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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Elles poussent comme des petits pains

Au four et sans moulin …

Elles poussent comme des petits pains

Les vrais artisans ont les boules

 

Il est un phénomène urbain qui ne cesse de m’interroger et de mettre le fin observateur des mœurs collectives que j’essaie d’être, dans le pétrin. Les grandes boulangeries dans notre bon pays ne cessent de pousser comme des petits pains. C’est même la guerre entre les grandes enseignes de si peu de franchise sur la qualité réelle de leurs produits. Les concurrents s’installent les uns en face des autres ou bien à proximité pour se mener une guerre sans merci. C’est souvent accompagné de poudre au yeux pour mettre le client le nez dans la farine, le décor est des plus attirant pour piéger le gogo qui rêve de viennoiseries à bas prix.

C’est naturellement la valse des étiquettes pour les produits d’appel. On tire la qualité vers le bas, le prix plus encore tandis que sournoisement, d’autres prennent de la hauteur et se gonflent sans levain avec une gamme de plus en plus vertigineuse de pains spéciaux tout autant que spécieux. Une poule n’enverrait pas picorer ses petits dans cette basse-cour semée de graines les plus exotiques possibles.

Il faut bien vivre de son art et celui-là relève de la prestidigitation. Le bon grain se fait ivraie, quelques odeurs artificielles sont savamment distillées par des aérateurs trompeurs, et cerise sur le gâteau, le fournil trône dans l’espace commercial. Le four saute aux yeux de l’acheteur, il atteste que le produit est maison alors que la bête se fait enfourner stupidement. Le client ne voit que lui, admire le mitron à son ouvrage, jouant de la pelle ou bien de la lame de rasoir, oubliant que l’essentiel de son travail se passe dans la fabrication de la pâte et dans un laboratoire qui n’aime ni les courants d’air ni les regards curieux.

La pâte aurait bien du mal à pousser sous les yeux des clients. Elle arrive toute prête, congelée et attend son heure dans des chambres qui nous font froid dans le dos. C’est l’univers du factice qui étend une fois de plus son ombre ravageuse tandis que les véritables artisans boulangers ferment boutique, les uns après les autres, asphyxiés par ces escrocs du goût qui bénéficient de tant de complicités. On graisse les pattes et les plaques de cuisson dans la profession.

Le pain, certaines de ces enseignes le mériteraient bien dans leur goule, tant le procédé est détestable et le résultat médiocre. Ce qu’elles vendent ne tient ni la route ni la distance. Le soir même, leur immonde baguette ne ressemble plus à ce qu’elle prétendait à la sortie du four, véritable miroir aux alouettes. La mie est molle, la croûte ne croque pas sous la dent et l’homogénéité de l’ensemble révèle la tromperie.

Le bon pain a de la tenue, se pare de couleurs et de saveurs. Il ne se satisfait pas d’être dévoré dans l’instant et conserve sa rectitude pour votre plus grand plaisir sans se courber sous l’effet de l’humidité ambiante. L’officine industrielle qui se prétend Boulangerie ne sait pas faire ce pain qui était jadis l’honneur du mitron et le plaisir du gourmet. Par contre, elle engrange les bénéfices, célébrant de cette unique façon le blé qui ne vient pas de l’agriculture biologique.

Ces guerres des enseignes douteuses finiront par désigner son vainqueur. Il y aura alors augmentation des prix et exclusivité de la médiocrité. Les élus qui laissent ainsi se couvrir leur territoire de tels margoulins devront répondre un jour de ce crime contre la belle et grande tradition nationale. La pain fut depuis longtemps le symbole et l'élément majeur de l’alimentation. Accepter d’en faire ainsi le cheval de Troie de la mal-bouffe et de la finance est tout aussi détestable qu’indigne.

Nous devons défendre le boulanger de quartier. Refuser ces grandes surface du pain malsain, insipide et douteux. Je me fais ici le bon épeautre de la qualité, le chantre de la gastronomie en partant sur mon âne à l’assaut des minoteries industrielles. Le moulin était jadis le phare de nos plaines heureuses, la farine qui en sortait enchantait nos papilles. Notre art de vivre passe par la conservation de nos boulangeries authentiques !

Meunièrement vôtre.

Elles poussent comme des petits pains
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O
Pour ne pas se faire avoir, il faut faire son pain soi même !
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C
Ourale<br /> <br /> à la condition d'avoir ne farine de qualité
L
J'avais moi aussi écrit un billet sur Le Post au sujet d'une boulangerie très spéciale dont l'artisan travaille en vitrine.. les textes et vidéo sont restés mais les images ont été supprimées... quel bonheur de relire les commentaires !<br /> <br /> http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/25/2668107_ce-boulangers-qui-nous-concoctent-des-petites-bontes-pour-les-fetes.html
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C
L Hatem<br /> <br /> La vitrine n'a jamais été un laboratoire
L
Juste en bas de chez moi le Franprix fabrique toute la journée ses baguettes et ses viennoiseries... pardon... les réchauffe dans son four électrique et vous les propose chaudes même à 21h... il ferme à 22h.
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C
L Hatem<br /> <br /> Suspect
K
Le boulanger de quartier ne vaut pas plus, et il est fort probable que la pâte y soit acheminée toute prête pareille à ces grandes officines
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C
Kakashi<br /> <br /> Quand tel est le cas, il mérite son sort
K
Nabum,<br /> <br /> Aujourd'hui, cette mal-bouffe boulangère concerne un grand nombre de petites boutiques, mais à des prix de plus en plus exorbitants ; autant se contenter de grandes enseignes, dont la révérence des prix ne provient pas de pâtes soit-disant industrialisées comme vous nous le confiez, mais de la quantité écoulée de produit. Il s'agit pour les uns les autres des mêmes fournisseurs à mon avis. Vous le dîtes vous-même, la qualité de la matière première fait défaut.<br /> Le boulanger de quartier ne vaut pas plus.
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C
Kakashi<br /> <br /> Je connais encore des artisans authentiques