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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les petits mots.

Doux et tendres à la fois …

Les petits mots.

Ils sont à l'extrême opposé de leurs compères, les gros mots qui se laissent aller au vacarme et à la colère. Les petits mots aiment les propos feutrés, ceux qui se susurrent à l'oreille, se glissent entre deux baisers, s'immiscent dans des conversations secrètes. Ils sont ronds, tendres, discrets, caressants et pleins de promesses. Ils sont préliminaires d'une fusion à venir ou bien ponctuations d'un merveilleux tremblement.

 

Les petits mots viennent du fond du cœur ; ils n'ont pas à se claironner à la cantonade car alors ils se feraient impudiques et gênants. Ils n'ont pas à être connus de tous ; ils aiment l'intimité d'un couple ou d'une famille, se cachent bien plus qu'ils ne s'exposent. Quand on les claironne sans honte ni discrétion, ils perdent toute leur saveur et leur charme. Les petits mots aiment vivre cachés pour faire des heureux !

 

Ils se glissent parfois sur un papier parfumé, ils aiment les belles phrases, les jolies tournures, les belles calligraphies. Ils se font courrier du tendre, missive coquine, caresse à distance. Ils aiment les diminutifs, les suffixes chantonnants et les noms d'animaux. Ils seraient ridicules dans la vie courante ; c'est pourtant dans le secret d'une alcôve qu'ils se pareront de distinction.

 

Les petits mots ne s'exposent pas. Leur place n'est certes pas sur ces forums sociaux d'une impensable exhibition, même si, nombreux sont ceux qui cèdent à cette mode douteuse. Montrés au grand jour, les petits mots perdent de leur force : ce mystère, né d'une connivence qui ne regarde pas les autres.

 

Les petits mots ne doivent pas faire les savants ni même les pédants. Il leur faut de la simplicité et de la mélodie, de l'enfance et de la tendresse. Ils n'ont pas à se faire graveleux ni fripons ; ils suggèrent, ils insinuent, ils jouent des possibles et des désirs sans jamais franchir la barrière de l'érotisme. Les petits mots restent dans le creux d'une oreille, ils n'ont pas à soulever le rideau, ils restent dans la pénombre, ils ne sont pas là pour tenir le bougeoir.

 

Les petits mots s'apprivoisent. Il leur faut gagner la confiance de leur destinataire, entrer dans son harmonie secrète. Ils sont tirés d'un chapeau, issus d'une collection que vous pouvez exploiter au gré des histoires ; ils se fixent sur une aventure, lui donnent ses couleurs intimes. Exportés dans un autre contexte, ils portent une trahison qui ajoute à l'indélicatesse le péché de l'insincérité. Ils ont provoqué jadis une vibration : elle est fragile, elle est éphémère, elle est précieuse et ne supporte pas la redondance sans fin.

 

Les petits mots trouvent leur force et leur beauté dans leur spontanéité. Ne les envisagez pas, ne les préparez pas avant de les murmurer en un soupir : ils seraient déplacés et inopportuns. Ils s'imposeront à vous, ils ponctueront une vibration intime, ils donneront de la poésie à ces instants uniques. Les petits mots se moquent d'être ridicules à la condition que vous les respectiez et qu'ils ne s'aventurent pas dans le monde réel, offerts en pâture à votre entourage. Ils appartiennent à cette bulle que vous avez su créer ; les montrer au grand jour c'est, à coup sûr, les voir éclater, piteux et sans saveur.

 

Les petits mots sont vôtres tout autant qu'ils appartiennent dans l'instant à leur destinataire. Respectez cette exclusivité sans partage, ils vous en sauront gré. Ils se loveront entre vous si l'orage gronde, si le temps a laissé quelques plaies. Ce sont eux qui réveilleront la flamme, qui souffleront sur les nuages. Ils enflammeront vos plus beaux instants, ils pardonneront les maladresses, ils oublieront les écarts. Les petits mots ont tout des grands ; ils sont incontournables. Faites en votre miel !

 

J'avais écrit sur les gros mots et des lecteurs espiègles me mirent au défi d'évoquer leurs homologues bien plus raffinés. J'ai dû troquer mes gros sabots pour de délicats escarpins. Il faut avouer que les seconds m'ont demandé plus de réflexion. Ils aiment rester discrets et n'ont qu'une hâte : retourner là où je n'aurais jamais dû les déranger. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas.

 

Tendrement leur.

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K
Il n'y a rien de tragique sans petits mots. Ils confèrent tout son sens à l'intrigue; qu'elle soit le fil des romans ou de nos vies. C'est bien ses petits mots d'amour, équivoques ou non, intimes pour sûr, qui nous tiennent éveillés à la beauté des jours et leur possible retour.
Sans petits mots, point d'espoir. Et l'espoir, c'est le progrès, bon gré mal gré... De gré à gré me semble plus convenable.
Chacun en veut des petits mots, ça nous édifie encore toujours davantage notre bonheur. Et puis le château se trouve assailli par les vicissitudes, les aléas, les désillusions: les petits mots s'écroulent comme tant de pierres malmenées par le Temps, ce grand Seigneur cruel et impénitent.
Alors, en modestes vassaux, nous repartons à la conquête de terrains que nous espérons plus propices, plus imprenables: « Bis repetita placent» pensait Horace. C'est tragique.
Aussi, il existe dans ce monde, des archéologues des petits mots: ils fouillent la terre, pour en découvrir les vestiges et tentent de reconstruire leur forteresse à eux, que leur espoir estimait imprenable. Ceux là sont perdus à jamais, entre le gouffre du passé et le chagrin du présent.

C'est cruel et vicieux les petits mots quand on connaît l'inconstance des hommes.
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C
kakashisensei

Vous avez tout compris !

Les châteaux de cartes ou bien de sable finissent toujours par s'effondrer
Les gros mots sont réfugiés dans les forteresses de pierre