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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Tihany

Mes billets de Hongrie N° 8

On prend les mêmes et on recommence

« Il vous faut visiter la presqu'île de Tihany : c'est un endroit incontournable ». La remarque était particulièrement judicieuse puisque ce lieu était encore plus bondé que les autres ; j'étais servi : le bain de foule se faisait immersion en eau profonde, bain bouillonnant et sulfureux. Le pire n'est jamais certain ; il ne manque pourtant guère ses rendez-vous !

Une fois encore, tortillard et bus conduisent le touriste sur son prochain lieu de calvaire. Au centre de la ville, l'impression d'oppression est immédiate ; la vue imprenable n'efface en rien le désagrément d'une telle concentration humaine. La multitude des boutiques atteste qu'il n'est rien à espérer d'autre que de tuer le temps en dépensant ses devises en babioles authentiquement incertaines.

L'excuse culturelle peut sauver du naufrage ; encore faut-il trouver cette fameuse exposition Vazary qui avait attiré mon attention. Découvrir l'espace artistique dans ce fatras d'échoppes n'est pas une mince affaire. Il faudra recourir à une bonne demi-douzaine d'explications, toutes plus contradictoires les unes que les autres, pour finir par tomber, au bout de la visite, sur l'endroit tant désiré. Mais avant cela, bien des choses se passèrent ….

Dans l'église qui attira tout d'abord mon attention, un prêtre en soutane officiait pour ce qui devait être, une fois encore, une messe de mariage. L'expérience précédente de l'église Sainte Thérèse m'incita à la plus extrême prudence : j'attendis la fin de l'office pour visiter le bel édifice. Mais les temps sont durs pour la Curie comme pour les autres secteurs d'activité : sitôt les fidèles sortis, des grilles interdisaient l'intrusion des curieux. Puis un guichet fut promptement installé : il fallait débourser pour entrer dans la maison de tous …

Je renonçai à ce racket devenu habituel, préférant donner quelque argent à trois jeunes gens qui, à l'écart de la masse photographieuse, régalaient les passants de chansons hongroises. Une guitare, des maracas de fortune pour accompagner trois voix différentes parfaitement posées, c'était réjouissant de les entendre tout en constatant leur plaisir manifeste à se trouver là. Ces jeunes gens, bien de leur personne, récoltèrent assez vite le juste fruit de leur talent.

Après avoir cherché longuement une indication pour fuir une fois encore la foule oisive, consommatrice et si lassante, je finis par suivre un itinéraire vert qui semblait m'inviter à la visite buissonnière. J'en fus récompensé. Après avoir longé le lac et sa piste cyclable quelque temps, le chemin s'aventurait dans des bois profonds. Bien vite la sente se fit escarpée.

Après une heure de marche, la récompense était au niveau de l'effort consenti. Une vue imprenable que se partageaient de rares marcheurs, la presqu'île embrassée du regard, sa foule au loin agglutinée sur les rives mais surtout un parc naturel étrangement préservé en son centre et sur les flancs de la colline.

La paix enfin retrouvée, la nature affirmant ses droits loin des boutiques, des bruits et des constructions humaines. Une beauté à vous couper le souffle si ce n'était déjà fait par cette ascension sous un soleil de plomb. La sueur étant le prix à payer pour cette plénitude paisible. Un autre aspect de l'endroit, bien loin des berges aménagées pour vider les bourses, des devantures faussement aguicheuses et de tous les loisirs nautiques qui se concentrent ici.

Le retour à la civilisation fut douloureux : un vrai calvaire d'ailleurs et c'est justement en ce lieu que je fis irruption. Trois crucifix immenses, un chemin de croix sur la pente et des gens n'ayant de cesse de prendre des clichés éternels. Dieu et ses manifestations semblent bien plus photogéniques que les beautés de la création. Il faut admettre que les secondes exigent un petit effort …

C'est au pied du calvaire que je trouvai enfin mon exposition. Une visite somme toute très banale qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. J'avais cependant atteint mon objectif et pouvais reprendre le trajet du retour à mon lieu de villégiature. Cette fois, le festival tirait ses dernières cartouches, les Hongrois rentraient vraisemblablement chez eux, laissant les derniers artistes prévus au programme presque orphelins de spectateurs.

C'était bien triste de voir ces papis rockeurs, si seuls devant une petite poignée de buveurs pas tout à fait rassasiés. La foire au vin tirait à sa fin ; le rideau n'était pas baissé que déjà la barrique était vide. Petit à petit, l'endroit que l'on m'avait recommandé pour son calme le reste de l'année, retrouvait sa quiétude habituelle

Au petit matin du retour, l'impression était confirmée. Les estrades étaient démontées, les stands se vidaient, la paix revenait après cinq jours de folie. J'avais eu la malchance de tomber au mauvais moment. Tant pis pour moi !

Il était temps de partir, la tête pleine encore du tumulte d'un séjour qui n'avait pas tenu les promesses espérées. Qu'importe, contre mauvaise fortune, certains font bon cœur et moi je m'évertue à toujours tirer la substance de quelques billets.

Solitairement vôtre.

Tihany
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L
C'est triste de ne pas pouvoir communier dans les endroits sublimes avec des admirateurs des mêmes beautés que nous .Les marchands du temple ont tout annexé . Tout? heureusement que non et vous prouvez qu'il y a toujours des chemins détournés pour fuir "loin des cœurs stériles" comme dit cette chanson bohémienne.
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C
Laure

Dans une société marchande où les plus cupides sont prêts à vendre leur âme pour faire de l'argent comment s'étonner encore que les adorateurs du veau d'or soient disposés à toute souiller pour faire leurs sales petites affaires ?