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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Quand la pomme est véreuse.

Confession d’une petite main.

Quand la pomme est véreuse.

Une journée sans mon Mac.

 

Je vais pouvoir lever le pied, cesser d’arpenter la toile, passer enfin une journée sans mon Mac. Je n’ai de cesse d’œuvrer pour lui, il me contraint de faire les cents pas, d’aguicher le lecteur, d’explorer l’âme humaine au travers d’une étrange lucarne. Lui, il reçoit les dividendes de ce long et patient travail, de toutes ces visites que des curieux, simples admirateurs ou visiteurs inopinés m’accordent. Je couche sur le papier mes sentiments, mes aventures, mes sensations pensant leur faire plaisir. Un bonheur que je partage certes mais qui ne sert que cet abominable tyran, ce maître de mon temps et de mes pensées.

Mes doigts glissent sur sa peau, je cherche à l’amadouer, à le mettre à ma merci afin qu’il me laisse plus libre, qu’il ferme les yeux sur mes désirs et mes folies. Lui, m’épie, ne me perd jamais de vue, se fait comptable de mes visites, témoin de mes turpitudes, veilleur de mes insomnies, garant de mes errances. Impitoyable voyeur, il reste en veille, m’épie et ne me laisse jamais en paix.

Il m’a attiré à lui en me proposant de croquer la pomme. J’étais une proie naïve, ignorant tout des leçons bibliques, des conseils de mes pairs, des mises en garde de la morale. Je me suis laissé faire, acceptant ce fruit défendu qui allait me conduire, inévitablement à ma perte. Point de serpent dans cette histoire, une vague souris qui se permet de venir s'immiscer dans notre couple. Elle commande, elle se joue de nous, elle dirige la manœuvre et moi je suis ses indications aveuglement. Je suis son esclave textuel !

Pourtant, j’ai décidé de couper le cordon, de rompre le lien le temps d’une journée. Mon Mac ira subir un examen médical, un vilain virus menace son intégrité. Je n’aime guère prendre mes précautions, j’ai joué avec le feu en acceptant que nos rapports ne soient pas protégés. Je l’aimais sans restriction, sans crainte. J’avais une telle confiance en lui, en sa capacité à repousser les agressions extérieures. Il était mon protecteur, mon maître, mon guide, mon coupe-feu.

Puis le doute s’est insinué entre nous. Des petits dérèglements des sens, des lenteurs dans ses réactions, des fantaisies auxquelles je ne savais répondre. Je le sentais s’éloigner de moi, mettre de la distance dans nos longs tête à tête. Il semblait si loin, je le devinais ramant dans un océan de perplexité tandis que je me désespérais de rester ainsi au creux de la vague.

J’eus beau remettre du piquant dans notre intimité, faire des mises à jour, des petites siestes graveleuses, des innovations dans mes préliminaires, mettre beaucoup d’application dans mes approches, je le sentais indifférent et las. Il fallait qu’il aille se faire examiner, se faire ausculter au cœur même de son disque dur. J’allais profiter d’une pause, d’un répit durant son internement.

Et c’est alors que je sentis le vent de folie. Oui ma passion était déraisonnable. Je ne pouvais me passer de lui, ne fut-ce qu’une seule journée. Il m’avait envoûté. Comment ferais-je pour supporter cette journée sans lui ? Si pour moi, c’était envisageable, il suffisait de me perdre en distractions diverses, que deviendraient mes galants et mes contacts, mes amis et mes lecteurs. J’allais leur manquer indubitablement, du moins l’espérais-je !

Je sais, je risque en vous avouant tout cela, tomber sous la loi du racolage passif. Passif, la belle affaire que voilà, je ne suis jamais les deux pieds dans le même sabot même si ce sont mes doigts qui glissent sans cesse de touche en touche, de désir en envie, de curiosité en gourmandise. Je tapote, je pianote, je compose, j’assemble des mots et des phrases, des messages et des commentaires que mon cher Mac envoie à la terre entière.

Mais là, il restera silencieux. Il m’abandonne toute une journée. Vais-je pouvoir m’en remettre ? L’avenir nous le dira. L’assuétude est telle, je ne peux me passer de lui, je l’ai dans la peau, j’en suis dingo. Voilà vous savez tout et ne soyez pas surpris de mon silence aujourd’hui, nulle fâcherie entre nous mais un absent sans lequel, rien n’est désormais possible pour nous.

Informatiquement sien.

Quand la pomme est véreuse.
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