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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Quand le monde était binaire

Était-ce le pied ?

Quand le monde était binaire

La sociologie du métatarse

 

Il fut un temps où tout nous semblait simple. Nous allions tranquille à la découverte du monde avec des certitudes et une lecture de son fonctionnement des plus primaires. Ainsi, dans notre vie quotidienne, la complexité avait de rassurantes limites, nous savions que les filles allaient à l’école des filles et les garçons à celle d’en-face. Chacun trouvant chaussure à son pied bien plus tard, quand l’existence mettait enfin en présence ces deux catégories distinctes de l’humanité.

Il en allait de même pour les choses ordinaires. Nous avions une alternative domestique qui respectait en tout point le principe binaire qui prévalait encore à cette expression. Nous étions pantoufle ou bien chausson pour ne pas encourir le courroux de la maîtresse de maison. C’était on ne peu plus simple et il n’y avait pas lieu de déroger à la règle.

Certes, il y avait bien une exception notable quand par surprenant qui soit, nous mettions les pieds dans une maison tiers. Il se pouvait alors qu’on nous prie de grimper sur des patins afin de glisser maladroitement sur des sols lustrés, briqués, cirés et forcément glissants. C’était sage précaution tout autant que pratique incertaine qui nous faisait bien vite renoncer à une prochaine visite.

Pour le reste, le monde était ainsi séparé en deux catégories. Les savates avaient la fâcheuse habitude de traîner les pieds, se montraient négligents et souillons, méritaient bien le qualificatif de mules eux qui faisaient souvent leur mauvaise tête tandis que leurs homologues les chaussons quoique sans doute un peu plus frileux, avaient de la tenue et de la rigueur. La charentaise était à carreaux et c’est de la sorte que nous devions nous tenir dans l’intérieur de nos familles. Elle venait de France et nous ignorions alors que le commerce allait se mondialiser.

Nous étions certains de ne pas confondre. Savates ou bien chaussons restaient à la maison. Seuls quelques vieillards déboussolés sortaient de chez eux munis de l’un ou de l’autre tandis que nous n’aurions jamais songé à sortir avec des lacets défaits et des chaussures non cirées. Le temps était à l'impeccable, les boulons tout autant que les boucles étaient bien serrés.

Puis tout bascula dans le plus exotique n’importe quoi. Le métatarse ne savait plus où donner de la tête. L’espadrille nous arriva du Sud. Elle vint perturber notre représentation de la chose podologue. Elle s’émancipa bien vite des intérieurs cossus pour aller parcourir la cité de manière négligente. Ce fut la porte ouverte au grand n’importe quoi. La semelle de cuir ne fut bientôt plus la seule à battre le pavé, elle fut concurrencée par la corde puis par le bois des sabots hollandais qui surfèrent sur la vague hippie.

L’Asie s’invita autour de notre gros orteil. La Tong fit une percée fracassante, apporta de la couleur et de la décontraction dans la tenue. Le pied libéré, les mœurs allaient suivre. Les doigts de pieds se mirent en éventail, la révolution des mœurs prenait son pied et ouvrait les portes d’un autre monde. Tout ceci ayant naturellement de graves conséquences dans nos maisons. Certains désormais portaient même leurs chaussures dans l’espace confiné de l’intimité. C’était à ne plus rien y comprendre.

Puis arrivèrent toutes sortes de chausses qui nous firent le pied gros, léger ou bien voyageur. Les Pataugas furent les premiers à donner l’envie d’ailleurs avant de n’arrivent les Rangers, les Santiags, les Boots, les chaussures de randonnée, celles qui se perchèrent sur des semelles qu’on pensaient impossibles, les Crocs et autres fantaisies toujours plus surprenantes. Les bottes abandonnèrent les cours de ferme et s’invitèrent à la fête. Les couleurs s’immiscèrent elles aussi pour rompre avec la monotonie de l’époque. Pire encore, je ne sais si je peux l’écrire tellement la chose est indécente, certains marchaient désormais les pieds nus dans la ville. Le monde avait basculé ...

Depuis, seuls les adeptes de la boule de fort honorent encore la belle et fourrée charentaise. Ils l’enfilent avec dévotion quand ils entrent dans ce qu’ils appellent encore une société, montent sur un parquet briqué comme un sous-neuf et la boule désaxée à la main tentent de s’approcher du maître cochonnet sur une piste de jeu incurvée. Le temps du trajet de la boule, ils boivent un petit verre de vin du pays. Ils sont les gardiens d’une tradition d’un temps révolu et c’est pourquoi je les aime bien.

Cordonnièrement vôtre.

Quand le monde était binaire
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D
La boule de fort le seul sport qui se joue en charentaise. Merci Bernard
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C
Dédé<br /> <br /> J'ai pensé à vous<br /> <br /> merci