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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L’arme absolue

L’arme absolue

Le mot qui enveloppe toutes les belles saloperies.

Au royaume des hypocrites

 

Il est un mot si souvent dans la bouche de ceux qui nous gouvernent qu’il a fini par leur coller aux basques et se fondre dans leur lexique. Il accompagne tout discours qui demande aux concitoyens de faire, des efforts, d’accepter des sacrifices quand ceux-là même qui le leur réclament, s’octroient quelques avantages supplémentaires et des passe-droits de bon aloi. Il enveloppe à merveille les décisions désagréables, il habille de sérieux et rend impérieux ce qui ne peut, hélas, dans le contexte actuel, être repoussé ou bien supprimé.

C’est le mot qui place son locuteur dans le rang des décideurs, des analystes objectifs de la conjecture et des hommes d’action. J’écris homme car le mot femme justement évite soigneusement d’user de ce terme grossier, dissonant, délicat à mettre en bouche et fort peu mélodieux – du moins celles qui ont encore une sensibilité féminine dans cette corporation -. Il en impose par son poids et son suffixe qui le place immédiatement au rang de concept sacré, scientifique et incontournable.

Regardez la déformation buccale que suppose son usage. Le cul de poule serait moins ridicule que ce sourire en coin quand la bouche s’ouvre pour dire bien fort cette obscénité absolue. Car à franchement parler, le locuteur n’a aucune idée précise de tout ce qu’est censé englober cet attrape-mouche visqueux qui lui vient à l’esprit par facilité et routine professionnelle. C’est un peu un tic de métier que de faire appel à ce mot si gros qu’il en devient misérable.

Admirez l’orgueil de ce pauvre personnage, persuadé qu’en utilisant ce vocable, il va emporter la décision, démontrer sa compétence, affirmer qu’il agit après mûre réflexion et un examen circonstancié de la conjoncture, du contexte et des tenants et aboutissants du dossier. Il se monte du col, s’enroue quelque peu, car l’indélicat a nécessairement une cravate autour du cou pour dire pareille énormité. Le nœud papillon supposerait des mots plus légers, joyeux afin de prendre à la fois hauteur et distance dans le propos.

Mais là point, notre important se vautre dans sa fatuité, se sent chaussé des gros sabots du discours qu’on assène ! Nous avons devant nous un diplômé des grandes écoles, un individu sorti du moule à gaufres, un usager de la xylolalie pour laquelle cette délicieuse éructation se trouve en tête de gondole. Il fait sans aucun doute l’objet de la première leçon du bon usage de la langue bois pour les futurs candidats à la manipulation des foules.

Son exploitation outrancière devrait interpeller ceux-là même qui en font un usage immodéré. Mais sont-ils encore capables d’avoir un regard critique sur leurs discours, qui nous devons bien l’avouer sombre dans une médiocrité insigne pour la majorité d’entre eux. Seuls des mots creux, vides de sens et d’humanité comme celui-ci peuvent encore faire illusion alors que le verbe, l’envolée lyrique, les mots qui viennent du cœur, les tirades enflammées ont totalement disparu des pratiques pour ces paons perchés sur des tribunes sans être capables de se faire tribuns.

Pire même, il se généralise parmi tous les médiocres en quête de reconnaissance ; entraîneurs sportifs, directeurs et chefs, petits cadres prétentieux, présidents d’association. C’est d’ailleurs un repère fort commode pour repérer le pédant, le fat, l'incompétent, le décideur verbeux. Celui qui emploie ce barbarisme monstrueux appartient véritablement à la grande cohorte des salopards, des princes de la vacuité. Grâce à lui vous n’aurez aucun mal à séparer le bon grain de l’ivraie.

Mais quel est donc ce mot si vilain que j’ai repoussé au plus loin de ce cri du cœur, l’obligation de vous le livrer en pâture. Vous l’avez sans doute deviné, il est si souvent employé par tous ces tristes personnages qu’il doit depuis longtemps vous chauffer les oreilles, vous exaspérer tout en ridiculisant à jamais son locuteur. Mais s’il reste encore de par ce pays des braves gens qui ne l’ont pas encore repéré, je vous offre volontiers si vous me promettez à votre tour de ne jamais user de ce pet de pensée, cette fiente que sèment à plaisir nos si désastreux responsables : « Pragmatisme »

Lexicalement leur.

L’arme absolue
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K
La première fois que ce mot mortifère de toutes convictions se découvrit sémantiquement à ma perceptibilité primaire, il s'imposa contre ma personne tel un trou noir contre lequel nulle rhétorique ne put résister. Nous étions dans le givre de ce début d'année 2011 et j'échangeais avec des personnes qui se pensaient de gauche et voulaient voter DSK. Le triste sire, encore patron du FMI, bénéficiait de la même aura que Macron six ans plus tard ; à savoir que sans l'affaire du Sofitel de New York, des masses d'abrutis se fussent apprêtées lui accorder leur voix, sans même la moindre ligne de programme dévoilée, sans même la moindre candidature prononcée, car les financiers ayant main basse sur les médias français le plébiscitaient... «incontournable», «providentiel»... Omnipotent.<br /> Je m'indignais de façon maladroite contre mes interlocuteurs, quand l'un m'en boucha un coin grâce à ce mot magique, l'érigeant en qualité suprême du roi du FMI ! J'avoue que j'en restais pantois ! Pas tant que je n'en connusse sa définition dans l'immédiateté qu'une fois instruit je ne sus rien répondre !
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C
Kakashi<br /> <br /> remarquable formulation que je reprends à mon compte <br /> <br /> merci