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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La réaction en chaîne !

Fable dominicale

Il n'y avait pas de quoi en faire une salade.

Il était une fois une période troublée qui vit les esprits s'échauffer pour un oui et surtout pour un non. La bonne ville de Philippe Egalité ne savait plus où donner de la tête même si les dragons, la veille, sur le pont Royal avaient joué du plat de sabre sans aucune modération. L'époque était à la révolte et à la querelle pour n'importe quel prétexte. La Loire ne devait pas échapper à la folie d'une révolution qui débutait.

Sur un coche d'eau, assurant aussi un peu de fret, amarré quai de Recouvrance, un gros négociant, Monsieur Delahay, venait examiner l'ordonnancement de sa cargaison destinée à la capitale. L'homme était réputé pour ses manières rudes et son manque d'aménité vis-à vis-de ses matelots. Il était l'obligé de quelques nobliaux du pays qui bravaient l'interdiction de faire des affaires pour les gens de leur rang.Tout prête-nom qu'il était, l'homme n'en avait pas moins une haute idée de lui-même !

Ce jour-là, la tension dans l'air était perceptible. Les incidents de la veille étaient encore présents ; on devinait que la moindre étincelle pourrait déclencher une catastrophe. C'est pourtant dans ce contexte délétère que notre personnage détestable voulut vérifier le contenu d'un muid de vinaigre de la maison Rimbert, spécialité, comme chacun sait, de cette ville commerçante. Pourtant, le contexte n'était pas favorable au vinaigre, la pénurie d'huile poussant les consommateurs à se passer de vinaigrette et de salade.

Le matelot à qui le négociant demandait d'ouvrir le tonneau, avait bien assez à faire pour répondre à un caprice de bourgeois en mal de tracasseries. Mais l'homme était dépositaire du pouvoir et le marinier dut interrompre ses activités pour décalotter la barrique. L'autre, satisfait de sa victoire, allait exiger autre chose, pour le seul plaisir de mesurer la force de son pouvoir quand une mouche tomba dans ce piège à ses semblables.

Le matelot d'un geste prompt, chassa la mouche, déjà saoule, d'un revers de la main.L'importune du coche finit sa course dans la rivière et fut, dans l'instant, gobée par un brochet qui passait par là. Ce fut le déclenchement d'une réaction en chaîne qui faillit faire d'Orléans le centre de la Révolution Française. Le sieur Delahay, il faut le préciser, était accompagné de son chien : un signe de puissance à l'époque.

Le chien dudit négociant plongea-on ne sait quelle mouche l'avait piqué-dans l'espoir insensé d'attraper cet étrange animal qui était sorti de l'eau d'un bond magnifique. Courroucé, tout autant que surpris, le négociant avait souffleté le pauvre marinier qui n'avait rien demandé à personne. Dans un mouvement de recul pour amortir la brimade de ce triste personnage, le matelot renversa le tonneau sur les souliers vernis de l'Important.

Le pauvre chien, à la poursuite du brochet, se débattait dans un courant bien trop fort pour lui tandis que le maître proclamait haut et fort à qui voulait bien l'entendre, que l'affront serait puni de manière exemplaire. Il y avait tant de tumulte sur le pont que les curieux et les oisifs qui traînaient sur le quai, vinrent profiter du spectacle. La foule se moquait naturellement du négociant dont les bas de soie avaient pris une étrange couleur …

Un pêcheur, sur la rive, en sortant promptement le chien du péril dans lequel il s'était mis et en le reposant sur la berge, est sans doute, lui aussi, à l'origine de la reprise des incidents. Le chien, courut sur le pierré, sauta sur le bateau et voulut montrer à son maître son affection et son bonheur d'être sauf. Hélas, dans son enthousiasme canin, il renversa notre homme qui chut les quatre fers en l'air dans une mare de vinaigre.

Le sieur Delahay, ami des ci-devants et tortionnaire des braves gens, avait fière allure en se relevant. Il provoqua l'hilarité générale d'une foule de plus en plus nombreuse et on frisait même l'émeute. Le négociant, humilié, était résolu à châtier tous ceux qui s'étaient gaussés de lui. Il fit appeler la maréchaussée par le truchement de l'un de ses valets tandis qu'un autre, sur ses ordres, était partir quérir le prévôt : un certain Lambert.

Quelques minutes plus tard, les soldats arrivèrent pour jeter de l'huile sur le feu tandis que des gardes nationaux voulaient s'opposer à l'usage d'une force disproportionnée eu égard à la faute commise. Bientôt, il y eut, en bord de Loire, une inextricable mêlée d'où coups de bâtons et insultes fusaient de toutes parts. Le prévôt se retrouva dans la rivière pour paiement d'une rancune personnelle qui trouvait ici l'occasion de se régler à bon compte.

La querelle prit des allures de révolte. Le peuple, soutenu par la garde nationale, s'opposait aux tenants de l'ancien régime et à une maréchaussée qui connaissait ses derniers jours d'existence. Le maire d'Orléans, un dénommé Tristan, alerté par quelques bonnes âmes, vint tenter l'aventure de rétablir l'harmonie en bord de Loire.

L'homme était respecté et parvint, non sans mal, à faire cesser l'algarade. Mais on ne se moque pas impunément d'un notable et le sieur Delahay exigea que le matelot fût renvoyé sur le champ. Il aurait voulu le rosser et lui administrer une bastonnade publique avant que de l'expédier aux galères; heureusement l'esprit révolutionnaire était passé par là et le pauvre homme échappa à cette humiliante réprimande tout autant qu'à l'infamante peine.

Mieux même, des voix s'élevèrent dans la foule pour qu'il retrouve immédiatement un embarquement et c'est sous la recommandation de Monsieur Tristan qu'il embarqua, le soir même, sous les ordres d'un voiturier de Tours qui était redevable auprès du maire d'Orléans.

Le lendemain, en découvrant les hématomes qui recouvraient bien des parties de leurs corps, beaucoup d'habitants de notre bonne ville eurent bien du mal à croire que tout cela était dû uniquement à une pauvre mouche tombée dans le vinaigre. De tous les acteurs de cette folle aventure, seul le brochet sortit, sans la moindre bosse, de ce coup de tabac.

Il survécut encore quelque temps à cet épisode peu glorieux de l'histoire locale jusqu'à ce qu'il morde à l'appât d'un pêcheur. Il termina dignement son existence, préparé au beurre blanc dans un estanquet du Châtelet, réputé pour ses succulents plats de poissons de Loire. Un convive, désireux de donner un peu plus de saveur encore à ce mets délicat, versa sur le filet blanc une larme de vinaigre de vin.

Une mouche qui volait dans la taverne se posa alors sur la chair et, par une curieuse réaction en chaîne, bientôt la taverne fut le théâtre désolant d'une des plus belles rixes qu'on connût de mémoire d'aubergiste. Le client voulant chasser la mouche d'un large mouvement de la main, vint flatter la croupe de Fanchon, la serveuse ...

Hélas, celle-ci n'était pas servante mais la femme du marmiton en personne, un personnage assez chaud du bonnet et d'humeur belliqueuse qui par malheur avait aperçu la scène. Les bancs et les écuelles volèrent, les poings achevèrent leur course sur le nez du voisin et quelques dents jonchèrent le sol à la fin du repas.

Depuis, en Orléans, quand on prétend qu'une affaire tourne au vinaigre, il est préférable de déguerpir et de ne surtout point s'en mêler. Gardez-vous de jouer la mouche du coche, il pourrait bien vous en coûter, surtout si vous n'accordez aucun crédit à cette histoire …

Vinaigrettement vôtre.

Vidéo et information ici

La réaction en chaîne !
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R
&quot;La mouche du coche revisitée &quot;, celle -ci étant la drosophile qui a tant inspiré nos chercheurs.<br /> Vous avez le sang chaud dans votre bonne ville , la tête près du bonnet . Il n'y a pas que le vinaigre pour vous monter à la tête et la moutarde au nez, avons-nous constaté; tous ces bons crus, découverts par chez vous y contribuent bien aussi , chers amis pochtrons ! Gardons-nous de nous en abstenir toutefois (je parle de ces bons crus ) : tant que le sang ne coule pas , ces querelles d'ivrogne sont aussi vite oubliées qu'elles sont soudainement venues.
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C
Raton Laveur<br /> <br /> Buvons un verre pour vider notre querelle comme il se doit, c’est la meilleure manière de prendre un bon coup