tapèrent sur le ventre si bien que quelques débordements malencontreux se firent. Rien de nature cependant à refroidir les ardeurs de leurs voisins.

Plus ils en avaient gros sur l’estomac, plus ils tiraient joyeusement au cœur. Sur le sol se répandait un liquide nauséeux, si bien que tous avaient l’estomac de leurs voisins à leurs talons ou du moins une grande partie de son contenu. Galifront ne se faisait quant à lui pas de bile, il n’était pas question de se mettre la rate au court bouillon ; il se doutait que tous allaient remettre le couvert à la première pause de sa part. Il se hâta de conclure son histoire pour laisser le soin à tous de retrouver quelques forces.

« Du passé faisons table rase » entonnèrent en chœur les participants à la grande tablée. Les Tire-Douzils se mirent à l’action, libérant le contenu de nouvelles barriques tandis que les Mangeux d’Esparges ne perdirent point la tête et firent service à la pointe de la fourchette. On noya le dard violacé dans une crème blanche si onctueuse que rien ne risqua de tourner au vinaigre. Les gourmands bavaient, les mines se faisaient rubicondes et le bon petit blanc de Loire se mariait parfaitement avec ce délicieux légume quelque peu diurétique.

Galifront marchait sur des œufs, il lui fallait attendre que tous se furent levés de table pour aller vider des vessies qui ne se prenaient nullement pour des citernes avant que de reprendre la main et surtout la parole. Le plat suivant étant des couilles d’âne, il convenait pour lui de livrer présentement une histoire bien graveleuse, un récit pour reprendre du poil de la bête, fut-elle à deux dos. Il se perdit ainsi dans le territoire des histoires cochonnes, pays qui avait toute sa place ici après toute la chair cuite avalée en guise de préliminaires gastronomiques.

Il n’y alla pas de main morte tandis que Gargantua troussait dix servantes et que Pantagruel dévorait un bœuf tout entier. Chacun son travers et nul ne songerait à leur jeter la première pierre tant risquée serait cette action. Galifront quant à lui racontait une histoire à vomir debout, L’aventure abracadanbrantesque de Saint Jean de la Rouelle, une histoire qui fait bouillir la marmite et vous reste sur l’estomac.

La moutarde monta au nez de Galifront quand il constata à quoi s’occupait son ami Gargantua. Qu’il soit luron passe encore, qu’il se vautre dans la luxure, il pouvait le concevoir mais qu’il mette ainsi la main et la patte à la vue de tous, n’était pas acceptable. Son histoire arrivait comme un cheveu sur la soupe tandis que tous les convives jetaient un œil sur les frasques du malotru.

Galifront en avait gros sur la patate. C’était fort de café, son ami se léchait les babines et surtout celles de jolies serveuses. Lui, plus personne ne l’écoutait, tous n’avaient d’yeux que pour le libertin. Galifront restait en carafe tandis que l’autre baisait une fillette selon l’expression angevine à propos du vin. Il est parfois des choses qui vous restent en travers de la gorge, même si celle-ci était fort agréable à déguster. L’affaire allait tourner au vinaigre entre les deux géants !

Pour ne pas mettre d’huile sur le feu, Galifront qui pour l’heure comptait pour du beurre se tut, laissant l’autre remettre une fois encore le couvert. Puis, enfin calmé, le coquin s’endormit sur la table et le conteur put enfin reprendre le cours de son histoire. Il tâcha d’inclure les ronds de jambe de son compère dans le récit qu’il mena à son terme. Il avait sauvé la face.

Bientôt ce fut la ronde des desserts. Il y avait des crèmes brûlées, des tartes et des mousses, des pets de nonnes tandis que ceux des convives empuantissaient l’atmosphère. Il n’était pas aisé de conclure dans pareil contexte. Galifront, ne souhaitant pas être le dindon de la farce, alors que les mangeurs, repus et le ventre gonflé, faisaient la queue en rang d’oignons devant les latrines, s’offrit le luxe de narrer la cabane au fond du jardin. Ce fut la cerise sur un gâteau au chocolat à moins que ce ne fut qu’un vulgaire étron !

C’est ainsi que chacun rentra chez lui, ravi des coquecigrues du Géant, des facéties de ses compères et d’un menu qui n’avait rien de diététique en prétendant que jamais plus beau rassemblement des confréries n’avait eu lieu de mémoire de goulus. Il en faut peu pour satisfaire les gens d’ici. Une bonne table, de charmants compagnons, des dames aux formes plantureuses, du vin et de belles histoires. Comme tout finit sa course en-dessous de la ceinture, il convient de ne pas oublier cet aspect des choses. Ainsi va la vie en Rabelaisie. Buvons et mangeons sans modération !

Gargantuesquement vôtre.

 

Tous les goûts sont dans sa nature
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