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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le Docteur K

Toujours à domicile

Le Docteur K

À la gloire de tous les médecins généralistes d'alors

 

 

C’est au cours d’une séance de dédicace en mon village d’en-France que j’ai eu la surprise et le plaisir de glisser quelques mots sur un roman destiné à la fille de mon vieux médecin d’alors. La dame est une représentante de cette longue lignée qui a symbolisé le dévouement médical dans cette commune ligérienne. Une pharmacie continue ainsi l’œuvre sanitaire d’une famille qui depuis plus de 130 ans n’a eu de cesse de soigner la population locale. Cela méritait bien une petite évocation.

Bernard K était un médecin de campagne comme on n’en fait plus de nos jours. Il était le dévouement et la disponibilité personnifiés. Quelle que fut l’heure à laquelle vous l’aviez ?? , le bonhomme arrivait, sa sacoche de cuir achetée chez le meilleur maroquinier de l’endroit à la main et sa respiration courte et bruyante, annonciatrice de l’homme fatigué.

Il avait dû se réveiller précipitamment un petit matin d’automne pour se précipiter chez nous et me mettre au monde, ma mère refusant d’aller dans les cliniques toutes proches comme cela se faisait dorénavant. C’est dans sa chambre, avec l’aide du bon docteur, qu’elle donna la vie à votre serviteur. Par la suite, sans jamais faillir, le médecin assura le service après-vente avec une efficacité digne d’éloges tant le lascar se montra rebelle à rester en bonne santé.

À chaque appel, il se demandait toujours ce que j’allais lui inventer comme surprise, quelle nouvelle curiosité allait sortir de ma boîte à malices. Il fut servi -je dois à la vérité de le reconnaître- et se montra toujours d’une incroyable perspicacité pour lire dans la liste impressionnante des symptômes que je lui servis. Le gamin d’alors hésitait sans doute à se maintenir en état de fonctionnement, sachant qu’ensuite, il indisposerait grandement ses semblables.

C’est ainsi que je proposai à sa sagacité deux jaunisses et deux rougeoles, une méningite, des crises de colique néphrétique et d’acétone, une péritonite et cerise sur le gâteau une superbe occlusion intestinale. Parfois il se grattait la tête qu’il avait dégarnie pour trouver la nouvelle manifestation de ce gamin qui jouait les trompe-la-mort uniquement grâce à lui. Il eut aussi quelques intuitions géniales qui me maintinrent en vie.

Une fois parti de sa zone d’influence, j’ai modéré ma capacité à attraper tout ce qui était possible, m’offrant même le luxe de la bonne santé passé la cap délicat de la petite enfance. Il avait préparé le terrain, je lui devais bien ça. Depuis, les aléas d’une métropole qui n’a rien d’attractive pour le corps médical me privent de médecin traitant et mon bon vieux docteur d’alors n’est plus pour prendre la relève.

Il ne fut pas le seul dans sa tribu à tenir le stéthoscope et la seringue. Sa sœur , diplômée de pharmacie et de médecine, ne put exercer la médecine dans la même ville que son frère et se contenta de tenir la pharmacie familiale. Pourtant durant la seconde guerre mondiale, c’est elle qui suppléa son frangin, parti faire le soldat. Elle méritait bien d’avoir un centre social portant son nom.

Les petits-enfants poursuivent l’œuvre. L’officine demeure sous le même nom. Une incroyable longévité et une étonnante fidélité. Alors, ce petit hommage n’est pas usurpé, une piqûre de rappel qui exprime tout autant combien notre monde a changé.

Bernard arrivait avec sa diane, une voiture bringuebalante pour se rendre dans les fermes lointaines sans risquer de rester en rade dans les chemins. Point de signe extérieur d'opulence chez lui, le simple désir d’être au service des autres, pas plus que de dépassement d’honoraires, une idée qui lui aurait été inconcevable. Il passait même, durant mes fantaisies, sans demander d’argent. Inimaginable aujourd’hui où nombre de ses jeunes confrères ont souvent un tiroir caisse à la place du cœur.

Voilà j’ai tenu ma promesse faite à sa fille, j’ai tout autant et plus encore remboursé une infime partie de la dette morale que j’ai pour cet homme. Gloire et honneur à sa mémoire et encore merci de m’avoir conduit jusqu’ici.

Redevablement sien.

Le Docteur K
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K
L'époque d'une douce France à jamais révolue.
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C
Kakashi<br /> <br /> C'est aussi mon avis<br /> Bonne soirée à vous
J
Très bel hommage à votre médecin de famille qui vous a tiré plus d'une fois d'un mauvais pas, niveau santé, et à la pharmacie, dans la commune de votre enfance dont je ne citerais pas le nom, car, à priori, le maire n'a pas d'atomes crochus avec vous ni avec votre prose. Evoquer des souvenirs d'antan et persifler sur le monde actuel, apparemment , c'est pas son truc.......
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C
Jacky<br /> <br /> Je lui dois beaucoup et peut-être tout<br /> <br /> Il le méritait bien