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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le chevalier blanc

Le meilleur d’entre-nous.

Le chevalier blanc

L'immunité permanente

 

 

C’est le meilleur de nous tous, vous devez le croire car c’est lui-même qui l’affirme, la main sur le cœur en prenant Dieu et tous ses représentants à témoin. Si parfois, quelques critiques s’élèvent de ci, de là, elles ne peuvent venir que de jaloux, de médisants ou bien plus sûrement d’incompréhensions et de propos mal compris. Lui est au-dessus de tout soupçon, tous ses faits, tous ses gestes sont emprunts du plus parfait amour pour l’humanité toute entière.

Le chevalier blanc n’y va jamais par le dos de la cuillère, plus il en dit, plus il faudrait le croire, sur une parole qui ne peut être remise en cause tant sa bonne foi éclate au grand jour depuis si longtemps. Il est la bonté même, la générosité incarnée, le meilleur d’entre nous et surtout le fédérateur, celui sans lequel rien n’eut été et ne pourrait être.

Non seulement son catéchisme n’est pas de façade, sa défense de circonstance mais sa bonne foi est indiscutable puisque c’est lui que la proclame. Le chevalier blanc se pense sincèrement l’alpha et l’oméga, le centre de son monde, la pierre angulaire de l’endroit. Il ne fait preuve ni de forfanterie ni d’exagération quand il se proclame vierge de tout défaut, blanc comme neige et exemplaire depuis toujours tout simplement parce qu’il ne s’imagine pas autrement.

La force qui réside en lui est de croire au personnage fictif qu’il s’est créé. Il l’a intégré comme étant le reflet de sa merveilleuse réalité. Il a enfilé des habits qu’il s’est taillés à la mesure de sa grandeur. Il réécrit l’histoire, gomme toutes les aspérités, oublie les dérapages et les querelles qu’il a provoquées ou bien auxquelles il a participé. Il se persuade de cette fiction qu'il développe au fil de chacune de ses interventions.

Le chevalier blanc n’est pas un affabulateur, il entre si parfaitement dans le rôle qu’il a sculpté dans le marbre de son imaginaire qu’il ne fait plus la différence entre ses désirs et une réalité qui doit désormais s’y plier. Le plus fort, c’est qu’il trouve une cour pour lui servir de caution, valider l’illusion qui s’est incarnée dans son personnage. Il ne quitte plus le costume, il est son double imaginaire, il est son reflet en pleine lumière.

Alors, c’est cet être magnifique et totalement artificiel qui est adulé, vénéré, montré, encensé pour devenir cette icône miraculeuse, la référence absolue de l’endroit. Qu’importe s’il existe différence colossale entre le scénario des contes des mille et une nuits et une vérité bien plus prosaïque, moins glorieuse, tristement médiocre, malheureusement plus discutable. Le Chevalier blanc a su effacer les scories d’un parcours qu’il réécrit chaque jour pour corroborer sa propre légende.

Il bénéficie pour cela du coup de pouce de la destinée, de dossiers qui sont enterrés, des travers qu’il convient de taire, de malversations qui ne sortiront pas au grand jour. Il a des appuis, des amis, des obligés, des redevables, des complices. Il dispose de tout ce bouclier de la notoriété qui le met à l’abri de la vérité ou simplement d’un regard plus distancier et objectif.

Le chevalier est blanc comme neige même si celle-ci fondrait vite au soleil aveuglant de la vérité. Mais la réalité officielle n’a rien à voir avec son chemin plus trivial. Elle est le fruit d’une patiente construction qu’il a fini par intégrer comme étant ce qu’il a vraiment vécu. Partant de cette intégration intime et profonde de sa propre fiction, il ne peut que se défendre, démentir, dénoncer, pourfendre ceux qui hélas connaissent la face cachée.

Mais elle est si bien occultée cette face, si bien dissimulée derrière des complicités et des silences opportuns, que jamais le chevalier blanc ne subira la plus petite tache sur son habit de Tartuffe. Il peut aisément pourfendre ceux qui disent la vérité, ils ne pourront jamais démontrer ce qui a soigneusement été mis sous l'éteignoir, enterrer des dossiers qui ne sortiront jamais au risque d’éclabousser trop de monde.

Il est à l’abri car s’il tombe, il fait tomber toutes les complicités, tout ce savant montage qui des années durant lui a permis de construire une épopée imaginaire, une immunité fallacieuse, une virginité sans faille. Il se pare de son armure blanche, il repousse les derniers assauts des félons et reprend sa place, la première, la seule qui vaille pour cet être exceptionnel, ce phénix merveilleux.

Il est ici ou là. Cet être maléfique n’est hélas pas unique, il s’en trouve dans tous les secteurs, toutes les coteries, en toutes les époques. Il est l’incarnation du pouvoir de la notoriété factice.

Virginalement sien.

Le chevalier blanc
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