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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Saint Nicolas de Port.

Saint Nicolas de Port.

Tout près du Saint Patron.

 

 

 

Saint Nicolas de Port.
Contes lointains

 

« Vous viendrez bien nous raconter vos histoires, vous serez ici en pays de connaissance ». La belle invitation que voilà à laquelle j’ai fini par céder après bien des hésitations à cause de la distance. Je ne regrette nullement ce long voyage dans les terres lointaines de la Moselle. Même si l’activité marinière a totalement disparu de l’endroit, il y avait matière à retrouver des traces d’un glorieux passé.

À tout seigneur tout honneur, le Saint Patron en personne, le bon Nicolas reposait à deux pas de la rue des Trois Pucelles où j’avais élu domicile. Je ne pense pas qu’il y ait le moindre lien entre le brave évêque de Myre et ces dames. Gageons cependant que son état de relique ne lui a sans doute pas permis de changer le sort des demoiselles. En tout état de cause, je m’en suis chargé puisque le nom de la rue m’inspira une chanson.

Autre temps autre Pucelle. Notre Jeanne en personne est venue se recueillir en février 1429 dans la chapelle du Saint homme avant que de chevaucher jusqu’à Loches puis de venir délivrer Orléans. Je comprends mieux l’insistance de mes hôtes, le télescopage de nos histoires était manifeste. D’autant plus que chaque année je raconte l’histoire de celui qui a sauvé trois officiers qui livraient du blé. La légende se bâtit là et bien vite trois vaillants marins devinrent trois chérubins sauvés du saloir. Le nombre trois marquant fortement ce périple à n’en point douter.

Depuis 772 années, les reliques du bonhomme reposent ici, lui qui fit le voyage de Bari jusque là, à l’initiative d’un marin Lorrain cherchant son salut éternel et la certitude de n’avoir pas à subir de naufrage par l’intercession de son voyageur fragmentaire. Depuis, il n’est pas de confréries marinières qui ne célèbrent celui qui n’a peut être jamais mis les pieds sur un bateau. Ainsi vont les réputations, souvent infondées et quelque peu usurpées.

La Basilique est fort grande, majestueux navire posé là à deux pas de la Meurthe. Quelques peintures ornent les piliers, elles y ont été tracées à même la pierre. Notre Jehanne prie dévotement au pied de Saint Nicolas, l’homme lui glissa dans l’oreille quelques conseils pour faire tourner le vent en arrivant à Orléans. Elle s’en servit à merveille le 29 avril quand, à genoux, elle obtint que Galarne souffle pour que les mariniers d’Orléans viennent lui faire traverser la Loire.

La promenade dans les ruelles pavées désertes me souffla à l’oreille qu’une vie marinière avait occupé la ville. Le nom des rues évoque les métiers d’antan, ceux qui disparurent tout comme les filatures et les moulins, l’usine électrique et tous ces bâtiments aujourd’hui à l’abandon le long d’une Meurthe aussi grise que le ciel. Une cigogne les survole, me rappelant ainsi que je suis perdu quelque part dans l’Est. La rivière est presque inaccessible, nul aménagement, le présent est morose, le passé révolu.

Puis tout bascula justement dans l’une de ces innombrables friches industrielles. Là où jusqu’en 1969 il y avait encore une filature qui se croyait prospère, un restaurant est venu s’implanter car Pierre se refusait à rester au chômage. Il débuta par une cave à vin, il fit tant et si bien que Sylviane son épouse le rejoignit pour faire un restaurant unique et sympathique, authentique et magnifique.

C’est là que se poursuivit le parcours, juste en bord de rivière. De boissons agréables en une somptueuse daube aux spaetzles, le repas prit des allures de bacchanales. J’y bus des vins merveilleux, des curiosités dénichées par le maître de l’endroit. De verres en flûtes, la parole se délia. Les maîtres de séant se racontèrent, ils aiment tant leur restaurant, leur personnel tout autant que la clientèle qu’il est aisé de les laisser ainsi narrer le bonheur de faire avec passion ce si beau métier.

Sylvain finit par me faire goûter un vin de la vallée du Cher : « Rêve de gosse ! » de chez Rossily. Une pure merveille qui délia des langues un peu chargées. J’avais sous la main un conte portant ce nom, les clients donnèrent leur accord et c’est ainsi que le repas bascula dans une autre dimension. Il ne m’appartient pas de narrer ce moment rare.

Je ne doute pas un seul instant que si vous passez à votre tour, un midi, à la Petite filature à Saint Nicolas du Port, vous aurez vous aussi un moment unique à partager avec les hôtes de l’endroit. Ne passez pas à côté de ce bonheur et si besoin, allez faire auparavant une petite prière à Saint Nicolas, pour savoir qu’il n’est pas que le patron des mariniers. Le brave homme s’y connaît en vin, qu’il soit de messe ou bien d’allégresse !

Escapadement vôtre.

Saint Nicolas de Port.
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