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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Mon cher petit Victor

La coupe est pleine …

Mon cher petit Victor

Retour au quémandeur

 

 

Bonjour mon cher petit Victor. Je prends la plume ce qui ne m’arrive jamais car je ne peux laisser passer ta dernière lettre sans réagir. J’ai beau avoir pris de l’âge, je n’en ai pas moins conservé le sens de la mesure et là, je dois à la vérité de te prévenir que tu l’as largement dépassée. Ta longue liste de cadeaux ne relève plus de la simple commande d’un enfant raisonnable mais bien plus d’un catalogue complet de tes exigences.

J’espère que tu te rends compte que si tous les enfants agissaient de la même manière, il me faudrait changer radicalement mon mode de distribution des jouets. Mes pauvres rennes ne parviendraient pas à tirer un traîneau qui serait alors bien plus lourd qu’un semi-remorque. Tu n’as pas idée du travail que cela nécessiterait pour le vieux bonhomme que je suis.

Tu devrais aussi comprendre que rien que pour emballer ce que tu m’as demandé, il me faudrait passer tant de temps que je n’aurai plus assez de disponibilité pour d’autres enfants, aussi méritant que toi et même peut-être plus sans évoquer non plus l’impact sur la planète avec tout ce papier gaspillé qui irait remplir les poubelles de manière bien inutile. Tu devrais songer toi aussi à la Planète, tu y vivras plus longtemps que moi …

Mon petit Victor, j’aimerais que tu songes également à ce qu’autrefois je distribuais aux enfants de ton âge quand il ne m’arrivait pas de les oublier ; quelques bonbons, une orange et du pain d’épices suffisaient alors à leur bonheur. J’ai le sentiment, à la lecture de ta longue missive que si j’avais oublié quelque chose, tu aurais fait caprice et colère, te moquant de tout le reste. C’est pourquoi, en dépit des habitudes qui sont les miennes j’ai décidé de ne rien t’apporter.

Tout d’abord parce que tu m’avais déjà fait le coup l’an passé avec une liste extravagante. Tu avais été comblé et toi, tu n’as même pas joué avec la moitié de ce que je t’avais livré. Pire encore, tu n’avais même pas ouvert certains jouets et tu t’étais même permis d’en vendre quelques-uns dans un vide-grenier. C’était faire bien peu de cas de ma générosité, j’en avais été particulièrement vexé.

Ensuite, ton comportement durant toute cette année laisse à désirer. Tu n’acceptes aucune remarque de tes parents, tu leur fais des colères épouvantables dès qu’ils s’opposent à tes caprices, tu travailles fort mal à l’école et ton langage fait se dresser ma barbe blanche. Non décidément, tu mérites une bonne leçon avant qu’il ne soit trop tard et que tu ne deviennes un personnage totalement infréquentable.

Enfin, ce que tu me demandes est particulièrement surprenant. Tu ne veux que des objets qui se connectent qui ont besoin d’énergie et qui font énormément de bruit. Tu ne sais donc pas jouer autrement que devant un écran, un ordinateur ou bien un objet capable de transmettre des informations ou des sons ? Jadis, les enfants passaient des heures avec un cerceau, une bobine ou un bien une simple poupée. Ils s’inventaient des histoires, avaient de l’imagination et aimaient à rêver. Tu me sembles de plus en plus esclave de tes activités, incapable de te retrouver seul avec toi-même sans être en relation avec la planète entière.

Si je peux me permettre encore une petite remarque. Même si je suis censé répondre généreusement à tes demandes, il faut bien qu’à un moment ou un autre de ma chaîne de distribution quelqu’un finance mon chariot. Tu n’as pas idée de la dépense qu’occasionne ta demande, il y a là de quoi nourrir des milliers d’enfants qui de par le monde, n’ont pas la chance de figurer sur ma tournée. J’ai fait le compte pour toi, rien que pour voir et j’ai été tellement horrifié par tes exigences que j’ai souhaité te donner une bonne leçon !

Voilà mon petit Victor, tu es averti que cette année, devant ton sapin, je ne disposerai rien, strictement rien. Tu n’es d’ailleurs pas le seul qui mériterait pareille réponse de ma part. Décidément vous êtes de plus en plus nombreux à dépasser les bornes et j’ai passé l’âge désormais d’accepter de me plier en quatre pour des petits monstres d’égoïsme et de d’ingratitude.

J’espère Victor que ce Noël sera pour toi l’occasion d’une belle et salutaire introspection tout autant qu’une réflexion utile. Tu sais, il faut cesser de croire en ma capacité à toujours passer l’éponge sur tes turpitudes, tes caprices, tes goûts de luxe. Il est temps que tu redécouvres le sens des valeurs et des réalités. Moi, Père Noël, je tenais à répondre à ta lettre dans laquelle d’ailleurs tu n’avais même pas songé à mettre quelques mots gentils à mon égard.

Je te prie d’accepter la colère d’un vieux monsieur qui ne peut plus tout tolérer de ta part. Je te souhaite de profiter de cette leçon pour enfin grandir et t’amender. Ton vieil ami qui agit en cette occasion uniquement pour ton bien. Sans rancune !

 Bonhommement tien.

Mon cher petit Victor
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