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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Au temps des livres

Nul n’est prophète en son pays.

Au temps des livres

Dédicaces et Contes

 

 

Samedi 2 décembre, je vais avoir le redoutable privilège d’attendre les éventuels clients ou bien curieux dans la librairie de ma ville natale. Je redoute ce moment que j’attends depuis si longtemps. Il m’a fallu désenchanter si souvent par le passé. D’abord en ne voyant pas mes recueils de contes dans la vitrine du magasin qui m’avait donné l’amour des livres ; une fâcherie entre le libraire et mon éditrice d’alors en étant la cause. Puis en ne parvenant jamais à toucher l’intérêt des responsables locaux comme s’ils ne voulaient pas qu’un enfant du pays fasse spectacle chez eux.

Je ne me suis pas découragé et la providence m’a donné un petit coup de pouce, une nouvelle librairie s’est ouverte. Le passé pouvait être oublié, j’avais ma place pour une séance de dédicace avec ma collègue, une voisine venant d’un village tout proche. D’autres portes sont restées closes, comme la bibliothèque municipale qui ne tenait pas à recevoir un conteur un samedi matin, de peur de déranger les lecteurs, argument qui s’entend forcément.

C’est donc le moment de découvrir s’il reste encore quelques personnes qui se souviennent de ma famille, de la boutique d’alors, de l’enfant que j’étais. Des voisins, des amis, des connaissances qui auraient envie de venir à ma rencontre, d’acheter le roman ou bien d’entendre quelques contes. L’oubli arrive si vite et près de quarante années sont passées.

Je me fais sans doute des illusions. Il faut bien vivre d’espoir et c’est le cœur gros que j’attendrai les éventuels acheteurs. Ma collègue d’écriture m’aidera sans doute à supporter ces heures qui peuvent être lourdes si rien ne se passe. Le Journal de Gien nous a donné un coup de pouce, j'espère que les curieux viendront à notre rencontre.

Pourtant c’est là que j’ai construit mon amour pour la Loire et la langue, ma vision de l’existence et mon goût pour la parole. C’est là que j’aimerais raconter l’histoire locale, les grands personnages et les petits anecdotes qui restent gravées dans ma mémoire. Mon pays d’en-France m’est si cher, qu’il me serait doux de le partager avec ceux qui y vivent encore. C’est justement en le partageant avec Nadine, mon binôme littéraire, elle qui venait de Bretagne après un long séjour à Tahiti que j’ai su lui montrer la beauté de l’endroit et le lui faire aimer. C’est ainsi que nous avons décidé d’en faire le point central de notre roman : Règlement de conte sur la Loire.

Je vais m’y rendre avec le sentiment que c’est la dernière occasion de renouer, de rétablir des liens que la vie a distendus. Ce livre dont une grande partie de l’action se déroule dans le château et sa région depuis que ma collègue est tombée sous le charme de l’endroit est une bouteille à la mer, un appel à la mémoire, une déclaration à ce pays qui m’a construit. Quelques dédicaces seraient un miracle, l’amnésie est devenue la règle, le temps faisant douloureusement son œuvre sauf pour celui qui se nourrit d’une nostalgie illusoire.

J’y crois pourtant et ce billet est un appel maladroit, un geste désespéré et sans doute inutile. Qui à Sully songerait à venir lire ce message perdu dans l’immensité d’une toile anonyme. Je croise les doigts, il y aura bien des bonnes âmes pour le relayer, le transmettre à bon port. Sur le quai des mariniers, le long des boulevards, dans les rues que je parcourais en tous sens pour rejoindre des amis qui sont presque tous partis sous d’autres cieux.

Je suis d’un pays dont il ne reste pas grand chose. C’est bien là le sort de ces petites villes qui ont été frappées de plein fouet par la crise économique qui a fait venir une nouvelle population sans racine. Les miennes sont ici, elles sont encore sur ce champ de foire qui m’a vu naître. Qui songera à s’en souvenir ?

J’attendrai ! Je les attendrai ces fantômes de ma jeunesse. Je les espérerai ces amis qui n’ont pas quitté le navire et que j’ai perdu de vue. Je leur offrirai mes histoires, je redonnerai vie à ce passé qui fut le nôtre. Auront-ils le même désir ? Je l’espère de toutes mes forces et je leur donne rendez-vous à la libraire Au temps des livres, samedi 2 décembre de 15 à 18 heures et bien plus si affinité.

Livresquement leur.

Au temps des livres
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