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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Une occupation à mi-temps.

En grande pompe …

Une occupation à mi-temps.

Sépulture.
 

 

Il est encore des traditions qui perdurent dans les coins reculés d’une France qui a su conserver ses racines et ses valeurs. J’ai passé quelques jours en Aveyron, parmi des gens totalement implantés depuis de nombreuses générations en leur beau pays. Le hasard ou sans doute plus certainement la destinée fait prendre conscience que nous autres citadins, avons perdu pied avec ce qui fait le ciment d’une collectivité.

Alors que la période était aux réjouissances, un drame survint qui emporta un jeune homme de vingt ans. Dans le même temps, la vieillesse avait fait son œuvre et un homme âgé quittait cette vallée de larmes tandis qu’une longue maladie emportait une personne qui aurait dû profiter encore un peu de sa retraite. Plus loin, dans le canton d’à côté, pareilles mauvaises nouvelles survenaient touchant des connaissances proches.

Pour mes amis commençaient alors le bal des condoléances, de la signature des registres et la gestion de l’emploi du temps pour accompagner les uns ou les autres dans leur ultime sortie. Le choix n’est pas simple, il demande mémoire pour honorer ceux qui étaient venus lors d’un deuil dans leur propre famille, maîtrise de la généalogie pour ne pas laisser en chemin un cousin lointain, parfait suivi des anciens voisins partis dans une maison de retraite, rigueur qu’impose le contrôle quotidien de la rubrique nécrologique du journal local, acheté uniquement à cet effet.

Puis il faut examiner si le défunt mérite un accompagnement simple, en couple ou avec la tribu toute entière. Les critères qui prévalent à cette décision épineuse, invariablement mesurée par les autres participants venus se recueillir, sont multiples et très délicats à manier. D’abord la date a son importance, elle peut tomber fort mal avec les travaux des champs, les contraintes professionnelles et les rigueurs du temps, puis elle peut mettre en concurrence directe deux défunts. C’est là, la pire situation qui soit, il convient de ne pas rater sa sortie en mourant en même temps qu’une célébrité locale, situation scabreuse qui contraindrait la famille à se répartir les obsèques.

L’âge de celui qui s’en va a naturellement son importance quand il s’agit de pencher pour l’un ou pour l’autre. Il est évident que le grand âge n’est pas un critère assurant une bonne chambrée si à côté un plus jeune prend la même destination. C’est sans doute là une envie de rétablir un peu de justice pour celui qui est parti trop tôt.

Dans les arguments non recevables il convient de signaler que le cumul des cérémonies sur une période donnée n’est pas une raison d’échapper à la célébration. La famille dans la peine ne peut entendre cet argument car pour elle, il n’y a qu’une sortie possible en dépit des messes de souvenir qui sont accordées au prix de 17 euros. Comme le disait si bien un curé local : « Offrir des fleurs c’est bien, mais offrir une messe c’est mieux ! »

Votre vigilance peut être prise au dépourvu et il arrive parfois qu’un coup de fil vous mette en alerte quelques heures seulement avant la sépulture – terme employé ici -. Il convient d’être réactif, de laisser tout tomber séance tenant pour honorer cet imprévu de dernière minute. Celui qui vous a mis au courant ne comprendrait pas plus votre défection que la famille dans la peine. J’ajouterai que la participation à une cérémonie dans la plupart des cas vous octroie aisément une paire d’heures dans n’importe quelle entreprise tenue par quelqu’un du pays.

Pour être complet sur le sujet, il convient malgré tout de vous informer que les célébrants viennent à manquer même dans ce territoire encore très chrétien. Les prêtres ne peuvent plus sauf exception notable, officier pour les nombreux enterrements qui concernent la grande paroisse qui est la leur. Ce sont des laïcs, adoubés par l’évêché qui font désormais la maille des célébrations sans les saints sacrements. Tout se perd mon bon monsieur !

Voilà vous savez tout de ce passe-temps quelque peu morbide mais incontournable au risque de passer pour un mécréant de la pire espèce, un mauvais voisin et un parfait ingrat. Ceci exige un emploi du temps serré, impose un nombre non négligeable d’heures passées dans des églises peu chauffées au risque d’attraper mal et de devenir un candidat potentiel à la prochaine séance.

Que la messe commence ! Si vous ne savez que faire, pensez donc à emménager dans ce beau coin de France. Vous aurez largement de quoi remplir votre temps libre pour peu que vous soyez à la retraite tout en profitant de l’aubaine pour lier connaissance avec les autochtones. Vous serez ainsi parfaitement intégrés et aurez quelques personnes à votre dernière représentation.

Condoléancement vôtre.

Une occupation à mi-temps.
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D
ma cérémonie préférée avec Noël quand j'étais enfant de choeur, mais tu lessais déjà....
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C
Depoli<br /> <br /> J'avoue ne pas comprendre à moins d'aimer la viande froide