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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ma rue est un bayou

La nouvelle Orléans se dessine

Ma rue est un bayou

Des riverains en dérive ...

 

 

Ma rue est un cloaque ! Trois années que ça dure et nous en avons encore pour quelques mois. Qui aurait pu supporter pareil traitement sans broncher ? Il en faut une sacrée dose de découragement pour subir de tels désagréments sans rien dire. Il est vrai que la démocratie locale ne laisse jamais la place à l’opinion de la base. Les élites, persuadées d’être adoubées par le seul fait de leur immense gloire, méprisent royalement un peuple si peu souverain.

Ma rue n’est pour l’heure que nids de poules et marigots, flaques d’eau et trous béants, bosses et pièges pour amortisseurs en capilotades. Il n’en faut rien dire, la municipalité travaille très lentement à notre confort futur. Pareil chantier en Centre ville eut été achevé bien plus vite. Hélas, ici, nul élu d’importance, ni général en retraite, ni même un membre de la coterie dont il convient de se concilier l’opinion.

Les pauvres riverains de notre rue n’ont qu’à se munir de bottes, s’équiper de vêtements qui ne craignent ni la boue ni les éclaboussures. Nous baignons dans les ornières, nous évitons tant bien que mal des projections quand passe un véhicule, nous vivons les chausses sales. Nos murs sont souillés, les façades de nos maisons ne sont que dégoulinements de boue. Ça dure, ça n’en finit pas. C’est exaspérant, insupportable, dégradant.

La communication est défaillante. Nous subissons sans jamais savoir quand cela cessera. Nous ne sommes rien dans cette ville qui use du mépris comme mode de gouvernance. Fort heureusement nous avons des motifs de réjouissance. Notre bonne municipalité a envoyé à nos frais une délégation en Nouvelle Orléans pour célébrer un jumelage et examiner les conséquences éventuelles d’une inondation.

Nous devinons que ce charmant voyage aux frais de la princesse n’a pas été destiné qu’à la seule célébration de l’anniversaire d’un conseiller émérite, homme charmant aussi creux qu’un bayou, ni même pour permettre à notre bon maire de s’offrir une escapade en compagnie d’admiratrices énamourées. Loin de nous de penser pareillement. Nous savons bien que c’est pour notre bien que nous devons cracher au bassinet pour distraire ceux qui nous ont fait don de leur temps libre.

Mais à bien y réfléchir, cette joyeuse clique flanquée des courtisans et de la représentante de l'opposition locale trop heureuse de profiter de l’aubaine en dépit du traitement qui lui est habituellement consenti, aurait mieux fait de venir en notre rue. À propos, comment qualifier la participation de l’opposante en chef si ce n’est en la jugeant indigne et scélérate, inutile et méprisable. On ne cautionne pas ce qui n’est pas acceptable quand on a un tant soit peu de dignité. Je sais que ce serait beaucoup trop demander à la dame.

Mais revenons au sujet du voyage. S’ils voulaient examiner les conséquences d’une montée des eaux, d’un désastre climatique, des dégâts provoqués par la pluie et la boue, ils auraient mieux fait de venir jusqu’à cette rue abandonnée de tous. Depuis trois ans nous baignons dans l’eau et la boue, les trous et les ornières, les interdictions et les barrières, les engins et le vacarme. Nous sommes les naufragés des travaux urbains, les exilés de nos propres maisons.

Nous eussions pu renseigner utilement et à moindre coût nos charmants voyageurs sur les effets de l’eau dans une ville. Mais, il leur en aurait fallu du courage pour venir jusqu’à nous alors que voyager tous frais payés en Louisiane était sans doute plus agréable. Nous ne sommes pas en mesure de rivaliser. Cependant, notre prochain bulletin de vote saura rappeler à toutes ces canailles, sans exclusive, que la coupe est aussi pleine que notre exaspération.

Notre rue est un cloaque ! Tout comme l’est ce joli monde qui prétend nous gouverner. Nous n’avons hélas pas l’exclusivité de la chose. Le pouvoir isole du réel et facilite ces attitudes parfaitement inacceptables. Ne rien leur dire constituerait une lâcheté et je tiens à ne pas reculer dans mon devoir d’irrévérence. Ils agissent comme des gougnafiers et je tenais à le leur rappeler !

Gadouillement leur.

Ma rue est un bayou
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