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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L’appel du large

Du micro au stylo.

L’appel du large

Mon Binôme

 

 

C’est l’histoire d’une fille du bout de la Terre. Elle a grandi bercée par les embruns, le bruit des vagues fracassant une côté déchirée et le son endiablé de la musique armoricaine. Elle se partageait entre ses parents jusqu’à ce qu’ils se séparent et des grands-parents qui lui servirent de phare et de bouée. C’est ainsi qu’elle a atteint l’adolescence, l’âge des premières amours sans trouver chaussure à son pied. Elle était la bonne copine, celle à qui l’on confie les secrets tout en lui demandant de tenir la chandelle. Un rôle, loin de lui convenir, vous pouvez vous en douter.

Il lui fallut larguer les amarres, une habitude dans ce coin de terre où les marins sont plus nombreux que partout ailleurs. Elle a suivi l’exemple des grands aventuriers des siècles précédents, elle a mis le cap vers le très grand et très lointain Sud Austral. Il n’est rien de mieux qu’une île pour couper les ponts et des atolls pour être certaine de changer de vie.

Elle vécut longtemps loin de tout et loin de sa terre natale. Elle devint femme, poussée par le soleil qui ne cesse de briller dans ce paradis terrestre, qui l’embellit et lui donna ce charme si troublant. Elle a découvert la liberté, cette manière bien à elle de ne pas se donner de limites, de repousser les hypocrisies et le mensonge. Elle se fit polynésienne véritablement, indépendante et impudique, lascive et libérée. C’est ainsi qu’elle découvrit la radio, qu’elle fit sa place dans ce média qui explosait véritablement à cette époque.

Elle devint chef d’antenne. Elle était dans son élément. La parole était libre tout comme la radio qui lui permit de découvrir Orléans et de tenir la rubrique de sexologie : Sexo-Margot sur Vibration ; un temps d’antenne sans tabous et dans la bonne humeur. Elle se fit un devoir de répondre à toutes les questions des auditeurs, d’aborder tous les sujets qui tournent sans cesse autour de ce mystère qu’on couvre si souvent d’un voile trop pudique. Elle faisait sauter les réserves et les clichés, elle ne cessera de le faire quand elle troquera le micro pour la plume.

Elle revint en sa Bretagne pour un deuil douloureux qui sans doute l'obsédera toujours. Elle trouva un époux qui la suivit au bout du monde. Elle avait vu en lui son compagnon de vie, il ne sera pas celui qu’elle espérait. Elle lui avait donné sa chance, l’avait embarqué dans ses îles lointaines sans que l’expérience fut concluante. Elle dut revenir, contrainte d’abandonner sa passion radiophonique, n’ayant plus la possibilité d’exercer cette activité pour laquelle elle était véritablement faite.

Elle se retrouva mère célibataire, une simple case dans les statistiques, mais un combat de tous les jours pour celles qui ont à vivre pareille difficulté. La solitude et le déracinement en débarquant dans une région totalement inconnue où la mer n’était plus qu’une rivière qu’elle ne regardait pas. Loin de sa famille, loin de ses amis, elle avait besoin d'évacuer la frustration et le désespoir, cette gangue qui faisait de sa vie une impasse. C’est par l’écriture qu’elle libéra son sac à tristesse, non pas en couchant ses peines mais tout au contraire en écrivant un roman léger et fripon. Elle avait cette délicatesse de ne pas se plaindre.

Hélas, son roman fut mal né. Il ne trouva pas l’accompagnement nécessaire pour qu’il se vende véritablement. Sans doute avait-il des défauts. Il aurait mérité d’être mieux travaillé, mieux édité certainement. C’est pourtant par son entremise qu’elle découvrit la Loire, qu’elle ouvrit enfin les yeux sur sa région d’adoption. Elle croisa la route d’un autre auteur de la maison qui allait devenir son meilleur ami, son collègue d’écriture et son guide.

Ils se lancèrent, tous deux dans l’écriture d’un roman, lui qui se pensait incapable de réaliser ce prodige, elle qui voulait écrire à nouveau. Il lui fit rencontrer non seulement la rivière mais tous ceux qui gravitent autour d’elle. Elle brisa sa solitude, découvrit des amis sincères et peut-être un peu plus, une communauté liée à la rivière et continua son aventure romanesque avec son vieil ami. Elle avait troqué le micro pour la plume. Elle pouvait s’envoler et profiter de l’aubaine pour revenir sur sa terre natale.

Elle mena de front sa vie professionnelle, l’éducation de ses enfants, l’écriture et toutes les contraintes domestiques avec une ardeur exemplaire. Elle voulut ouvrir une page d’information sur la Loire : « RDV au Parle-Loire », un travail de plus, un retour indirect à sa passion journalistique. Elle assura la promotion du Conteur, contribua à l'inflexion de ses activités. En dépit de cette énergie folle, c’est par ses blessures secrètes et souvent cachées qu’elle a conquis l’amitié de son vieux binôme. Dame courage, elle voulait se montrer indestructible, elle avait parfois des moments de doute qui la rendent si humaine. Elle s’accroche à ses forces supposées, elle est séduisante par ses failles dissimulées.

Une tournée bretonne lui fut salutaire, un retour aux sources qui lui redonna tonus et énergie. Maintenant, il ne lui reste plus qu’à retrouver une antenne pour être pleinement elle-même ou une activité liée à la communication, sa véritable compétence tout en ne renonçant jamais à écrire à quatre mains puisque telle est désormais la destinée de ces deux-là. Elle a des idées pour deux, elle n’est jamais en peine d’une animation, d’un projet, d’une campagne de promotion. Même sur la Loire, elle provoque des tempêtes, c’est bien la Bretonne de Loire !

Collèguement sien.

L’appel du large
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J
Dans le troisième chapitre de votre (vous deux) livre une scène érotique est racontée.<br /> En cherchant l'auteur ou l'autrice, je l'ai découverte dans tes écrits:<br /> http://www.chroniques-ovales.com/2018/01/a-ne-pas-coucher-sur-le-papier.html<br /> " Qu’il soit dans de beaux draps ou pas, le quidam ordinaire a sans doute trois manières de faire son lit et de s’y coucher. Tout le reste ne serait que littérature érotique, ce que je laisse volontiers à ma collègue d’écriture, plus prompte que moi à narrer ce qui se passe sous ou bien à côté de la couette.".
Répondre
C
Jean<br /> <br /> Ainsi mon honneur est sauf<br /> C'est Sexy-Margot qui a fauté et non pas votre serviteur